X. — Instraclion de Bossuet pour Louis XIV
Bossuet joignoit à ces lettres une instruction par* ticulière ^"3 sur ce sujet important : Quelle est la de'votîon d'un roi.
On y remarque l'art infini et les ménagemens délicats, que la prudence chrétienne recommande envers les princes, et qui consistent à présenter les règles et les maximes de la religion sous la forme la plus convenable au caractère , aux qualités, et aux dispositions de ceux qu'on veut ramener aux vertus du christianisme.
Bossuet évite de censurer avec trop d'amertume la passion peut-être extrême, que Louis XIV avoit pour la gloire; cette jalousie du pouvoir suprême; cette magnificence qu'il se plaisoità étaler dans sa Cour et dans ses palais; le goiit excessif qu'on lui a reproché trop légèrement pour le luxe, les beaux arts et les fêtes; il s'attache même à jeter un voile respectueux sur les suites affligeantes qui pouvoient en accompagner l'excès. Il fait plus; il cherche à faire ressortir les avantages et les bons
(•) OEuwres de Bossuet, tom. xxxvii, p. 92 et suiv. édit. de Vers, m-S».
5G HISTOinE DE BOSSUET,
ctïeîs qui peuvent naître de la magnificence à laquelle les rois sont condamnés, lorsqu'ils savent la renfermer dans de justes bornes. Bossuet se flattoit que , si Louis XIV consentoit à régler ses penchans sur les maximes de la religion, il trouveroit dans l'application de ces maximes mêmes le grand art <]e concilier la majesté de son rang et les intérêts de sa gloire avec le soulae^ement de ses peuples.
Au reste, après un siècle de déclamations^ il est aujourd'hui bien reconnu que, loin d'avoir excédé les bornes d'une sage et utile magnificence , Louis XIV a apporté la plus sévère économie dans l'exécution de ses belles créations j et la postérité, plus équitable, admirera comment il a pu faire tant et de si grandes choses avec d'aussi foibles moyens (0.
Bossuet montre la même sagesse et la même modération dans les avis qu'il donne à Louis XIV sur les exercices et les pratiques de la rehgion. II n'est personne d'éclairé qui ne sache en efïet que la dévotion d'un roi dont tous les momens sont remplis par les soins «t les intérêts d'un vaste empire ne peut ni ne doit être celle d'un particulier, et encore moins celle d'un religieux.
« C«) Lorsqu'un roi, dit Bossuet, agit fortement » pour soutenir son autorité , et qu'il est jaloux
C'*) Instiuclion de Bossuet pour Louis XIV 5 tom. xxxvii de ses OEuvres, p. gS etsuiv. édit. de Vers. m-S".
(^) Voyez aux. Pièces justificatives du tome iv de la troisième édition de V Histoire de Fénélon, la preuve irrécusable de l'exagération de tous les calculs que tant de déclamateurs avoient hasardés sur les dépcuscs de Louis XIK pour ses tàlimens.