LIVRE CINQUIEME. 5'J
» de la conserver, il fuit un grand bien à tout le )) monde , puisqu'en maintenant celte autorite' , •» il conserve le seul moyen que Dieu ait donné » aux liommes pour soutenir la tranquillité pu- » blique , c'est-à-dire, le plus grand bien du genre » humain.
)) Lorsqu'il est contraint de faire la guerre, il » la fait avec vigueur. Il empêche ses peuples » d'être ravagés , et se met en état de conclure » une paix durable , eu faisant redouter ses » forces.
» Lorsqu'il soutient sa gloire, il soutient eu ^> même temps le bien public; car la gloire du » prince est l'ornement et le soutien de tout » l'Etat.
» S'il cultive les arts et les sciences, il procure » par ce moyen de grands biens à son ro3^aume , » et y répand un éclat qui fait honorer la nation, » et rejaillit sur tous les particuliers.
» S'il entreprend quelque grand ouvrage , •') comme des ports , de grands bâtimens , et » d'autres choses semblables, outre l'utiiité pu- » blique qui se trouve dans ces travaux , il donne » à son règne une gloire qui sert à entretenir ce » respect de la majesté royale si nécessaire au bien » du monde.
K Ainsi, quoi que fasse le prince, il peut avoir » toujours en vue le bien du prochain , et dans le » bien du prochain , le véritable service que Dieu î) exige de lui.
» Par tout cela, il paroi t qu'un prince appliqué, « autant qu'est le Roi, aux affaires de la royauté, « n'a besoin que de faire pour l'amour de Dieu , ce
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» qu'on fait ordinairement par un motif plus bas » et moins agréable.
» Le bien public se trouve même dans les diver- » tissemens honnêtes qu'il prend, puisqu'ils sont î) souvent nécessaires pour relâcher un esprit qui » seroit accablé par le poids des afïaires , s'il n'avoit » quelques momens pour se soulager.
)) En faisant pour Dieu toutes ses actions, le E.oi )) travaillerai son salut sans rien changer dans sa » vie, et sans rien affecter d'extraordinaire.
» L'amour de Dieu lui apprendra à faire toutes î) choses avec mesure , et à régler tous ses desseins » par le bien public, auquel est joint nécessaire- » ment sa satisfaction et sa gloire.
» Cet amour du bien public lui fera avoir tous » les égards possibles et nécessaires à chaque par- » ticulier, parce que c'est de ces particuliers que y* le public est composé.
)) Il n'est ici question, ni de longues oraisons ni » de lectures^ souvent fatigantes à qui n'y est pas » accoutumé, ni d'autres choses semblables. On » prie Dieu, quand on se tourne à lui au-dedans de » soi; que le Pvoi mette son cœur à faire bien les » prières qu'il fait ordinairement, c'en sera assez. » Du reste tout ira à l'ordinaire pour l'extérieur, » excepté le seul péclié qui dérègle la vie, la dés- » honore et atlire les châtimens rigoureux de Dieu » en ce monde et en l'autre. »
Tandis que Bossuet s'abandonnoit avec une religieuse confiance à l'espoir de voir Louis XIV persévérer danslei engagemens qu'il avoit pris à la face de toute la France, tous les amis de M™*' de Montespan s'agitoient pour la ramener triomphante à