‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 32 sur 120 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

On voit avec peine que M'"*" de Maintenon se montra en cette occasion peu équitable envers Bossuet : et il est diflicile de retrouver la justesse habituelle de son esprit dans la prévention qu'elle paroît avoir conservée long-temps contre lui à la suite des événemens qui ramenèrent jNi"^^ de 3Iontespan à la Cour.

On a pu remarquer dans sa lettre à M'"'^ dé Saint ' Géran , qu'elle semble placer le duc de Montausier au premier rang pour la fermeté de sa déclaration à Louis XIV , et qu'elle ne nous montre pour ainsi dire Bossuet que sur le second plan de ce tableau si intéressant. Son humeur perce d'une manière encore plus sensible dans une autre de ses lettres à M"'® de Saint-Géran. « Je vous » Vavois hien dit , Madame , que M. de Condoni » jouerait dans toute cette affaire un rôle de dupe. » // a beaucoup d'esprit ; mais il n'a pas celui » de la Cour. » Gomment , avec autant d'esprit qu'elle en avoit elle-même, M™^ de Maintenon ne s'est-elle pas aperçue qu'en voulant faire la censure de Bossuet , elle en fait le plus bel éloge. Accuser un évèque tel que lui, de ïia\^oirpas V esprit de la Cour, c'étoit lui accorder un titre de plus à l'estime. La fermeté tranchante du duc de Moîitausier poavoit n'être pas déplacée dans un homme de sa profession , et surtout de son caractère, qui lui avoit acquis le droit d'exagérer l'austérité de la vertu • mais la longue expérience de Bossuet et sa profonde connoissance du cœur humain lui avoient appris que la douceur, la patience et les exhortations évangéliques sont les véritables armes d'un évéquepourcombattre les passions ^ et qu'elles servent plus souvent

à en triompher, que ces décisions brusques et absolues qui obtiennent rarement un si heureux succès. L'événement justifia la sagesse de Bossuel. L'intrépide fermeté du duc de Montausier et la parole que lui avoit donnée Louis XIV n'empêchèrent pas ce prince de reprendre bientôt après les chaînes qui le livrèrent encore à la domination de M™*^ de JMontespan, Bossuet au contraire , par la rectitude de sa conduite, par ses utiles instructions , et surtout par ce caractère de vertu et de sagesse qui ne 1 abandonnoit jamais dans les circonstances les plus difficiles et les plus délicates, vit enfin ses vœux couronnés (0. II suffiroit d'ailleurs, pour la justification de Bossuet , d'observer que M""^ de Maiiiienon est la seule de tous ses contemporains, qui se soit permis en cette occasion de donner comme un témoignage de mollesse , ou comme un défaut d" esprit de la Cour, une conduite pleine de bienséance et conforme aux maximes de la prudence chrétien ne.

(ï) C'est ce qui est confirmé par le témoignage de M. de Saint-Simon dans ses Mémoires.

« C'étoit (Bossuet) un homuie, dont les vertus, la droi- » tare et Thonneur étoient aussi inséparables que la science w et la vaste érudition. La place de précepteur de Më'" le Dau- •» pbin Tavort familiarisé avec le Roi, qui sVtoit plus d'une » fo-'s adressé à lui dans les scrupules de sa vie. Bossuet lui w avoit souvent parlé là-dessus avec une liberté digne des 3) premiers siècles et des premiei-s évêques de TEglise. Il avoit » interrompu le cours de ses liaisons plus d'une lois^ il avoit i) osé poursuivre le Roi, qui lui avoit échappé. Il fit à la fin >; cesser tout commerce, et il acheva de couronner cette » grande œuvre par les derniers efi'orts qui chassèrent pour >j jamais M™® de Montespan de la Cour. »

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