‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 31 sur 120 · LIVRE CINQUIÈME. 6ï · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. 6ï

» licet^ cela nest point permis. Il ri*avoit quel- » quefois qu'à se présenter à leurs yeux dans des » momens impre'vus à leurs passions, pour les » frapper du regret de n'en êlre pas les maîtres. » Ils se faisoient eux-mêmes en le voyant les re- » proches qu'il leur épargnoit, et son silence dis- ^ cret les touclioit plus que i'aideur empressée » des autres. »

On sait où aboutirent toutes ces promesses illusoires de n'avoir avec M""^ de Montespa?i , que des relations avouées par l'honneur et par la vertu. La naissance de M^'^ de Bfois, depuis duchesse d'Orlea?is , et celle du comte de Toulouse, dont elle fut bientôt suivie, donnèrent un nouvel éclat au scandale de cette réunion.

Sans doute, après un pareil triomphe, M™^ de Montespan dut croire que l'ascendant qui lui rendoit le cœur de Louis XIV seroit à jamais irrésistible. Mais ce fut précisément vers cette époque qu'elle commença à perdre sa faveur et son affection, en laissant trop apercevoir à ce prince les hauteurs et les inégalités de son humeur impérieuse.

Ce toit dans la société de M™® de la V allier e .^ que Louis XIV avoit senti naître la première impression de la passion si vive qui l'entraîna vers M™^ d.e Montespan. Ce fut dans la société de M"** de Montespan elle-même, qu'il commença à éprouver pour M"^^ de Maintenon le charme plus doux d'un attachement vertueux. M™^ de Montespan avoit triomphé de M^® de la Vallière par ses agrémens et sa beauté. M"^* de Maintenon dut l'empire plus durable et plus flatteur ^ qu'elle

G3 HISTOIRE DE EOSSrET,

conserva sur Louis XIV jusqu'à la fin de sa vie > à son esprit , à sa raison et à sa vertu.

Que l'on oublie un moment toutes les douceurs et toutes les consolations que la religion apportoit à M'"^ de la Vallière au fond de sa retraite j que l'on ne considère le cœur humain que dans les affections morales qui l'agitent^ le tourmentent ou le consolent; et l'on conviendra que les chagrins et les humiliations que M™® de Montespaii eut à essuyer le reste de ses jours, que l'insupportable injure de se voir préférer la femme qu'elle avoit attirée elle-même dans sa maison , et qui avoit été soumise à ses ordres comme à ses caprices, durent être pour un caractère tel que le sien , un tourment mille fois plus affreux que les expiations volontaires que M"^ de la Vallière s'étoit imj)osées.

Et si l'on se représente M*"^ de la Vallière suivie dans sa retraite de l'estime , du respect, des vœux et des souvenirs touchans qui étoient restés attachés à son nom , tandis que M^'^ de Montespan, sans amis et même sans esclaves , n'avoit conservé de sa grandeur passée que l'affectation d'une hauteur et d'une fierté qu'elle ne pouvoit plus exercer que dans sa famille ^'^-j on trouvera sans doute que M*"^ de la T allié re fut assez vengée ; mais une pareille vengeance ne pouvoit pas arriver jusqu'à cette ame douce et vertueuse ; elle dut seulement y apercevoir un nouveau motif de bénir la Providence pour l'avoir conduite par la main de Bossuet au seul port où elle put reposer en paix un cœur brisé par les orages des passions.

W Voj'ezles Màiioires à.G Siiinl-Simoxi.

Page 1