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lOO HISTOIRE DE BOSSUET ,
rites des procédures et des jugemens du Pape dans l'affaire de Pamiers.
Il fit observer ensuite à rassemblée, «W qu'elle V pourroit peut-être se borner à écrire au Pape, » comme on Tavoit l'ait en d'autres occasions, une » lettre dans laquelle on prendroit la liberté de lui » représenter que la matière de la Régale ne mé- » ritoit pas qu'on portât les choses si avant; que la » chaleur qui paroissoit dans ses brefs et l'éclat » qu'ils avoientfait, étoient capables de faire naître » des divisions dangereuses, et de commettre l'au- » torité du saint Siège dans une affaire qui par elle* » même n'étoit pas d'une grande conséquence pour » l'Eglise
» Mais qu'il étoit à craindre que ces remontran- » ces, quoique très-justes et très-fondées, ne fussent » pas écoutées comme la voix de toute l'Eglise de » France
» Qu'en conséquence, il proposoit de demander » au Roi qu'il lui plut de permettre aux évêques » de s'assembler en concile national , ou du moins » de convoquer une assemblée générale de tout le » clergé du royaume. »
Le rapport et les conclusions de l'archevêque de Rheims furent adoptés , et le procès-verbal de cette assemblée fut signé le 7 mai 1681. Elle étoit composée de quarante-deux évêques, parmi lesquels on remarque la signature de Bossuet nommé à l'évêché de Meaux cinq jours auparavant.
Louis XIV se rendit au vœu du clergé; mais il ne crut pas devoir adopter la forme cVun concile national, et il préféra de convoquer l'Eglise de France dans une assemblée générale composée de deux C") Procès-verbal de rassemblée de 1681.
dvéques et de deux députés du second ordre pour chaque métropole. Il voulut même que les métropoles des provinces réunies plus récemment à la France , et qui ne faisoient point partie de l'ancien clergé du royaume, eussent leurs représentans dans cette assemblée. Les lettres de convocation en date du 16 juin 1681 , recommandoient expressément aux assemblées métropolitaines de choisir pour députés du second ordre les ecclésiastiques les plus distingue's par leur piété , leur savoir^ leur expérience, et dont le mérite fût le plus connu dans les provinces»
Ce vœu fut parfaitement rempli ; et jamais aucune assemblée n'offrit un plus grand nombre d'évéques et d'ecclésiastiques recommandables par leurs vertus et leurs lumières.
Rien n'est peut-être plus propre à donner ime juste idée de la sagesse et de la fermeté de Louis XIV, que la conduite qu'il tint dans cette mémorable circonstance, sans s'écarter par une seule fausse démarche de l'ordre régulier et invariable qu'il s'étoit prescrit. Il sut concilier sa dignité , sa puissance et ses justes droits avec le respect le plus inviolable pour la religion , l'Eglise et le saint Siège,
On remarque même avec une espèce d'étonnement, qu'au milieu de la chaleur et de la fermentation des esprits , Louis XIV avoit su imprimer à toutes les parties de son gouvernement une telle habitude d'égards et de bienséance, que les mesures fortes et vigoureuses que les circonstances exigeoient, étoient toujours tempérées par les formes et les expressions les plus respectueuses pour le saint Siège et par les plus grands éloges des vertus et de la piété d'IwNocENT XI. Le Roi ne
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voulut même permettre à ses magistrats et à ses tribunaux, que ces simples mesures de précaution, dont le seul objet étoit de pre'venir tout ce qui auroit pu porter atteinte à la tranquillité' de ses Etats. Jamais peut-être Louis XfJ^^ne se montra ni plus grand, ni plus fort, que lorsqu'il se borna à opposer les maximes de l'Eglise de France à toules les menaces d'iNNocEivT XI. Ce fut dans son cierge c[u*il chercha, et qu^'il trouva les défenseurs les phis utiles et les plus éclairés des prérogatives de sa couronne.
YI. — Etat de l'Eglise de Fiance en i63;2.
Par un bonheur remarquable, l'Eglise de France ïéunissoit alors au plus haut degré les vertus, les lumières, les talens, la régularité des mœurs, et cet esprit d'ordre et de soumission qui assurent les succès de la religion, et la paix des empires.
On voyoit au premier rang, des évéques dont les noms sont consacrés depuis long-temps par le respect et l'admiration de la postérité, ou dont les vertus moins éclatantes peut-être, mais non moins utiles, ont rendu la mémoire chère et précieuse aux diocèses qu'ils ont gouvernés.
Dans un rang inférieur, on comptoit une multitude d'ecclésiastiques répandus sur toute la France, dont les uns par leurs écrits, leurs exemples etl'autorilé de l'instruction, entretenoientdans toutes les classes de la société l'amour de la religion, le goût de la vertu, le respect des mœurs; et les autres fondoient ou dirigeoient tous les genres d'établissemens que la charité chrétienne a préparées à l'indigence , au malheur et aux infirmités humaines.
LIVftE SIXIEME. 10^
Des ordres religieux, des congrégations séculicies et régulières se livroient avec autant de zèle que de désintéressement à toutes les parties de l'instruction publique, ou se consacroicnt à ces recherches profondes et savantes dont les nionumens encore subsistans enrichissent toutes les bibliothèques de l'Europe.
Tel étoit le beau spectacle qu'offroil l'Eglise de France à l'e'poque ou s'ouvrit l'assemblée de 1682. La disposition générale des esprits en France, n'étoit pas moins favorable à Louis XIV, que n'étoit fondée la juste confiance que lui inspiroient l'attachement et la fidélité de son clergé.
Malgré des apparences aussi rassurantes, Bossuet n'étoit pas entièrement exempt d'inquiétude; et sa lettre à l'abbé de Rancéle laisse assez apercevoir.
Il observoit que les esprits agites par la chaleur des discussions qui s'étoient élevées sur des discussions d'un bien plus grand intérêt que l'affaire de la Bégaie , pouvoient s'égarer sans le vouloir, et peut-éire sans le savoir, par un excès de zèie pour l'Eglise ou pour l'Etat. 11 voyoit dans le ministère des dispositions capables de conduire à des mesures extrêmes qui prépareroient peut-être dans la suite des regrets au gouvernement luiinéme. Il voyoit dans le clergé des évèques trèsrecommandables par leurs lumières et leur piété, et dont l'estime et l'amitié lui étoient chères, s'abandonner inconsidérément à des opinions qui pouvoient les conduire bien au-delà du but où ils se proposoient eux-mêmes de s*arrêler. Il ne se dissimuloit pas que jDarmi ce grand nombre d'évêques, il en étoit quelques-uns que des resîentimeus personnels a^ oient ai,ç;ris contre la Cour
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de Rome. Bossuet savoit enfin que clans toutes les assemble'es , le plus grand nombre ne fait qu'obéir à l'impulsion qui lui est imprimée j et que tout étoit à craindre ; si l'on s'engageoit imprudem* ïnent dans une fausse direction.
Dès le moment où l'assemblée s' étoit formée («) , clleavoit jeté les yeux sur Bossuet pour le sermon de l'ouverture. II profita d'une circonstance si naturelle et si précieuse, que la Providence ellejneme sembloit lui offrir pour tracer à l'assemblée la marche qu'elle devoit suivre.
Si jamais Bossuet a bien mérité de la religion et de l'Eglise, ce fut certainement dans une circonstance si critique. 11 ne s'agissoit point , à la vue d'un pareil danger, de rechercher les vains succès d'un orateur. Ce qui distingue éminemment Bossuet dans ce célèbre discours , c'est la profondeur des vues, et l'habileté, ou plutôt la sagesse avec laquelle il posa dès-lors tous les fondemens de la doctrine que nous le verrons bientôt consacrer dans les quatre articles de 1682.
Quelle réunion de science et de sagesse ne falloit-il pas pour m^arquer le caractère et l'action des deux puissances, en fixer les bornes, éviter toutes les maximes et toutes les résolutions extrêmes , et exposer la véritable doctrine de l'Eglise de France avec l'exactitude et la précision nécessaires pour calmer les inquiétudes et échapper à la malveillance.
Bossuet a expliqué lui-même sa pensée dans une lellre confidentielle au cardinal dfEsLrées du mois de décembre 1681 ^^X
« Je me suis proposé deux choses , écrit Bossuet,
(") Le 3o octobre 1681. — C'O OEuvres de, Bossuet , tom. xxxvii, p. 244 ^^ suiv. édit. de Mers, in 8".
» Vune en parlant des liberles de l'Eglise galli- -a cane, d'en parler sans aucune diminution de la » vraie grandeur du saint Siège; l'autre, de les » expliquer de la manière que les entendent les eVe- » ques , et non pas de la manière que les entendent
» les magistrats Je n'ai pas mis dans mon dis-
» cours une seule parole qu'avec des raisons parti- » culières, et toujours, je vous l'assure devant Dieu, » avec une intention très-pure pour le saint Sie'ge » et pour la paix. Les tendres oreilles des Pi.omains i> doivent être respecte'es, et je l'ai fait de tout
» mon cœur Je n'ai voulu ni trahir la doctrine
» de l'Eglise gallicane, ni offenser la majesté ro- » maine. En un mot, j'ai parlé net, car il le faut )) partout , et surtout dans la chaire ; mais j'ai » parlé avec respect, et Dieu m'est témoin que
w c'a été à bon dessein J'ai toujours eu dans
)) l'esprit qu'en expliquant l'autorité du saint » Siège de manière qu'on en ôte ce qui la fait » plutôt craindre que révérer à certains esprits, » cette sainte autorité, sans rien perdre, se mon- » trera aimable à tout le monde, même aux hé- » rétiques et à tous ses ennemis. »
Bossuet écrivoit à M. Dirais ."^ à E.ome , au su* jet du même discours : « (^) Je fis hier le sermon de » l'assemblée , et j'aurois prêché dans Rome ce » que j'y dis, avec autant de confiance que dans » Paris; car je crois que la vérité se peut dire » hautement partout , pourvu que la discrétion » tempère le discours, et que la charité l'anime. »
Il est bien certain que ce fut aux principes et aux sentimens que Bossuet exprima dans ce célè-
(") Théologien du cardinal d'Estrées. — (^i OEuvres de Bossuet j tom, xsxyii, p. 24°; ^dit. de Vers, i/2-8=».
bre discours, qu'on fut redevable de la parfaite unanimité avec laquelle l'assemble'e de 1G82 posa sur des fondemens inébranlables les grandes maximes que l'Eglise gallicane a toujours professées, et qui concilient avec tant de sagesse et d'équité les droits de la puissance temporelle et de la puissance spirituelle.
VII. — Bossuet prononce le g novembre 16S1 , le sermon d^ouverLurc de rassemblée sur TuniLé de lEglise.
Dès l'exorde de ce discours, Bossuet montre î'esprit dont il est animé et dont il veut animer l'assemblée.
« («) Quelle est belle cette Eglise gallicane, pleine » de science et de vertu I mais qu'elle est belle » dans son tout, qui est l'Eglise catholique, et » qu'elle est belle , sainteinent et inviolablement » unie à son chef, c'est-à-dire au successeur de
V saint Pierre I O que cette union ne soit point » troublée I que rien n'altère cette paix et cette
» unité où Dieu habite I La paix est l'objet de
» cette assemblée. Au moindre bruit de division, 5> nous accourons efï'rayés pour unir parfaitement » le corps de l'Eglise, le père et les enfans, le » chef et les membres, le sacerdoce et l'empire....
V Songeons que nous devons agir par l'esprit de » toute l'Eglise. IXe soyons pas des hommes vul- ■» gaires, que les vues particulières détournent du » véritable esprit de l'unité catholique ; nous agisî) sons dans le corps de Tépiscopat et de l'Eglise » catholique, où tout ce qui est contraire à la règle » ne manque jamais d'être détesté. Puissent nos
i,'^} OEui'i'Çs de Bossuet, tom. xv, p. 49^ ctsuiv- ihlâ.
» résolu lions elre telles, qu'elles soient Jignes de » nos pères, et dignes d'être adoptées par nos des- » ceudans; dignes enfin d'elle comptées parmi les » actes authentiques de l'Eglise, et insérées avec » honneur dans ces registres immortels où sont » compris les décrets qui regardent non-seulement » la vie présente, mais encore la vie future et l'é-
» ternité toute entière »
Bossuet n'hésite pas à manifester son opinion sur rindéfeclibilité du saint Siège.
« W Pierre, en proclamant Jésus le Christ, fils y> DU Dieu vivant, s'atlira par cette haute prédi- » cation de la foi, l'inviolable j)romesse qui le fait » le fondement de l'Eglise. La parole de Jesusw CnRisT, qui de rien fait ce qui lui plaît, donne » cette force à un mortel. Qu'on ne dise point, » qu'on ne pense point que ce ministère de saint » Pierre finisse avec lui; ce qui doit servir de sou- » tien à une Eglise éternelle, ne peut jamais avoir )) de fin. Pierre vivra dans ses successeurs. Pierre )) parlera toujours dans sa chaire; c'est ce que di- » sent les Pères; c'est ce que confirment six cent » trente évêques au concile de Chalcédoine. »
Bossuet prévient en même temps l'objection qui peut se présenter contre cette indéfectibilité du saint Siège.
ftC*) Que contre la coutume de tous leurs prédé- » cesseurs, dit Bossuet, un ou deux souverains pon- » tifes, ou par violence, ou par surprise, n'aient » pas assez constamment soutenu, ou assez pleine- » ment expliqué la doctrine de la foi; consultés de » toute la terre, et répondant durant tant de siè-
^"^ Sermon d'ouverture de rassemblée sur l'uilitcderEglisci ii/ul p. 497. — ^^] Jl'ul p. 5qi , 5o2r
» des à toutes sortes de questions de doctrine, de » discipline, de ce'rémoniesj qu'une seule de leurs » réponses se trouve note'e par la souveraine ri- » gueur d'un concile œcuménique, ces fautes par- » ticulières n'ont pu faire aucune impression dans )) la chaire de saint Pierre. Un vaisseau qui fend » les eaux , n'y laisse pas moins de vestiges de
» son passage Qu'a servi à l'hérésie des Mono-
» thélites d'avoir pu surprendre un pape? L'anar> thème qui lui a donné le premier coup, n'en » est pas moins parti de cette chaire, qu'elle tenta » vainement d'occuper »
Il ne faut qu'un seul trait à Bossuet pour raconter trois cents ans de persécutions qui finissent par mettre la croix sur le front des Césars.
« ^"^ La synagogue, dont les promesses sont ter- » restres, commence par la puissance et les armes. » L'Eglise commence par la croix et par les mar- » t}rs. Fille du ciel, il faut qu'il paroisse qu'elle fe est née libre et indépendante dans son état es- » scntiel , et ne doit son origine qu'au Père céleste. » Quand après trois cents ans de persécution , par- » faitement établie et parfaitement gouvernée du- T rant tant de siècles sans aucun secours humain , ^> il paroîtra clairement qu'elle ne tient rien de » l'homme : venez maintenant, ô Césars, il est •» temps. »
C'est dans ce même discours qu'on entendit Bossuet proclamer cet oracle tutélaire de l'ordre social, que les apôtres avoient enseigné par leurs préceptes et par leurs exemples , et qui est consigné à toutes les pages de la tradition.
C") Sermon d'ouverture dç rassemblée sur l'unité de l'Eglise 5 ibiJ. p. 5i5.
tt C'') Nul prélexte , nulle raison ne peut autoriser » les re'voltcs. Il faut révéler Tordre du ciel et le » caractère du Tout-Puissant dans tous les princes » quels qu'ils soient, puisque les plus beaux temps » de l'Eglise nous le font voir sacré et inviolable, » même dansles princespersécuteurs del'Evangile. » Ainsi leur couronne est hors d'atteinte. L'Eglise » leur a érigé un trône dans le lieu le plus sûr de » tous et le plus inaccessible, dans la conscience » même, où Dieu a le sien; et c'est là le fon- » dément le plus assuré de la tranquillité publi- » que. »
Et c'est à ce sujet que rappelant indirectement les entreprises que se permirent quelquefois des pontifes qui méconnurent la nature et les bornes de leur puissance, Bossuet fait cette observation importante qu'il a développée avec plus d'étendue dans sa Défense des quatre Articles.
« W La marque la plus évidente de l'assistance » que le Saint-Esprit donne à l'Eglise romaine, à yt cette mère de toutes les Eglises, c'est de la ren- » dre si juste et si modérée, que jamais elle n^ait » mis les excès parmi les dogmes. »
Bossuet, après avoir représenté l'Eglise romaine avec tous les caractères qu'une institution divine lui a attribués, prononce ces magnifiques paroles :
a W Qu'elle est grande, l'Eglise romaine, soute- » nant toutes les Eglises, portant le fardeau de tous -n ceux qui souffrent, entretenant l'unité, confir- » mant la foi , liant et déliant les pécheurs , ou- » vrant et fermant le ciel.' qu'elle est grande, en- » core une fois lorsque, pleine de l'autorité de saint
C'^) Sernion d'ouverture de l'assemblée sur l'unité de TEglise j ibid. p. 517. — 1^: IhUl p. 548. — {\ Ibid, p. 548, ^^0.
I lO BISTOIRE DE BOSSU.ET,
« Pierre, âe tous les apôtres, de tous les «onciles , » elle en exécute avec autant de force que de dis- » cre'tion , les salutaires de'crelsl Sainte Eglise ro- » niaine, mère des Eglises et de tous les fidèles. Eglise . » choisie de Dieu pour unir ses enfans dans la même » foi et dans la même charité , nous tiendrons lou- » jours à ton unité par le fond de nos entrailles. î> Si je t'oublie, Eglise romaine, puisse- je m'ou- » blier moi- même I que ma langue se sèche, et » demeure immobile dans ma bouche, si tu n'es » pas toujours la première dans mon souvenir, si je » ne te mets pas au commencement de mes canli- » ques de réjouissance ! »
Mais en même temps, Bossuet représente l'Eglise gallicane, toujours fidèle dans l'union inviolable qu'elle a conservée avec le saint Siège, sans cesser d'être ferme et constante dans le maintien de ses maximes et de ses droits. Il rappelle l'exemple de saint Louis («), « qui publia une pragmatique pour » maintenir dans son royaume le droit commun, et » la puissance des ordinaires selon les conciles gé- » néraux et les institutions des saints Pères.
» Qu'on ne nous demande })lus , ajoute Bossuet, » ce que c'est que les libertés de l^ Eglise galli- » cane ? Les voilà toutes dans ces précieuses pa- » rôles de V ordoJina?ice de saint Louis, nous n'ea
» voulons jamais connoître d'autres Ce n'est
» pas diminuer la plénitude de la puissance apos- » tolique. L'Océan même a ses bornes dans sa » plénitude , et s'il les outrepassoit sans mesure « aucune, sa plénitude scroit un déluge qui rav^a- » geroit tout l'univers. Mais conservons ces fortes
(**) Sermon d'ouverture dç Tasscmblge sur Tuaité de 1 Egllse .; iUd. j). 53 j et suiy.
» maximes de nos pères, que l'Eglise gallicane a » trouvées clans la tradition de l'Eglise universelle. »
On voit sensiblement dans ce discours l'enchaînement et la suite des sentimens , des pense'es et des vues que Bossuet se proposoit de l'aire adopter par l'assemble'e. Conserver l'unité, maintenir avec fermeté les véritables libertés de l' E glise gallicane y consacrer dans la forme la plus authentique l'indépendance de la puissance temporelle, et réprimer les esprits inquiets, qui ne clierclioient qu'à enflammer les passions , et à perpétuer les divisions ; telle étoitia noble et religieuse ambition de Bossuet»
C'est ce qu'il développe avec la plus admirable énergie dans les exhortations qui terminent son discours, et qu'il adresse aux évéques assemblés.
« (") Priez donc tous ensemble , encore une fois, » que ce qui doit finir finisse bientôt; tremblez à » l'ombre même de la division. Songez au malheur » des peuples qui ayant rompu l'unité, se rompent » en tant de morceaux, et ne voient plus dans leur )) religion que la confusion de l'enfer et l'horreur » de la mort. Ah! prenons garde que ce mal ne » gagne; déjà nous ne voyons que trop parmi nous » de ces esprits libertins, qui, sans savoir ni la re- » ligion, ni ses fondemens , ni ses origines, ni sa » suite, blasphèment ce qu*ils ignorent et se cor- » rompent dans ce qu'ils savent; nuées sans eau, » docteurs sans doctrine, qui pour toute autorité » ont leur hardiesse^ et pour toute science leurs
» décisions précipitées Opposons h cts esprits
» le'gers et h ce charme trompeur de la nouveauté' , )> /a pierre sur laquelle nous sommesfondés , et Vau-
(*) Sermon d'ouverture de fassemblcft siir runité de l'Es gîisej ihid. p. 55f. 552.
lll HISTOIRE DE BOSSTJETJ^
» to rite de nos traditions , oit tous les siècles sont » renfermés^ et l'antiquité qui nous réunit h l^ori- » giïie des choses. Marchons dans le: sentiers de » nos pères , mais marchons dans Is anciennes » mœurs comme nous voulons marcher dans Van- » ciennefoi. »
Bossuet avoit eu l'attention de lire son discours à l'archevêque de Paris et à l'archevêque de Rheims, deux jours avant de le prononcer. On jugea qu'il n'y avoit rien à y changer , et il le prononça tel qu'il l'avoit lu. Il devoit donc peu s'attendre à éprouver des difficulie's. Cependant on voit par une de ses lettres au cardinal d'Estrées (0, qu'il eut à essuyer quelques contradictions de la part de l'archevêque de Paris.
« On a souhaité depuis de le revoir (/e discours) î) en particulier , afin d'aller en tout avec maturité. » Il fut relu à MM. de Paris, de Rheims, de Tour- » nay , et à trois députés du second ordre. On alla » jusqiCcL la chicane , et il passa tout d'une voix » quon ny changeroit pas une syllabe. Quelqu'un » (l'archevêque de Paris, de Harlay) dit seulement » à l'endroit où j'ai déclaré qn^ il J'alloit tout sup' » porterplutôt que de rompre avec l'Eglise romaine, )) que je devrois mettre: plutôt que de rompre avec » l'Eglise. Je refusai ce parti comme introduisant » une espèce de division entre V Eglise romaine .^ et » l'Eglise en général; tous furent de mon avis , et » même celui qui avoit fait la difficulté. La chose » fut remuée depuis par le même , qui trouvoit que » le mot rompre disoit trop^ vous savez qu'on ne
(,i'i Dans le tome ix des OEuvres de Bossuet, D. Déforis a daté cette /e«re du i^' décembre i63k C'est une légère méprise) elle n'a pu être écrite «pe yers la fin de décembre.