LIVRE SIXlfcME
XVIII. — Innoccni XI refuse les bulles aiL\ êvêqurs nommes qui avoicnt été membres de l'assemblée de 1G82.
Innocent XI , n'osant condamner les quatre articles^ voulut au moins satisfaire son mécontentement, en refusant des bulles aux ecclésiastiques qui avoient ëte' membres de l'assemblée de 1GS2, et que le Roi avoit nommés à des évécliésj un pareil refus étoit non-seulement une contravention aux dispositions du concordat de Ffançois I^"" et de Le'ox X ; mais il n'ofFroit pas même un motif plausible. Il étoit de notoriété publique, et Innocent XÎ ne pouvoit pas l'ignorer, que les députés du second ordre à l'assemblée de 1G82 n'y avoient point eu voix delibérative , et n'avoient fait que souscrire au jugement des évéques leurs supérieurs daus l'ordre de la hiérarchie.
Louis XIV, blessé du refus du Pape, ne voulu! pas à son tour que les autres ecclésiastiques nommés aux évéchés reçussent les bulles que Piome consentoit à leur accorder.
Les choses restèrent eu cet éiat pendant tout le pontificat d'iKNocENT XI et celui d'ALEXANDRE VIII. Quant à toutes les autres grâces^ dispenses, provisions de bénéfices que la Cour de Rome étoit en possession d'accorder, on continua à les lui demander, et elle continua à les expédier.
Mais plus d'un tiers des év^echés de France étoient privés de pasteurs institués canoniquement. Il est certain que sous un prince moins religieux que Louis XIV, l'inflexibilité d'Lx^ocENT XI et la conduite équivoque d'ALEXA>DRE VIII auroient pu avoir des suites funestes à la paix de l'Eglise.
Il arriva uiéme sur la fia du pontificat d'iNNO-
lG4 niSTOIRE DE BOSSUET,
CENT XI, un incident où le Pape porta son reasen-' timent aussi loin qu'il pouvoit aller. Ce fut dans l'affaire àes franchises , où Louis XIV eut le tort de soutenir avec trop de hauteur une pre'teution peu raisonnable; et Innocent XI, celui de compromettre inutilement l'autorité de l'îlglise en faisant usage des armes spirituelles dans une affaire purement politique.
Ce fut à cette occasion que M. Talon , avocat général au Parlement de Paris, fit le 23 janvier 1688 ce réquisitoire si véhément et si connu, qui provoqiioit les mesures les plus fortes et les plus décisives pour dispenser désormais l'Eglise de France de l'obligation que le concordat de Le'on X et de François P*" lui avoit imposée de recourir à Rome pour l'institution canonique de ses évéques. M. Talon demandoit en même temps au nom du procureur-général, a être reçu appelant au futur concile général « de toutes les proccdures et jugemens que » le Pape aurait pu faire , ou pourrait faire et ren- » dre à l'avenir au préjudice de Sa Majesté, des » droits de sa couronne et de ses sujets, »
L'arrêt du Parlement de Paris, qui intervint le même jour (^3 janvier 1688) ordonna <.<. V enregis- » trement de l'acte d'appel du procureur-général
» au futur concile et que le Roi serait supplié
» d'ordonner la tenue des conciles provinciaux , y> ou même d'un concile national , ou une assem- V blée de notables de son royaume, afin d'aviser » aujo moyens les plus convetiahles pour remédier » aux désordres que la longue vacance de plusieurs » archevêchés et évéchés y a introduits, et pour en » prévenir le progrès et l'accroissement. »
Mais Louis XIV, satisfait d'avoir laissé aperce-
-voir à la Cour de Pioiiie toute l'étendue des moyens qu'il avoit en son pouvoir, ne crut pas devoir faire usage des mesures que le Parlement lui proposoit au sujet de l'institution canonique des évéques. Il voyoit le pape Innocent XI prêt à descendre au tombeau; et il devoit se flatter de trouver dans ses successeurs un caractère plus conciliant et des dispositions plus pacifiques; l'événement justifia la sagesse et la prévoyance de ce prince.
Louis XIV porta miême la modération jusqu'à ne permiettre au procureur-général d'interjeter son appel au futur concile par un acte en forme ^ que plus de sept mois après l'arrêt du ^3 janvier 1688. Le Roi avoit voulu épuiser auprès d'ÏNNOCENT XI tous les moyens de douceur, avant d'avoir recours à cette mesure extraordinaire. On observe la répugnance extrême qu'il eut à l'adopter, jusque dans les dispositions mêmes de l'acte d'appel («). « Le procureur- général y déclaroit, au nom et sui- » <^ant le commandement exprès quil en avoit reçu » du Roi, que son intention eloit de demeurer touy> jours inviolablement attaché au saint Siège, » comme au centre ve'ritable de V unité de l'Eglise^ » d'en conserver les dr^oits , l^autorité et les préé- » minences , avec le même zèle que Sa Majesté a n fait en tant d'occasions importantes ; de lui renia dre elle-même , et de lui faire rendre par tous ses » sujets le respect y la déférence et la soumission qui » lui sont dus. »
Cet acte d*appel fut relevé à Tofficialité de Paris, le 27 septembre suivant, et l'official en donnant les lettres usitées en pareil cas, déclara les accorder, « autant quil le pouvoit faire par son
C°) En date du 20 septemJ^re 1688.
l66 HISTOIRE DE BOSSUEt,
» respect pour V Eglise universelle représentée par » un concile général ^ et en considération de ce » que ledit appel regardoit les droits du Roi , les » libertés de VEglise gallicane et le repos du. » royaume, »
Le Roi ne voulut pas même que cet acte fût rendu public, avant de l'avoir fait communiquer aux évéques qui se trouvoient alors à Paris. Ils se léunirent à rarchevêché par son ordre le 3o septembre ( 1688) , au nombre de vingt-six j l'archevêque de Paris (de Harlay ) se borna dans cette assemble'e à leur faire donner lecture de la lettre du Roi au cardinal d'Estrées^ en date du 6 septembre (i()88), à l'occasion des affaires pre'sentes et de l'acte d'appel du procureur-général au futur concile. Il leur dit en même temps , « que le Roi » étoit persuadé que connoissanl parfaitement eux- » mêmes la différence quily a entre un démêlé de » religion et une guerre temporelle , ils sauroient )> lever les alarmes des personnes les plus scrupu- »> leuses , et dissiper les effets de la malignilé de » ceux qui seroient les plus mal intentionnés con- » tre son service et le repos de l'Etat. »
Les évéques assemblés se bornèrent de leur côté à prier l'archevêque de Paris de remercier trèshumblement Sa Majesté de l'honneur qu'elle leur avoit fait en leur donnant communication de ces actes ^ et à exprimer « qu'ils ne pouvoicnt mieux » répondre à cette faveur qu'en formant des vœux » pour qu'il plut à Dieu d'inspirer au Pape, dans » cette occasion, des sentimcns de paix, et qu'en » offrant au Roi leurs actions de grâce et les ap- 1) plaudissemens les plus respectueux à la sage » con<luite de Sa Majesté. »