‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 47 sur 120 · LIVRE sixiÈiNre. i5g · texte numérisé non relu

LIVRE sixiÈiNre. i5g

n hilUé prétendue ? Faiidra-t-il sortir de ces enin barras, et se tirer de l'autorité de ces décrets » et de tant d^autres décrets anciens et modernes » par des distinctions scolastiques e! par les chi- » canes de Bellarmin ? Faudra-t-il aussi dire a^ec » lui et Baronius , que les actes du sixième conrile y> et les lettres de saint LÉox sont falsifiées? Et » V Eglise quijusquiciaferméla bouche aux héré' » tiques par des raisons si solides^ naura-t-elle plus y> de défense que dans ces pitoyables tergi,>ersatiofis7 » Dieu nous en préserve! Ne cessez^ iMonsieur, de^ » leur représenter à quoi ils s^engagent et a quoi ils » nous engagent tous. Je ne doute pas que M. le « cardinal d'Estre'es ne parle en cette occision avec » toute la force, aussi bien qu'avec toute la ca- » pacité possibles, et il a le salut de l'Eglise entre

» ses mains Je ne puis ni'imaginer qu'un pape

» si zélé pour la conversion des hérétiques et pour » la réunion des schismatiques, y veuille mettre i) un obstacle éternel par une décision telle que » celle dont on nous menace. Dieu détournera ce )) coup, et pour peu qii on ait de prudence , on ne » se jettera pas dans cet inconvénient. »

Ce qu*on auroit peine à croire , si cette lettre de Bossuet n'en offroit la preuve, c'est qu'on étoit encore à Rome frappé d'un tel aveuglement, qu'on imagiuoit d'y ressusciter les vieilles prétentions des papes sur la souveraineté des rois, au lieu de les laisser ensevelies dans un oubli éternel. Cette seule pensée dans un tel siècle suffisoit pour justifier la convenance et la nécessité de la déclaration du clergé de France.

« («) J'oubliais y écrit Bossuet, Vun des articles ("■ Lettre de Bossuet à M. Dirois j ibid. p. 272.

l6o HISTOIRE DE BOSSUET ,

» principaux , qui est celui de V indépendance de » la temporalité des rois. Il ne faut plus que con- » damner cet article , pour achever de tout per- » dre ; quelle espérance peut- on jamais a\'oir de » ramener les princes du Nord, et de convenir les » rois infidèles^ s^ils ne peuvent se faire Catholi- » ques ^ sans se donner un maître qui puisse les » déposséder quand il lui plaira 1 Cependant je » vois par votre lettre et par toutes les précédentes ,

f) que c est sur quoi Rome s^ émeut le plus

» » On m'a dit que l'inquisition avoit condamné le » sens favorable a cette indépendance , que quel- » ques docteurs de la Faculté avoient donnée au y> serment d'Angleterre. On perdra tout par ces » hauteurs. Dieu veuille donner des bornes à ces » excès.

» Ce ri est pas par ces moyens , s'e'crie Bossuet » avec l'accent de son éloquence, qiCon rétablira » l'autorité du saint Siège j personne ne souhaite » plus que moi de la voir grande et élevée : elle ne » le fut jamais tant au fond que sous saint Léon et » saint Grégoire j et les autres qui ne songeoient » pas à une telle domination. La force , la fermeté ^ w la vigueur se tt^ouvent dans ces grands papes ; » tout le monde étoit cl genoux quand ils parloient; » ils pouvoient tout dans l'Eglise , parce qu'ils met- » toient la règle pour eux. Mais y selon que vous » jn écrivez j je vois bieji quil ne faut guère espé- » rer cela; accommodons -nous au temps, mais » sans blesser la vérité, et sans jeter encore de nou- » velles entraves aux siècles futurs, La vérité est » pour nous; Dieu est puissant , et il faut croire con- » TR A SPEM IN s-PEM., qu'il ?iç la iaïsscra pas éteindre » dans son Eglise. »

Cëtoit là le juste fondement des espérances de Bossuet; car, malgré toute son estime pour les vertus d'IwNOCENT XI, il laissoit assez apercevoir dans le sein de la confiance et de l'amitié son opinion sur un pontife plus recommandable par sa piété et son désintéressement que par l'étendue de ses lumières. « («) Une bonne intention avec peu de lu- » mières, écrivoit Bossuet à l'abbé de Rancé , cest » un grand mal dans de si hautes places } prions , » gémissons. »

Bossuet avoit observé une telle mesure dans la rédaction des quatre articles, et avoit si solidement établi la primauté d'honneur et de juridiction que JÉSUS -Christ a attribuée à la chaire de Pierre^ comme centre de l'unité catholique, qu'à Rome on eut l'indiscrétion de vouloir se servir de cet aveu pour consacrer toutes les autres prétentions ultramontaines. C'est à celte occasion que Bossuet fit cette belle réponse , qui est la plus belle leçon qu'on puisse jamais adresser aux évéques : « /e l'ai bien » prévu , mais à cela je ri! ai autre chose à dire, si- » non que des évéques qui parlent , doivent regar- » der les siècles futurs aussi bien que le siècle pré- » sent y et que leur force est a dire la vérité telle » quils l'entendent, »

On trouve dans cette même lettre de Bossuet une observation remarquai le. « On sait que le qua- » trième article de 16B2 exige le consentement de » VKglise pour rendre irréformable un jugement » du Pape en matière de doctrine. » Plusieurs théologiens éclairés, et même des gallicans zélés, tels que M. Dirois , a voient pensé que cet article pouvoit se concilier avec la doctrine des ultrainoa-

^"z Du 3o octobre 1682; ibid. p. 270.

l62 BfSTOlRE HE BOSSfET,

tains. « J'ai peine à le concevoir, ropond Bossue! . » nous n'a\>ons pas eu ce dessein, quoique cV autre » part nous ayons bien vu, que quoi qu^ on enseignât î) en spéculation , il enfaudroit toujours en pratique » revenir à ne mettre la dernière et irrévocable dé- » cision que dans le consentement de l'Eglise uni- » verselle, à laquelle seule nous attachons notre foi » datis le symbole. y> Et en effet c'est toujours où en reviennent les ultramontains eux-mêmes, lorsqu'ils sont forcc's dans leurs derniers retrancliemens. IJinfoillibilite' du Pape finit par ne plus élre que celle de l'Eglise.

Heureusement les esprits se calmèrent à Rome, et la Providence détourna Innocent XI de la funeste pense'e de censurer la doctrine du cierge de France. Il se borna à encourager et à récompenser avec plus de générosité que de jugement les nombreux écrivains qui se dévouèrent à combattre l'assemblée de 1682.

Autant Bossuet avoit redouté quelque décision indiscrète de la Cour de Rome, autant il s'applaudit de n'avoir à lutter que contre d'imprudens adversaires. C'étoit lui offrir l'occasion qu'il avoit recherchée lui-même de confirmer la doctrine de l'Eglise de france par une suite de témoignages, d'autorités et de raisonnemens qui dévoient tôt ou tard rendre cette doctrine commune à toutes les Eglises de la catholicité j et c'est ce qui est résulté de sa belle Défense de la Déclaration du clergé de France CO- CO Voyez les Pièces justificatives du livre sixième, sur la Défense des quatre articles.

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