LIVRE SIXlÈaîE
» geiLT pour le bien de l'an et de l'autre. Cela re- » double en moi mon respect filial envers Votre » Béatitude. Comme Je cherche de le lui faire con- » noitre par les plus fortes preuves que j^'en puis don- -» ner^je suis bien aise aussi de faire savoir à Votre » Sainteté que y ai donné les ordres nécessaires pour » que les choses contenues dans mon édit du 22 » mars 1682, touchant la déclaration fuite par le î) clergé de France^ a quoi les conjonctures passées » niavoient obligé^ ne soient pas observées; et que 5) désirant que non-seulement Votre Sainteté soif. » informée de mes sentiniens , mais encore que tout y> le monde connoisse par une marque particu- )) Hère la vénération que j'ai pour ses grandes et )) saintes qualités , je ne doute pas que Votre Béa- » titude ii'y réponde par toutes les preuves et dé- » monstraiions envers moi de s07i affection pater^ M nelle. Je prie Dieu cependant qit'il conserve )) Votre Sainteté plusieurs années au régime et » gouvernement de son Eglise. Ecrit à Versailles^ )) /e 14 septembre 1693. »
Quelques expressions de cette lettre pourroient faire supposer que Louis XIY consentoit à renoncer à la doctrine constante de l'Eglise de France, dont les quatre articles n'offroient qu'une déclaration plus précise et plus solennelle if]. Ce seroit
(0 II paroît que la lettre de Loris XIV et celle des évéques au pape I>'XOCe>t XII avoient induit en erreur quelques ecclésiastiques, qui se persuadoient que le Roi et lEglise de France avoient abandonné les sentimens exposés dans la Déclaration de 1682. Ils paroissoient même se repentir d'à voir professé des opinions qu'on supposoit désavouées et rétractées par ces deux lettres.
bien mal juger ses principes et ses intentions. Il les a manifestées lui-même avec autant d'énergie que d'exactitude, dans sa lettre du 7 juillet 1713 au cardinal de la Trémoille,
«(«)Le pape Clément XI', successeur d'iNNO-
C'est ce qii'il. est facile d^observer dans une réponse de M. lYonson, supérieur général de Saint-Sulpice, à M. Balsa, directeur du séminaire de Clermont.
Nous avons assez fait connoître dans l'Histoire de Fénélon, l'admirable sagesse avec laquelle M. Tronson savoit unir dans toutes les circonstances et sur toutes les questions, l'exactitude des principes à la plvis éminente piété. Cette réponse de M. Tronson à M. Balsa , en oflfre un nouveau témoignage , aussi honorable pour lui , que pour la congrégation dont il étoit le chef, et dont il attestoit les sentioiens et les règles de conduite.
Pari», 1 3 janvier 1694.
« Ce que le clergé de France , ou plutôt quelques évêques, y) ont témoigné au Pape, dans la lettre qu'ils lui ont écrite, 7) ne doit vous donner aucun scrupule sur ce que vous avez 2) fait. Qv^'y a-t-il de plus juste , que des enfans qui ont déj) plu à leur père, lui en témoignent du regret."* Tout ce qu'ils *) disent ne touche point la vérité dts propositions , et laisse » les choses dans Tétat où elles étoient auant la déclaratiori w du Roi et les propositions du clergé. Vous avez eu assez de -n fondement et de raison pour agir comme vous avez fait. i) Ainsi ne songez plus au passé , et pour V avenir , arrétez- •)) vous aux sentimens communs que Von enseignait ordinai- » rement en Sorbonne. »
Il est assez remarquable que M. Tronson exprimoitdès 1694, et presque dans les mêmes termes , l'opinion que Bossuet a développée depuis , avec aut.iut d'érudiiitm que d'étendue, dans le célèbre ouvrage où il a défendu \ix Déclaration de 1682, comme l'expression de la doctrine constante et immémoriale de la Faculté de théologie de Paris.
(.«) Mémoires du chancelier d'^guesseau , lova. \in , p. 424.
» CENT XII, avoit cru pouvoir se prévaloir de cette » lettre de Louis Xl\ et de celle que les évèques ï) nommés avoieut écrite en i6g3 pour obtenir leurs » bulles : et il prétendoit la faire regarder comme » une obligation de la part du E.oi, d'empêcher » qu'on ne soutînt dans son royaume les proposi- » tions de l'assemblée de 1682.
» L'abbé de Saint-Aignan , que le Roi venoit de » nommer à l'évéché de Beauvais, avoit soutenu » en 1705 ces mèiiies propositions dans une thèse » publique; et le Pape fit entendre qu'il ne pou voit » lui donner des bulles , s'il ne se porloit aupara- » vant à rétracter ces propositions.
» Mais Louis XIV jugea qu'il ne pouvoit faire » parier au Pape avec trop de force pour lui faire » envisager les suites fâcheuses qui pourroient ré- » sulter d'un pareil refus ^ et il en écrivit en ces » termes le 7 juillet i^iS au cardinal de la Tié- « nioille ^ chargé de ses affaires à Rome.
XXIII. — Lettre de Louis XIV au cardinal de la TrëmciUe. 7 juillet 1713.
» On ne troin'era pas que depuis l'accommode- » ment que je fis en 1693 avec le pape Innocent XII, » ily ait eu la moindre difficulté il V expédition des » huiles d^ aucun de ceux qui ont soutenu dans leurs » thèses les propositions conformes aux maximes )) de V Eglise de France
» Le Pape Innocent XII et son successeur, qui » gouverne aujourd'hui si saintement l' E,'jJ,ise de. » Je'sus-Curist, o?it compris tous deux qu'il étoit de )> leur sagesse de ne pas attaquer en France des » maximes que l'on y regarde comme fondamen-
l'jS mSTOir.E DE BOSSUET,
5) taies, que Von y suit comme celles de l'Eglise » primitive , et que V Eglise gallicane a conservées » inviolablejnent sans y souffrir aucune altération » pendant le cours de tant de siècles.
» Ils ont aussi jugé qu il étoit de leur équité d^ oh- ' » server exactement le concordat. Suivant sa disw position, ilfaudroit que les sujets que je nomme » aux bénéfices, fussent convaincus d'hérésie, pour » donner au Pape une juste raison de leur refuser » des huiles : et Sa Sainteté est trop éclairée pour ■» entreprendre de déclarer hérétiques les maximes » que suit l'Eglise de France.
)) Le pape Innocent XII ne me demanda pas de 5) les ^abandonnera lorsque je terminai avec lui les y> différends commencés sous le pontijicat ^'Inno- » CENT XI j il savoit que cette demande seroit inu- » iile; et le pape actuel, qui étoit alors un de ses n principaux ministres, sait mieux que personne î) que l'engagement que j'ai pris se rèduisoit à ne » pas faire exécuter fédit de 1682.
» On lui a supposé, contre la vérité, que j'ai yy contrevenu h l'engagement pris par la lettre que » j'écrivis h son prédécesseur; car je n'ai obligé » personne à soutenir contre sa propre opinion les » propositions du clergé de France. Mais il n'est » pas juste que j'empêche mes sujets de dire et » de soutenir leurs sentimens sur une matière qiiil 5) est libre de soutenir de part et d'autre , comme y> plusieurs autres questions de théologie , sans don- » lier la moindre atteinte à aucun des articles de >'>foi.
» Sa Sainteté n'est donc pas fondée a se plaindi^c » que je manque aux engagemens que j'ai pris avec
» son prédécesseur ; mais f au rois moi - même de » trop justes sujets de me plaindre quelle ne sa- » tisjeroit pas aux concordats faits entre le saint » Siège et ma couronne , si elle persistoit a rey* fuser des huiles a un sujet dont la doctrine ne î) peut être reprise. Je ne puis sans peine envisager » les suites d'un semblable refus , et je m^assure •» quun pape aussi plein de zèle et de lumières r> en sera lid-méme assez frappé pour se désister î) d^une prétention toute now^elle , et sur laquelle » je ne puis admettre aucun expédient. »
Le chancelier d! Aguesseau ajoute « que la lec- » ture de cette dépêche de'termina le Pape à don- » ner les bulles de l'évéché de Beauvais à l'abbe' de » Saint-Aigna?i , sans exiger de lui aucun de'saveu, w ni aucune satisfaction des propositions de l'assem- » blée du clergé de 1682 (0. »
Quoi qu'il en soit, «la lettre de Louis XIY à •» I^^ocE^■T XII fut le sceau de l'accommodement T) entre la Cour de Rome et le clergé de France. » Les notes manuscrites de l'abbé Fleury- nous apprennent, que trois projets de la letue àçs évéques au Pape furent présentés et soumis à l'examen des archevêques de Paris, de Rheims, du coadjutcur de Rouen ( Colbert ) et de Bossuet.
CO Ce ne fut cependant qu au mois de septembre suivant que Clémext XI accorda ces bulles. Nous avons rapporlé dans \ Histoire de Fe'nélon une lettre trcs-forte , qui! écrivit au sujet de cette affaire, et qui fut mise sous les 3 eux. du Fape. il paroit qu'elle ne contribua pas peu à fixer les irrésolutions de Clément XI , et à prévenir les suites fâcheuses d'un refus qu'il auroit été difficile à la Cour de Rome d'appuver de mollis raisonnables.
Un de ces projets fut adopte, et ce fut, à peu de cliose près, celui que Bossuet avoit approuvé et corrigé.
Il eût e'te' à de'sirer que Tabbé Fleury eût fait connoître avec plus de piécision ce qui appartient véritablement à Bossuet dans le projet de la lettre des évéques au Pape. Il est vraisemblable qu'il ne s'attacha qu'aux expressions les plus essentielles, et qu'il se montra assez indilFe'rent sur les formules de respect et de soumission que les circonstances, l'i^mour de la paix et les senlimens que l'Eglise de France a toujours professés demandoient pour le saint Siège.
Au reste , Bossuet a expose' lui-inéme son opinion sur celte lettre et sur l'interpre'lation qu'elle devoit recevoir, dans le chapitre X de la Disserta' tion préliminaire de la Défense de la Déclaration du clergé. «Peut -on dire, e'crit Bossuet, » qu'ÏNNOCENT XII, ce pontife plein de bonté et » d'inclination pour la paix, ait exigé de nos pré- » lats qu'ils rétracta s <^ent leur doctrine, comme » étant ou erronée, ou schismatique , ou fausse? » non , puisque nos évéques lui écrivirent simple- » ment en ces termes : Nous n^ avons eu aucun des- » sein de J'ai re une décision. Yoilh tout ce qu'ils » condamnent, voilà tout ce que le Pape leur or- » donne de détester. Le Pape, dis-je , veut qu'ils » ne regardent pas la décision comme un décret ^ y> un jugen.ent épiscopal ^ en prenant ces mots » dans le sens ci-dessus expliqué : et la lettre d'exw cuse par laquelle ils se justifièrent sur ce seul ar- » ticle, nppaisa telleaient Sa Sainteté, que depuis « ce temps elle n'a pas cessé de donner à la France,