‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 70 sur 120 · LIVRE SEPTIEME. 2l · texte numérisé non relu

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talion ou avec inquiétude le pénible soin de donner à leurs discours une forme trop e'iéganle et trop étudie'e, dont la parole de Dieu n'a pas besoin pour toucher les cœurs. « («) Abandonnez- » vous, leur disoit Bossuet , aux seuls mouve- » mens delà charité' chre'tienne, et l'Esprit saint » vous inspirera les paroles que vous devez dire. )) Ce n'est pas l'homme qui parle , qui agit , mais « Dieu seul, qui se fait entendre par son organe, » et qui agit seul par sa grâce toute-puissante. »

Il attachoit une telle importance à former des pasteurs habitués à exercer le ministère de la parole, que par l'article xii de V ordonnança qu'il rendit dans le synode de 1691, il enjoint aux curés de son diocèse, « suivant les décrets des saints » conciles , de faire au moins tous les dimanches et » jours de fêtes solennelles, des instructions popu- » laires et intelligibles ; il les exhorte à éviter » toute prolixité inutile , pour ne pas ennuyer « et rebuter ceux qu'ils doivent consoler et in- » struire. Il déclare qu'il est résolu de n'accorder de » provisions de bénéfices qu'aux curés qui seront » capables d'instruire par eux-mêmes. »

Bossuet estimoit surtout les ecclésiastiques qui remplissoient les fonctions les plus simples et les plus habituelles de leur ministère, avec piété et avec ce recueillement extérieur qui parle aux yeux de la multitude, avant même de toucher les coeurs par l'onction de la grâce que Dieu attache aux paroles de la liturgie.

Cet homme d'un génie si élevé, et toujours occupé des plus hautes pensées et des plus profondes e'tudes, n'avoit riea négligé pour s'instruire des

(") Mts. de Ledieu,

ai 4 HISTOIRE DE BOSSIÎET ,

plus petits détails des céiémonies ecclésiastiques.

Nous apprenons pai^ l'abbé Ledieu lui-même C«) un trait bien naïf et bien touchant de la bonté paternelle de Bossuet , et de l'importance qu'il attachoit à Taccomplisscment de toutes les formes prescrites par la liturgie. Cet ecclésiastique étoit entré chez Bossuet en qualité de secrétaire, avant même d'être prêtrej mais lorsque Bossuet le nomma son aumônier, croira-t-on que ce fut ce grand homme qui prit lui-même la peine de l'instruire de toutes les fonctions qu'il auroit à remplir en cette qualité? Qui osera traiter une pareille attention de minutieuse , lorsque c'est Bossuet qui en donne l'exemple, pour montrer que rien ne peut €'tre minutieux ni indifférent dans tout ce qui appartient au culte public ?

G'étoit par ce sentiment de respect pour la sainteté du ministère ecclésiastique , qu'au moment où il alloit imposer les mains à de nouveaux prêtres , il ne manquoit jamais de joindre une instruction particulière aux avis et aux prières que l'Eglise adresse à ses ministres dans la cérémonie de l'ordination.

Lorsque Bossuet disoit la messe , rien ne lui cchappoit • et lorsque son aumônier oublioit de lui présenter la mémoire de quelque saint dont la liturgie du jour prescrivoit la mention , Bossuet lui disoit : (^) « V^ous oubliez telle ou telle chose » ; et quand il doutoit et qu'on l'assuroit du contraire , il disoit à son aumônier après la messe : « Au moins je m en repose sur vous; il ne faut j> manquer en rien »> .

Il évitoit cependant toute affectation minutieuse

C") Mls. de Ludiou. — v') Ihld.

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en ce genre comrae en tout autre. Une longue habitude lui avoit donné cette tacilité qui exclut toute hésitation et toute lenteur. «11 faut remplir « toutes les cérémonies avec dignité , disoit Bos- » suet , mais avec la mesure convenable. Il ne faut w pas ennuyer le peuple. »

Bossuet recommandoit enfin aux curés et aux vicaires des paroisses d'adresser toujours quelques paroles d'exhortation ou d'instruction aux assistans, surtout dans l'administration des sacremens du baptême, du mariage et de la communion publique. Il en donnoit l'exemple dans toutes les circonstances. Il s'attacha même plus fortement à cet usage, lorsqu'il s'occupa avec un zèle particulier de la réunion des Protestans. Il croyoit qu'il n'y avoit pas de moyen plus sur dç les gagner , et dç leur faire aimer le service de l'Eglise.

(«) 11 n'assistoit pas habituellement aux offices publics de son église cathédrale, si ce n'étoit quelquefois le samedi à vêpres, et jamais les autres jours de la semaine. Les dimanches et fêtes il alloit assez souvent à la grand' m.esse et à vêpres, mais il se trouvoit toujours au sermon. Ses grands travaux , ses études continuelles et nécessaires ne lui permettoient pas d'être plus assidu.

La nature qui avoit favorisé Bossuet de tous les avantages extérieurs , lui avoit donné une voix douce, sonore, flexible, étendue, mais en même temps grave, ferme, et telle qu'elle convenoit à nn pontife digne de représenter la religion dans toute sa majesté.

Bossuet , en prenant possession de sa chaire épiscopale , avoit pris l'engagement d'annoncer

^"^ ;Mts. de Ledieu.

oa6 histoire de bossuet, •

lui-même la parole de Dieu à son peuple, à l'c-

poque de toutes les fêtes solennelles de TEglise. Il

fut fidèle à cet engagement pendant tout le reste

de sa vie, jusqu'à la maladie qui le conduisit au

tombeau.

Nous apprenons même par ses contemporains, qu'il n'étoit jamais plus profond et plus sublime , que dans les sermons qu'il prêchoit dans son e'glise sur les mystères de la religion. Mais il n'écrivoit plus ses sermons, depuis qu'il e'toit devenu e'véque de Meaux. Il se bornoit à en indiquer légèrement le texte, le plan et quelques-unes des preuves et des autorités qui dévoient servir à en développer les dilïerentes parties.

L'abbé Fleury et l'abbé Ledieu entrèrent ua jour dans son cabinet , au moment où il se disposoit à monter eu chaire ; ils le trouvèrent à ge» noux, nu -télé, un évangile à la main, recueilli dans la méditation du sujet qu'il devoit traiter. Ce fut le reste de sa vie, sa seule préparation pour annoncer la parole de Dieu («).

« Comme c'est à la conscience, disoit Bossuet, » que parlent les prédicateurs, ils ne doivent re- » chercher ni les faux brillans , ni des traits d'es- » prit, ni une vaine harmonie, mais des éclairs » qui percent, un tonnerre qui émeuve, un foudre » qui brise les cœurs j et où trouveront-ils ces gran- » des choses, s'ils ne font luire la vérité , et parler » Je'suS'Christ \[i\-iaêvae? Dieu a les orages en sa » main j il n'appartient qu'à lui de faire éclater » dans les nues le bruit du tonnerre. Il lui appar- » tient beaucoup plus d'éclairer et de tonner dans w les consciences, et de fendre les coeurs endurcis

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