‹ Histoire de Bossuet, eveque de MeauxChapitre 75 sur 120 · X. — Visites pastorales · texte numérisé non relu

X. — Visites pastorales

Bossuet a été peut-être celui de tous les évéques, qui, pendant tout son épiscopat, s'est montré le plus exact à visiter son diocèse, malgré les travaux de tous les genres, et les affaires importantes qui ont rempli sa vie.

11 croyoit ne devoir s'en rapporter qu'à luimême, pour acquérir toutes ces connoissances de détails, dont la variété est soumise à des circonstances locales, souvent même à des coutumes et à des dispositions singulières, qui exigent un emploi sage et mesuré du zèle, de la charité et de l'autorité.

C'est surtout dans les visites pastorales^ que se déploient d'une manière plus sensible aux regards, et sous une forme plus louchante la dignité et la charité du ministère épiscopal. Les honneurs, dont la piété ou la coutume se sont plu à environner les évêques dans ces occasions solennelles , les

(0 Koyez les Plèa^ justiflcaùve^s de ce livre (n" i ).

.•,)'24 HISTOIRE DE BûSSUET,

montronl anx yeux de la multitude sous un point de vue plus élevé, et impriment à leur autorité im caractère plus imposant. Lorsqu'on les voit ensuite descendre de leur chaire épiscopale pour entrer dans la cabane du pauvre; offrir ou préparer des secours au malheur et à l'indigence ; se conformer à l'exemple de Jésus- Christ en élevant jusqu'à eux la foible et timide enfance, pour graver dans de jeunes cœurs les premiers élémens de la religion et les premières leçons de la vertu; lorsqu'à la suite de ces soins religieux et paternels , on les voit exercer un ministère de paix , ramener l'union dans les familles , concilier les différends, calmer les haines, porter un regard atlenlif dans l'emploi des biens affectés au soulagement de toutes les infirmités humaines, le caractère épiscopal prend alors je ne sais quoi de touchant, d'auguste et de sacré, qui révèle sa divine institution. Combien de fois n'a-t-on pas vu des vieillards se plaire à conserver un long souvenir de ces pompes religieuses , et aimer à se rappeler l'époque où, jeunes encore, ils furent encouragés et distingués par leur évéque, et surtout par un éveque chargé d'années et de vertus.

Bossuet a tracé lui-mcme une belle image du ministère épiscopal dans ces jours de force et de fcibiesse , de triomphes et de contradictions.

u («) L'Eglise est fille du Tout-puissant ; mais •>•) son père qui la soutient au dedans, l'abandonne » souvent au dehors; et , à l'exemple de Jésus- » Christ, elle est obligée de crier dans son agonie : » Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi jn avez -vous

{"■) Oraison funèbre du chancelier Le TelUerj OEuvres de Bossuet, tom. xyu^ p- i^S ctsuiv., édit. de Vers. m-8«.

.'LIVRE SEPTIEME. T'.'l^

» délaissée ?.... Semblable à une épouse désole'e , » l'Eglise ne fait que gémir : étrangère, et comme » errante sur la terre, où elle vient recueillir lés » enfans de Dieu sous ses ailes , le monde qui » s'efforce de les lui ravir, ne cesse de trav^erser » son pèlerinage. Mère affligée, elle a souvent à » se plaindre de ses enfans qui l'oppriment. On ne » cesse d'entreprendre sur ses droits sacrés. Sa » puissance céleste est affoiblie, pour ne pas dire, » tout-à-fait éteinte. On se venge sur elle de quel- » ques-uns de ses ministres, trop liardis usurpa- » teurs des droits temporels. A son tour, la puis- » sance temporelle a semblé vouloir tenir l'Eglise » captive , et se récompenser de ses pertes sur » Jésus- Christ même. On ne songe pas au doa » particulier qu'a reçu l'ordre apostolique.... Ce » don nous est-il seulement accordé pour annon- » cer la sainte parole, ou pour sanctifier les cimes » parles sacremens? N'est-ce pas aussi pour policer » les Eglises, pour y établir la discipline, pour » appliquer les canons inspirés de Dieu à nos saints 5) prédécesseurs, et accomplir tous les devoirs ^u. » ministère ecclésiastique? »

C'est aux évéques comijie aux. magistrats que Bossuet adresse ces belles paroles : a («) Tout l'u- » ni vers a les yeux sur vous ; affranchis, -des iniéréÉs » et des passions, sans yeux, comme sans màinsj* » vous marchez sur la terre, semblables aux es- » prits célesles, ou plutôt, images de Dieu, vOus x> en imitez l'indépendance. » - b i3'jLfaf»

Bossuet ne se refusoit à aucun genre de iatigué et de travail dans le cours de ses visites pastùra-

(*) Oraison funèbre du chancelier Le 2'elUer , ïiid, p. 497. -if'-r^.

jules («). îl recevoit à la confirmation tous ceux qui lui etoient présentés par les curés , et qu'ils JMgeoient suffisamment instruits pour recevoir ce sacrement.

Il avoit l'intention , pour ne pas arracher le peupleà ses travaux, de placer toujours ses visites uux époques de l'année où il est le moins occupé , k iSoël, à Pâque, à la Pentecôte. Il y trouvoit rFailleurs l'avantage de le voir mieux disposé par les instructions religieuses qui accompagnent ces grandes solennités de l'Eglise.

^ Au milieu de ce travail et de ce mouvement d'esprit et de corps, son extérieur n'annonçoit que le calme et le recueillement de la religion ; il étoit ajDpliqué tout entier aux actes de son ministère; aucune circonstance extérieure ne venoit le distraire de son attention. Jamais il ne parloit , jamais il ne portoit ses regards errans autour de lui. Il abandonnoit aux ecclésiastiques qui l'accompaguoient , le soin de régler toutes les dispositions nécessaires pour établir l'ordre et la décence au mdieu de ce concours nombreux. Pour lui, il demeuroit, pour ainsi dire, renfermé dans i.e sanctuaire de ses pensées. Sa gravité , sa patjjçnce , et sa modestie imprimoient le respect à ^u^leaiassistans. On pouvoit observer facilement «^jjib^jen il étoit pénétré de la sainteté des fonctions, qu'il alloit remplir.

iCf) Bossuet n'étoit pas naturellement porté à entrer dans la discussion des comptes des fabriques. I}f,aV,oit toujours eu une espèce d'aversion singulière pour ces sortes de détails. Mais comme cette partie ^toit cependant un des devoirs de sou lui-

(«) Mts. de Ledieu. — {^) Ibid.

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