LIVRE SEPTIEME. a4l
que saint Cyprien , loin de permettre d'examiner l'Eglise par l'examen de ses dogmes, veut qu'on reconnoisse d'abord l'Eglise, et qu'on tienne pour assure', « (^) qu'on n'a ni la loi de Dieu, ni la foi, » ni le salut , ni la vie , quand on n'est pas dans son
» unité Ainsi on a beau se vanter de réformer
» l'Eglise et de la réduire à une doctrine plus pure, » aussi bien qu'à une discipline plus rée;ulière; loiu » d'être admis à prouver qu'on est dans la vérita- » ble Eglise à cause de la vraie doctrine qu'oa » prétend enseigner, on est convaincu au contraire » qu'on ne peut pas avoir la vraie doctrine, quand » on n'est pas dans l'Eglise , et qu'on veut en dres- « ser une nouvelle.
» Et afin qu'on entende mieux de quelle Eglise » saint Cyprien a voulu parler, c'est de l'Eglise » qui reconnoît à Rome le chef de sa communion; » et dans la place de Pierre , Vémment degré et » V Eglise principale d^où f unité sacerdotale a tiré » son origine. »
Bossue t profite ensuite d'un trait historique, qui appartenoit à un évéque de Meaux^ encore plus qu'à tout autre évéque; et il s'en sert pour rappeler aux Protestans l'origine récente et peu honorable de la plupart de leurs Eglises. Il appelle en témoignage leurs propres historiens, qui n'ont pu dissimuler qu'elles ont presque toutes été fondées par des laïques sans caractère , sans mission et sans instruction.
Il remet sous les yeux des nouveaux convertis de son diocèse ce que leurs pères avoient vu, ou du moins n' avoient pu ignorer. « C^) Souvenez-vous,
C'*) Lettre pastorale sur la. Communion pascale^ ibid, p. i5. — (è)/Z>it/. p. 16.
BOSSUET, II. Il
à^l HISTOIRE DE B0S9UET ,
») leur dit-il, de Pierre le Clerc , cardeur de laine. » Je ne le dis pas par me'pris de la profession , ni » pour avilir un travail honnête, mais pour taxer » l'ignorance, la pre'somption et le schisme d'un » homme qui, sans avoir de pre'de'cesseur ou de » pasteur qui l'ordonnât, sort tout-à-coup de sa w boutique pour pre'sider dans l'Eglise. C'est lui » qui a dressé l'Eglise prétendue réformée de » Meaux, la première formée en France, en » i546. »
Bossuet reproduit les mêmes raisonnemens, dont il avoit fait usage dans sa lettre sur Vadoration de la croix ^ pour répondre aux objections populaires des Protestans sur le culte que les catholiques rendent à l'image de la croix, à celles des saints et à leurs reliques.
« C<ï) Quand même des particuliers, dit Bossuet, » n'auroient pas des intentions assez épurées, l'in- » firmité de l'un ne fait pas de préjudice à la foi de » l'autre; et quand il y auroit de l'abus dans la » pratique de ces particuliers , n'est-ce pas assez » que l'Eglise les en reprenne?
» Et quand on ne les reprendroit pas assez forw teraent, autre chose est ce qii on approuve , au- » tre chose ce quon tolère; et quand on auroit » tort de tolérer cet abus, je ne romprois pas » l'unité pour cela; pour m'éloigner d'une chose » qui ne me fait aucun mal , je n'irois pas me » plonger dans l'abîme du schisme , où je péri- » rois. »
- Maximfe générale : Ce que V Eglise tolère n est pas notre règle ^ mais ce qu'elle approui^e.
(*) Zettrè pastorale sur la Communion pascale,- ipiâ. p. 29.