LIVRE SLPTIÈML. S
Les ministres alle'guoieut sans cesse les progrès soudains et les succès prodigieux de la lel'orme comme un témoignage de la toute -puissance divine eu sa faveur, comme si, leur repond Bossuet , « (û) le de'sir de s'affranchir des vœux, des >» jeûnes, de la continence, de la confession, des »» mystères qui passent les sens, de la sujétion des »» évéques; qui étoient: en tant de lieux princes » temporels, la jouissance des biens de l'Eglise, le » de'goût des eccle'siastiques trop ignorans, hélas I » et trop scandaleux, le charme trompeur des plai- » sauteries et des invectives , et celui d'une élo- » quence emportée et séditieuse, le pouvoir ac- » cordé aux princes et aux magistrats de décider » des affaires de la religion , et à tous les hommes •» de se rendre arbitres de leur foi, et de n'en plus » croire que leurs sens, enfin la nouveauté mcme î) n'avoient pas ét€ l'attrait qui jetoit en foule » dans la nouvelle réforme les villes, les princes, » les peuples et jusqu'aux prêtres et moines apos- » tats. »
Dès le début de cette lettre pastorale, Bossuet avoit adressé aux nouveaux convertis de son diocèse cette déclaration remarquable : « 'J>) Loin. » (Savoir souffert des tour mens , vous nen avez w seulement pas entendu parler; aucun de vous » n^a souffert de violence ni dans ses biens , ni » dans sa personne. Je ne vous dis nen que vous » ne disiez aussi bien que moi ; vous êtes revenus •» paisiblement à nous,^ vous le savez, n
(**) Lettre pastorale sur la Communion pascale ; ibid. p.36, 37. — W/èt<^. p.6.
ii44 HISTOIRE DE BOSSUET,
XYIII. — Douceur de Bossuet pour les Protestans de son diocèse.
Comment, après une déclaration si solennelle faite à la France et à toute l'Europe, en présence de ceux qui auroient pu démentir le noble témoignage que Bossuet osoit se rendre à lui-même, Jurieu et quelques autres écrivains ont - ils eu la témérité de représenter Bossuet comme persécuteur?
Cest un fait certain, qu'il n'y eut aucune execulion militaire^ ni dans la ville, ni dans le diocèse de Meaux. Bossuet suivit l'exemple de saint Augustin , comme il en suivoit les maximes : il ne fit usage que des seuls moyens qui appartiennent à l'Eglise, l'instruction et la persuasion; on ne le vit jamais implorer le secours de l'autorité. Il ne vse servit de son crédit que pour éloigner de son diocèse toule espèce d'appareil militaire, et faire jouir les Protestans de tous les droits que la révocation de l'édit de Nantes leur avoit laissés. Tandis que plusieurs provinces étoient couvertes de gens de guerre, pour réprimer les mouvemens séditieux qui s'y étoient manifestés, le diocèse de Meaux ne vit qu'une seule maison où l'on se crut obligé de faire usage de cette mesure. La fidélité de l'histoire, qui ne nous permettoit pas de supprimer ce fait unique, nous autorise en même temps -à déclarer, que Bossuet n'eut aucune part à cettç vexation.
Un gentilhomme du nom de Ségider , qui résidoit avec sa femme en son château de la Charmoix dans la Brie, fut tourmenté pendant quelques jours par la préseuce de sept ou huit