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La Bourgogne Monarchique. chapitre

d'environ deux mille hommes qui me crachaient mille injures, m'appelaient leur Tyran, Tvlazarin, Vendômiste, et partout faisaient retentir ces acclamations : Vive le Prince! Ces mots étaient écrits partout, dans les lanternes...

Cependant par toute la ville, ce n'était que sédition. L'on allait criant aux portes des maisons et aux boutiques de ceux que l'on nommait Frondeurs, en jetant des pierres et frappant avec des

bâtons : « Us sont dehors; f de Mazarins, Vendômistes ». Et leur

insolence alla jusqu'à faire un fantùme '. Cela obligea quelques habitants à se jeter dans ma maison pour venir se plaindre. J'en retirai quelques-uns et renvoyai les autres, en leur remontrant qu'il fallait souffrir cette nuit, puisque nous n'étions pas en état de pouvoir y mettre ordre.

Toutes les troupes, après avoir fait leur revue devant chez un nommé Courvault, commissaire des guerres, qui les régala magnifiquement, après avoir fait de grandes réjouissances sur la place Saint-Jean, attendaient si je sortirais, m'ayant envoyé des tambours et des gens armés jusques devant ma porte. Ils se rendirent tous chez le Premier Président qui reçut les compliments des capitaines, auxquels après la collation fut donné le bal, i)endant qu'on faisait boire les soldats à la rue, qui en récompense firent force salves à la vue du Premier Président qui les caressait à merveille et leur fit donner par sa fdle à chacun des livrées de ruban Isabelle (couleur des Condés), et, pour leur en montrer l'exemple, il en garnit tout son chapeau, et ainsi paré d'isabelle, il eut l'honneur de commencer le bal. Après le bal, la demoiselle sa fdle, accompagnée de plusieurs femmes de condition, se mirent à la tète des troupes couvertes de ruban Isabelle et chantant :

Je suis Isabelle, moy Je suis Isabelle.

Les violons les précédaient, et en cet équipage, elles vinrent jusques dans ma cour toujours ouverte, parce que la muraille de clôture était abattue à cause que je faisais bâtir. D'abord je connus par quelques coups que l'on tira que l'on en voulait à ma personne ; c'est pourquoi je me résolus d'exécuter ce que j'avais eu loisir^ de préméditer, qui est de faire mettre en chacune de mes chambres deux ou trois chandelles, ce qui les étonna, ma maison étant d'une grande face et y ayant en deux étages près de trente grandes fenêtres à six jours. Après quoi tout d'un coup l'on ouvrit ma porte d'où je partis ayant deux flambeaux devant moi, une pertuisane à la main, accompagné seulement de mon fds, de mes domestiques et de dix ou douze personnes, et leur criai : « Venez, canailles, vous ne tuerez pas votre maire au coin de son feu! » ce qui leur donna une telle épouvante que chacun se mit à fuir, et j'en fus quitte pour ouïr tirer toute la nuit autour de ma maison...

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