Millotet, Mémoire, p. ij
La Bourgogne Monarchique. chapitre
leraent de Dijon, présidents, conseillers, gens du roi, et jusqu'au greffier en chef, obtenaient la noblesse pour eux et « leurs postérité et lignée tant mâles que femelles, nés et à naître », et les mêmes « droits, privilèges, franchises, immunités^ rang, séance et préséance que les autres nobles de race ».
Tant que le grand Condé fut du parti iiAZARiNs ET dc la Cour, personne en Bourgogne ne boupRiNciPioNs. gea; mais, le 18 janvier 1650, M. le Prince était interné au château de Yincennes, et César, duc de Vendôme, fils légitimé de Henri IV, partait pour Dijon avec des lettres du roi enjoignant aux maires, échevins et habitants de la province « de le reconnaître comme son lieutenant général et gouverneur pour la Bourgogne, de lui obéir en tout et de lui rendre tous les honneurs dus à ses rangs et à ses titres » ; passant à Auxerre le 12 février, il affichait l'ordre de ne laisser passer aucunes troupes sans le consentement du roi; le 16, il entrait solennellement dans la capitale de la province. Ces événements partagèrent la Bourgogne officielle en deux camps. Au parti de Condé se rangèrent le Premier Président Bouchu, influent, habile et fourbe, l'intendant Machault, l'ex-procureur général Lenet, très « en considération dans la province » et dont Mme de Sévigné dit « qu'il avait de l'esprit comme douze », son successeur de Guillon-Richebourg, le comte de Tavanes, les officiers de troupes, et, plus ou moins ouvertement, la majorité du Parlement. Pour le cardinal Mazarin se déclarèrent le marquis de Tavanes et les avocats généraux Millotet et Quarré d'Aligny. On nommait les premiers Albions ou Principions; les autres étaient les Frondeurs ou Mazarins '.
Magistrats d'ordre inférieur, les chefs des Mazarins n'en étaient pas moins résolus à tenir tête à leurs adversaires. Gaspard Quarré d'Aligny était un ancien capitaine
1. Ainsi l'épilliète de Frondeurs, qui désignait à Paris les adversaires de Mazarin, s'appliquait en Bourgogne à ses partisans.
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des carabins du prince de Condé, devenu orateur et pamphlétaire ; il a laisse un curieux roman manuscrit intitulé la Peiralite, où il stigmatise sous des noms d'emprunt ses adversaires'. Fils d'un ancien avocat général au parlement de Semur, actif, intelligent, d'une intégrité parfaite et d'un courage peu commun, véritable « tribun de peuple », Marc- Antoine Millotet fut c< l'âme du parti royaliste en Bourgogne; ce fut lui qui, sans conteste, eut le plus de part soit comme avocat général, soit comme maire de Dijon, aux affaires du temps ».
PREMIERE
Aussitôt après l'emprisonnement de Condé, Lenet cherche à ameuter les Dijon-
GUERRE • r» • 1 1-» -1 U «•
CIVILE {I6Ô0). nais. « yuoi, leur dit-il, vos boutiques ne sont pas fermées, et M. le Prince est arrêté par Mazarin. Souffrirez-vous qu'on le retienne en prison, quand Paris et toute la France le demandent? » Le comte de Tavanes invite les commandants du château, Comeau et Bussière, à se déclarer pour Condé; de Stenay, Turenne annonce son arrivée prochaine à la tête de trois régiments dïnfanterie et de la cavalerie de Conti; à Beaune, les officiers du régiment de Persan, réunis dans un banquet à r Auberge du Lion, mêlent leur sang à leur vin, y trempent leurs épées, jurent « de vivre et mourir au service de M. le Prince et de ne poser les armes qu'il ne soit en liberté ». Millotet et Vendôme agissent résolument. Ils saisissent la correspondance des Principions, décident Comeau et Bussière à rester fidèles, font fermer devant le régiment de Persan arrivé jusqu'à Talant les portes de Dijon. Le 28 février, un combat s'engage entre Beire-le-Châtel et Arc-sur-Tille. Vainqueur, le comte de Tavanes se présente devant la capitale : une décharge d'artillerie lui répond. Verdun, Saint- Jean-de-Losne, Chalon obligent leurs gouverneurs à se déclarer pour le roi. Mazarin écrit : « Le château de Dijon
1. Bibliothèque de la ville de Troyes, n» 947. Cf. Beaunc, Un avocat yènéral au XVII" siècle. GaspardQuarré d'AUgny,dSiXis la Gazelle des Tribunaux, ocl. 1861.
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se rendit à M. de Vendôme à son arrivée. Toute la noblesse s'est assemblée auprès de lui. Le Parlement va au-devant de tout ce qui peut être du service du roi. Enfin tout ne respire que Tobéissance en cette province. » Et Vendôme : « Je me tiens heureux dans le service que Sa Majesté désire de moi en ces provinces, d'être secondé d'un peuple si passionné à lui obéir et si ennemi de ce qui pourrait s'opposer à son autorité royale ».
Les Principions n'ont bientôt plus en SIÈGE leur pouvoir qu'une seule ville, Seurre, où le
DE SEURRE. coloncl Rojcr de Saint-Micaut a rassemblé les garnisons de Chalon, Mâcon et autres villes, et les troupes du comte de Tavanes. Mazarin décide d'emmener le roi et la reine-mère au siège de cette place réputée imprenable. Le 5 mars 1650, la Cour quitte Paris; le 12, elle arrive à Auxerre. Le maire et les échevins, « revêtus d'habits décents et convenables à leur condition », se portent au-devant du roi, précédés de la compagnie ordinaire de l'hôtel de ville, et lui présentent les clefs des portes attachées à deux écharpes de taffetas bleu ^et jaune. Les portraits de Louis XIV et d'Anne d'Autriche sont exposés à l'évôché; sur la table royale est servi le poisson le plus beau qui se soit trouvé dans le pays, avec le vin le meilleur et le plus exquis, de l'ipocras « blanc et cléret », des confitures ; des musiciens sont venus de Clamecy et de Toucy pour charmer leurs majestés; le soir, après souper, il y a feu de joie sur l'île des Moulins-Millauts. L'accueil est le même à Dijon le 16 mars. Cependant les États de Bourgogne votent un subside de 800 000 livres, et Mazarin, voulant « donner plus de chaleur à l'attaque » de Seurre, s'installe à Saint-Jean-de-Losne. Pendant trois semaines, les pluies empêchent l'armée royale d'approcher, et les soldats de Saint-Micaut en profitent pour commettre force fanfaronnades : ils arborent des drapeaux semés de têtes de morts ; un officier du roi a le bras enlevé par un boulet. Enfin, le 3 avril, le soleil fait son apparition et l'investissement
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commence; le 10, l'aiTivée de Louis XIV est saluée par les acclamations des royalistes; le 11, Seurre capitule.
DEUXIÈME Condé sortit de cette aventure profondé-
GUERRE ment humilié. Mécontent de rindifïérence des CIVILE Bourguignons à son égard, il échangea le
gouvernement de la Bourgogne, qui lui avait été rendu, contre celui de la Guyenne. Son successeur fut le duc d'Épernon, « un homme de soixante ans, de belle taille et bien fait, d'un visage majestueux, parlant bien et sachant de belles choses pour un cavalier, unissant la vanité d'un Gascon à la superbe d'un gentilhomme ». Mais Condé laissait des créatures dans la place. A Chalon, le gouverneur d'Uxelles, à Seurre, le gouverneur Boutteville, à Dijon le commandant du château Arnaud tenaient pour lui. Pressé par quelques partisans qui s'étaient enhardis jusqu'à oublier le roi dans leurs prières, il prétendit garder son autorité sur la ville de Dijon, et la guerre recommença.
Les débuts eurent ce caractère moitié LA FRONDE liéroïquc , moitié burlesque , que prenait à A Dijox. certains moments la Fronde parisienne. A Chalon, les Gaillardons', montés dans le carrosse de l'évêque recouvert de pampre et de lierre, promenèrent un tonneau à travers les rues, forçant les passants de boire à la santé du prince et criant que « sa liberté allait ramener le siècle d'or ». A Dijon, Millotet, alors maire de la ville, fut, par une nuit de janvier 1651, le héros d'une émouvante aventure dont il nous a gardé le récit :
Entre une heure et minuit, j'entendis les trompettes et plusieurs tambours à la place de Saint-Jean, qui est proche de ma maison, où ces messieurs (les Principions) avaient choisi leur place d'armes, laquelle est fort proche de celle du Premier Président (Bouchu) chez lequel était leur rendez-vous, où un bal et une collation les attendaient, pour y prendre les livrées qu'on devait porter pour se reconnaître. Toutes ces troupes ainsi conduites par ces officiers étaient