L'ANCIEN RÉGIME
A minorité de Louis XIV et la Fronde LA MONARCHIE J-i Ont préparé rétablissement définitif de ABSOLUE. l'Ancien Régime. Les désordres qui les remplissent avaient paru tenir à des motifs difterents, l'insubordination de la noblesse, l'ambition des gouverneurs, l'esprit d'indépendance du Parlement ; ils remontent en vérité à une cause presque unique, le conflit ouvert entre la monarchie absolue qui s'élevait et la féoda-
1. Sources : Courtépée, Description générale el particulière du duché de Bourgogne, 4 vol. in-8, 18^7 (r» édition, 1775-1781). Correspondance de la mairie de Dijon, t. III. Correspondance inédite de Brùlarl, premier président du Parlement de Dijon, publiée par de la Cuisine, 2 vol. in-8, 1809. Recueil des discours el harangues de M. Nicolas Brûlarl (Bibliothèque municipale de Dijon, ms. 234). Correspondance de Colberl avec l'intendant Boucha, dans Depping, Correspondance adminislralive sous le règne de Louis XIV, 4 vol. in-8, i85o-i855, et Clément, Lettres, instructions et mémoires de CoUiert, 8 vol. in-4, 1801-1870. Mémoire concernant la généralité de Dijon, contenant la description el dénombrement du gouvernement el duché de Bourgogne, composé par M. Ferrand, maître des requêtes el intendant de la généralité, vers 1700 (Bibliothèque municipale de Dijon, ms. 437 ter).
Ouvrages modernes : Garnier, Introduction au t. III de la Correspondance de la mairie de Dijon. De la Cuisine, Histoire du Parlement de Bourgogne, t. II et III. Des Marches, Histoire du Parlement de Bourgogne de 1733 à 1790, ill., i85i. Thomas, Une province sous Louis XIV. Situation politique et administrative de la Bourgogne de 16(11 ù 1715 d'après les manuscrits et les documents inédits du temps, 1844. Foisset, La Bourgogne sous Louis XIV, dans Mémoires de VAcadémiede Dijon, 1845-46 (critique assez juste du livre de Thomas). Béguillet, Histoire des guerres des Deux-Bourgognes sous Louis XIV. Noël Garnier, Dijon el la Bourgogne de 1667 à 1671 d'après la Correspondance de l'intendant Boucha, dans Mémoires de la Société bourf^uignonnt de géographie et d'histoire, 1893. Crétineau-.Toly, Histoire des trois derniers princes de la maison de Condé, 1870. — L'Histoire de Bourgogne de dom Plancher s'arrête en 1668.
La Bourgogne Monarchicjue. chapitre
lité qui finissait. De ce duel, la noblesse d'épée sortit épuisée. Depuis longtemps déjà, elle n'était plus seule à posséder rinfluence; à côté des Sennecey, des Tavanes, des Bussy, on nommait avec faveur les Bouchu, les Legouz, les Brûlart. En usant ses forces dans des entreprises égoïstes, elle perdit le crédit qui lui restait. La noblesse de robe ne fut ni plus habile ni plus sage. Elle avait cru bon de se mêler aux troubles; le Parlement avait soutenu, avec quelque timidité d'ailleurs, le parti de Condé. Il ne rencontra, comme on la vu, aucun appui au dehors, et l'humiliation inoubliable que lui infligea Louis XIV en 1658 laissa la province tout à fait indifférente. Ces princes, qui avaient voulu exploiter les souvenirs de l'autonomie, ces seigneurs, ces magistrats, qui s'étaient groupés autour d'eux, ne s'étaient pas rendu coraple que les temps avaient changé et que le peuple, victime de leurs passions, était aussi étranger à leurs vœux qu'il le fut à leur défaite. Aussi une période nouvelle s'ouvre-t-elle après les guerres de la Fronde. « En substituant des intérêts personnels à ceux du pays, ces guerres n'eurent d'autre résultat que daffirmer la monarchie absolue, et, à sa suite, le despotisme administratif. »
„„ „„, L' « illustre » gouverneur est toujours le
GOUVERNEUBS ^ . •'
ET principal personnage de la provmce. Le roi
LIEUTENANTS Tappellc « uotrc gouverneur et lieutenant général en notre pays et duché de Bourgogne et de Bresse, Bugey, Valromey et Gex ». Son autorité s'étend, en effet, non seulement sur l'ancien « duché » de Bourgogne et les « comtés » d'Auxonne, Auxerre, Bar-sur-Seine, Maçonnais, Charolais, mais sur les « pays adjacents » de Bresse, Bugey, Valromey et Gex. Le gouverneur de Bourgogne est en outre gouverneur particulier de Dijon, Saint- Jean-de-Losne et Seurre; il reçoit un traitement annuel de loOOOO livres, sans compter les cadeaux; il a une garde ordinaire de 33 hommes à cheval et une compagnie à pied
1. Garnier, Correspondance de la mairie de Dijon, t. III, Inlrod., p. cxi.
L'ANCIEN HKGIMt: — LES GOLVEHNEURS
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1,(11 IS-IIKMU, DUC DE BOURBON, COLVEK.NEUR DK. BOURGOGNE DE 1710 A 1740.
BiU. nal., Estampes. Coll. de l'vrlraiu.
PI. 21. p. SS6.
TROISIÈME U Ancien Régime.
dite de la Porte. Au-dessous de lui vient le commandant en chef pour le service du roi « qui tient les États en son absence ». Six lieutenants généraux, chargés de la direction des troupes, sont établis à Dijon (pour les bailliages de Dijon et de la Montagne, les comtés d'Auxonne et de Bar-sur-Seine), Autun (pour les bailhages d'Autun, de l'Auxois et d'Auxerre), Clialon (pour le Chalonnais), Mâcon (pour le Maçonnais), Charolles (pour le Charolais), Bourg (pour la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex).
Jusqu'à la Révolution de 1789, les princes de Condé reçurent de père en fils la survivance du gouvernement de Bourgogne, tandis que les commandants en chef et lieutenants généraux étaient pris dans les vieilles familles de la province, les Tavanes, les d'Uxelles, les La Baume-Montrevel. Des règlements précis déterminaient les honneurs qui devaient être rendus à ces derniers. Lorsque le vicomte d'Amanzé, « lieutenant-général en Bourgogne dans retendue du bailliage de Dijon », fit son entrée dans la capitale de la province, les habitants, en armes, firent la haie de la porte d'Ouche à celle de son hôtel; le maire et les échevins à cheval lui adressèrent, aux Chartreux, les compliments de la ville et leurs offres d'obéissance au roi K
Après le grand Condé, qui se démit de
LES PRINCES sa chargc en 1676, les gouverneurs de Bour-
DE CONDÉ. gogne furent : Henri Jules dit M. le Prince
(1676-1709) ; Louis III de Bourbon (1709-1710),
que certains actes qualifient de « fils de roi » parce qu'il
épousa Mlle de Nantes, fille légitimée de Louis XIV et de
Mme de Montespan ; Louis-Henri (1710-1740), connu sous
le nom de duc de Bourbon ou encore de Monsieur le Duc;
Louis -Joseph, pendant la minorité duquel (1740-1754) le
duc de Saint-Aignan exerça les prérogatives de gouverneur,
1. Règlemenl fait par S. M. des honneurs dai> à M. le comte d'Amanzé son lieutenant ijénéral en Dourgogne, dans l'étendue du bailliage de Dijon, 7 juillet 1676 (Bibl. municipale de Dijon, n" ii/|3i).
La Bourgogne Monarchique. chapitre
et qui mourut en 1818. La soumission de ces princes à la volonté royale fut absolue. Henri-Jules et Louis III combattirent à Senefïe, à Steinkerque, à Nerwinden. Lieutenant général des armées du roi, surintendant de l'éducation de Louis XV, le duc de Bourbon devint chef du Conseil de régence à la mort de Philippe d'Orléans, et gouverna la France de 1723 à 1726. Louis-Joseph atténua les défaites de la guerre de Sept Ans par sa victoire d'Hastembek (1762).
Les Condés avaient une fortune consi- LA BOURGOGNE j^i-able, quc Ic duc de Bourbon réussit à
ET
LES CONDÉS. tripler par d'heureuses spéculations. Avec cet argent, ils contruisirent à Paris le Palais- Bourbon, devenu la Chambre des députés; à Chantilly, près de Senlis, ils entourèrent d'ombrages splendides le magnifique château que Jean Bullant avait construit au xvi^ siècle pour le connétable de Montmorency et qui était devenu leur propriété. C'est là qu'ils vécurent, menant un train royal, célèbres dans toute l'Europe par leurs fêtes, leurs écuries, leurs chasses, faisant de leur cour le rendez-vous des lettrés et des artistes.
De Chantilly, les Condés correspondaient avec les lieutenants généraux et les Élus; leurs noms figuraient dans les prières publiques, privilège réservé autrefois aux souverains ; ils recevaient les félicitations de la province à l'occasion de leur mariage ou de la naissance de leurs enfants, des condoléances dans leurs malheurs. Ils ne vinrent jamais en Bourgogne que pour prendre possession de leurs charges, présider l'ouverture des États, donner des fêtes. On élevait alors des arcs de triomphe en leur honneur, comme celui qui se voit encore à l'entrée de Dijon, sur l'emplacement de l'ancienne porte Guillaume et qui était destiné à commémorer les exploits militaires de Louis-Joseph ; on leur offrait du vin et des confitures; les orateurs du Parlement les haranguaient en latin et en français; les poètes leur débitaient des vers débordants de tendresse. Les princes écoutaient ces compliments avec un sourire aimable, y
TROISIEME
L'Ancien Régime.
Tableau généalogique sommaire des princes de la maison de Condé.
Henri II de Bourbon, prince de Condé
(!"* septembre i588-2G décembre i64G),
Gouverneur de Bourgogne de i63i à sa mort,
ép. Charlotte Marguerite de Montmorency.
Louis II de Bourbon, prince de Condé, dit le Grand Condé (8 sept. 1G21-11 nov. 1686), Gouverneur DE Bourgogne de 1646 à 1676, remplacé par ép. Claire de Maillé-Brézé.
Henri-Jules de Bourbon,
prince de Condé, dit
Monsieur le Prince
(29juiil. 1643-1" avril 1709),
Gouverneur de Bourgogne
de 1676 à sa mort;
ép. Anne de Bavière,
princesse palatine.
Armand,
prince de
Conti.
Anne,
duchesse de
Longueville.
César, duc de Vendôme (i65o ) Bernard de Foix, duc d'Epernon (1601-1659).
Henri de Bourbon Louis III de Bourbon, (16.57-1670). prince de Condé,
(11 oct. i568-4 mars 1710).
Gouverneur de Bourgogne
du i"'' avril 1709 au
4 mars 1710 ;
ép. Louise-Françoise de
Bourbon, dite Mlle de
Nantes, fille légitimée
de Louis XIV.
Louis Henri, duc de
Bourbon, dit M. le D.ic
(18 août 1G92-27 janv. 1740)
gouverneur de Bourgogne
de 1710 à sa mort.
Anne-Louise,
ép. le duc du Maine,
fils légitimé de
Louis XIV.
ép. Marie-Anne de Bourbon, morte sans enfants.
ép. Charlotte de Hesse-Rheinfels
Louis Joseph de B. prince de Condé
(9 août 1736-13 mai 1818).
Gouverneur de Bourgogne
de 1740 à 1789;
ép. Anne de Rolian-Soubise.
Louis-Ilenri-Joseph de Bourbon (i756-i83o), dernier des Condés.
.< 28CJ
Louise de Bourbon-Condé
(1707-1824) Abbesse de Remiremont.
La Bourgogne Monarchique. chapitre
répondaient par quelques mots charmants, mais, après quelques jours passés au Logis du roi, ils retournaient à Chantilly ou à Paris. Ils étaient trop intelligents pour tenir la place de ces « pauvres gouverneurs » dont parle Mme de Sévigné, auxquels il ne restait qu'à « faire les rois » et à jouer « de grands rôles de comédie ». Si peu qu'ils aient demeuré en Bourgogne, ils surent s'y faire aimer cependant pour leur bienveillance et leur générosité. Ils refusaient des gratifications, invitaient à ne point leur envoyer de députés, parce que « ce ne serait que de la peine et de la dépense », plaidaient auprès du roi la cause de leurs administrés. Ce n'est donc pas seulement par flatterie, mais aussi par reconnaissance, que les Bourguignons honoraient cette maison « qui compte autant de héros, autant de véritables et zélés défenseurs de la patrie que de princes qu'on y a vus naître », et saluaient dans son dernier représentant un c( héros qu'on révère et qu'on admire ' ».
Aux termes d'une déclaration royale du ÉTATS 20 décembre 1668, les États généraux se