‹ Histoire de BourgogneChapitre 113 sur 177 · PAR DUBOIS · texte numérisé non relu

PAR DUBOIS

(CliapcUc Siiinto-Anne do Dijon.)

TROISIÈME U Ancien Rèsime.

ft"

Ferrand, que « M. le Prince eût voulu retenir » quand il quitta l'intendance de Bourgogne pour celle de Bretagne, étudia de très près l'état économique du pays; les mémoires qu'il a laissés sur ce sujet témoignent de sa clairvoyance et de son désir de bien faire.

Sous la direction de ces hommes que l'on connaît trop peu, dont aucun n'a été étudié, la Bourgogne fut étroitement associée à toutes les entreprises, grandes ou néfastes, du règne de Louis XIV : la conquête de la Franche-Comté, les réformes de Colbert, la révocation de l'édit de Nantes.

Lorsque Louis XIV résolut, pour la pre- ^^^lï^.l^J^ mière fois, de conquérir la Franche-Comté,

LA FRAICHE- i ^ i ,

COMTÉ. ce lut au grand Conde, alors gouverneur de Bourgogne, qu'il confia le soin de cette expédition. La province avait un intérêt direct à son succès. Depuis l'invasion de 1636, les relations entre les Bourguignons et leurs voisins étaient mauvaises; plusieurs villages non fortifiés, Cuiseaux, Pierre, avaient été pillés par les Comtois. Tandis que Condé rassemblait ses troupes autour de Dijon et d'Auxonne, Bouchu réquisitionnait chevaux et chariots, et, avec la complicité des paysans, il faisait passer secrètement des munitions de guerre et de bouche, 8 000 hommes de troupe, une importante artillerie. A la nouvelle de la chute de Dole et de Besançon, une députation se rendit auprès du roi, pour le féliciter de « l'adresse merveilleuse avec laquelle avait été conduit si secrètement ce grand dessein », ainsi que de cette renommée et ce courage « qui avaient étonné et soumis des peuples opiniâtres et indomptés, dans des murs bâtis par Charles-Quint pour leur servir de remparts éternels contre la bravoure des Français ». Le traité d'Aix-la-Chapelle (2 mai 1668), par lequel la Franche-Comté était laissée à l'Espagne, fut pour la Bourgogne une grosse déception ; mais celui de Nimègue (1678), qui faisait rentrer les Comtois dans le royaume, réalisa son vœu le plus ardent, et elle proclama sa joie d'une conquête « dont la modération du roi avait privé la France

La Bourgogne Monarchique. chapitre

dix ans avant ». La limite du royaume repoussée vers l'Est, elle perdit sa condition périlleuse de province frontière; elle y gagna d'être moins chargée de forteresses et de garnisons et de voir cesser les conflits que les traités de neutralité n'avaient jamais complètement empêchés. Lorsque Vauban créa la ceinture de places qui devait garantir la France contre une revanche possible de l'Espagne, Auxonne reçut de nouveaux remparts.

Colbert avait des raisons particulières de LE coLDEBTisME s'intércsscr à la Bourgogne. Son marquisat EN BOURGOGNE. (\q Sciguclay était situé au comté d'Auxerre; il avait deux voix aux Etats, et ceux-ci lui versaient chaque année une pension de G 000 livres à titre gracieux. En 166'(, il tenta de réduire et de simplifier les droits payés à l'entrée et à la sortie des « Cinq grosses fermes », dont la Bourgogne faisait partie*, et cette mesure eut pour elTet d'assurer au commerce de nouveaux débouchés. Colbert témoigna sa sollicitude à la Bourgogne dans trois autres occasions importantes : la réformation des tailles, la liquidation des dettes, l'établissement de manufactures.

Quantité de nobles, vrais ou prétendus,

BÉFORMATioN dc fonctionnaires, de bourgeois, avaient su

DES TAILLES, gg fairc dispenser des tailles. Le Parlement

accordait facilement des lettres de décharge

aux familles influentes; les « coqs de paroisse », comme on

les nommait, laissaient tout le fardeau retomber sur le

peuple. Les États de 1665 constatent que « plusieurs gens

riches et aisés, se prétendant commensaux de la maison

royale et des princes du sang, sur des certificats mendiés,

et sans rendre aucuns services, s'exemptent du paiement des

tailles et autres charges publiques, à la foulle et oppression

des pauvres et misérables ». Colbert, jugeant avec raison

que « cette matière était celle sur laquelle il pouvait se

1. On appelait ainsi le groupe des provinces qui laissaient les marchandises ctrculer librement à travers leur territoire.

< 3oo )

TROISIÈME L Ancien Résime

commettre le plus d'abus », travailla à diminuer le poids des tailles en supprimant les immunités frauduleuses, et les États s'associèrent avec zèle à son entreprise. Les riches furent avisés qu'ils auraient à payer les sommes pour lesquelles ils avaient été compris aux rôles depuis 1640, « nonobstant toutes ordonnances et jugement de décharge », Un arrêt du conseil (3 octobre 4667) obligea « tous gentilshommes, sous peine de déchéance, à apporter les minutes des actes et contrats, dont les grosses auraient été présentées de 1630 à 1660 pour servir de preuves de noblesse ». La « recherche des faux nobles », ordonnée « par devant M. Bouchu », amena plusieurs radiations.

Les dettes contractées par les villes pen- LiQuiDATioN daut Ics troublcs ' avaient grandi, par suite des DES DETTES, nouvcaux cuiprunts que les habitants avaient dû faire. Plusieurs d'entre elles avaient payé en arrérages beaucoup plus que le principal de leur dette; des spéculateurs s'étaient fait céder les créances à bas prix. Colbert résolut de débarrasser les communautés de « cette vermine qui les rongeait continuellement ». En 1662, il les invite à dresser des mémoires et à les porter à M. Bouchu, « le roi ayant résolu de prendre connaissance de toutes les dettes, et particulièrement de celles de Bourgogne ». L'année suivante, il leur restitue une moitié des octrois dont elles ont été dépouillées par édit de 1648, puis il ordonne que les dettes des villes, « qui se sont accumulées par le fait des guerres et des troubles civils », soient vérifiées et définitivement liquidées par la Chambre des comptes de Dijon (mars 1665). Tandis que le peuple applaudit, les « honnêtes gens » protestent. « Partout, dit l'un d'entre eux, la canaille est fort animée contre les meilleurs et principaux habitants; ce mal, qui s'augmen-te tous les jours, va maintenant jusqu'à la sédition, jusqu'aux attroupements et au pillage des maisons ». Des troubles se produisent à Beaune, Noyers, Arnay, Châtillon. L'opération n'en est pas moins

Page 1