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La Bourgogne Monarchique. chapitre
exécutée. Elle réussit à « garantir les communautés de leur ruine entière et d'être accablées à jamais » et fut pour le peuple « un grand bien et un grand soulagement ». Son succès fut dû principalement au zèle de l'intendant, qui s'était laissé guider en cette affaire par « la seule passion de s'acquitter de son devoir, sans y épargner ni ses soins, ni ses peines ».
Colbert trouva encore, par la création de E^ABussEME^T nianufacturcs, un moyen de « sortir le peuple MANUFACTURES, tl^ la misèrc dont il était accablé ». Il écrit à Bouchu :
J'ai vu et examiné les mémoires que Monseigneur le duc a apportés ici. concernant les manufactures et les nouveaux établissements qui se peuvent faire en Bourgogne. J'en ai remarqué beaucoup qui réussiront et qui produiront assurément un très grand avantage à la Province. Surtout il est très nécessaire que vous teniez la main à ce que les règlements et instructions que j'ai envoyés dans la province pour les manufactures et les teintures soient soigneusement exécutés, ne pouvant pas assez vous exagérer les avantages que toutes les provinces du royaume qui s'y conforment exactement reçoivent, et dont tous les intéressés commencent à demeurer d'accord, tous les marchands recevant à présent des commissions des étrangers pour avoir de nos manufactures avec bien plus d'abondance qu'auparavant; et ainsi, avec le secours de votre application, il y a lieu d'espérer que la Bourgogne prendra sa part d'un aussi grand avantage que celui-là... Comme vous êtes à présent déchargé du travail de la liquidation des dettes des communautés, je vous prie de vous appliquer à la perfection des manufactures anciennes et à l'établissement de nouvelles i.
Ces vues ne furent pas très bien comprises en Bourgogne. Aux premières ouvertures du ministre, les États répondirent que, « la province étant propre à la culture des terres et au vignoble, il était plus utile pour elle d'avoir force laboureurs et vignerons que des artisans » et qu'ils ne pouvaient se charger de cet établissement « pour être de grands frais, difficile et sans utilité ». Les Bourguignons
1. Correspondance adminislralive sous le règne de Louis XIV, t. III, p. 871-872. — Voir Butiner, Colberl el les manufactures en Bourgogne, clans Bulletin des sciences historiques el naturelles de l'Yonne, 1897.
TROISIÈME U Ancien Régime.
« appréhendent les manufactures «^ disent les rapports adressés à Colbert par ses agents. L'opiniâtreté du ministre, les efforts du gouverneur et de l'intendant, triomphèrent en partie de ces obstacles. Le 25 janvier 1668, les États votent une somme de -40 000 livres en faveur des manufactures, et donnent pouvoir aux élus de décharger des tailles ceux qui enverront leurs enfants y travailler. L'inspecteur général Bellinzani de Mantoue, l'ex-négociant parisien Camuzet, le sieur Gilbert, sont envoyés par Colbert en Bourgogne. Gilbert visite Seignelay, Auxerre, Gravant, Saulieu, Chalon, pour y reconnaître les terres propres à la culture du lin et du chanvre; il recommande aux Chalonnais l'industrie des toiles fines, « ce qui leur donnera grand commerce avec Lyon, la Provence et l'Italie ». Des manufactures de serges « façon de Londres » et de tricot sont installées à Auxerre et à Seignelay; d'autres projetées à Auxonne, Autun, Beaune, Semur. A Auxerre, Mme de la Petitière organise, à l'usage des jeunes filles, une école pratique d'industrie pour la fabrication des points de France (dentelle). Colbert s'en occupe tout spécialement.
J'ai été fort surpris d'apprendre, écrit-il aux éciievins, que la manufacture des points qui a été établie à Auxerre ne se fortifie pas plus qu'elle fait et que le nombre d'ouvriers y diminue au lieu d'y augmenter. Je ne puis que m'étonner que vos habitants aient si mal profité des soins et des peines que je me suis donné en leur procurant quelque avantage par cet établissement i.
Des plantations de mûrier sont faites autour de Nuits. La Bresse et le Bugey reçoivent des haras. Les eaux minérales de Bourbon-Lancy et d'Alise-Sainte-Reine sont analysées. Colbert charge Bouchu de protéger la manufacture de peaux de chamois créée par un particulier à Divonne, dans le pays de Gex, et se fait envoyer un échantillon de la tapisserie qui s'exécute à Châtillon. L'inspecteur Dallier de Réalville crée des forges; le Suédois Bcsche établit à Drambon une fonderie de canons à l'usage de la marine. La Bour-
1. Correspondance adminislralive sous le rhjne de Louis XIV, t. III, v''- 827.
La Bouroogne Monarchique. chapitre
gogne reçoit ainsi sa part de Tinduslrie nationale que le puissant ministre de Louis XIV a résolu de fonder.
Pendant ce temps, la contre-rcl'ormation RÉVOCATION catholique continuait son œuvre, avec l'appui
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DE NAXTES. ^lu gouvemcment. Les mtendants chargeaient les seuls protestants du logement des gens de guerre. Bouchu, bien qu'il affectât de respecter les droits de Téglise P. R., manquait absolument de scrupule dans les affaires de conversion. En juillet 1667, des désordres entre catholiques et protestants se produisirent à Vaux près d'Avallon; en 1680, Colbertfit expulser de Chalon-sur-Saône un huguenot qui s'y était établi « sous prétexte des privilèges de la compagnie du levant ». Dans le pays de Gex, où la réforme avait été introduite par les Bernois, les protestants étaient très nombreux. Alléguant que Tédit de Nantes n'était pas applicable aux contrées réunies à la France après sa publication, le Conseil du roi rendit un arrêt qui enlevait aux réformés 23 églises sur 25 (16 janvier 1662). A l'approche des dragons venus pour assurer l'exécution de cette mesure, la [)lupart des habitants chargèrent leur mobilier sur des charrettes et passèrent la frontière'. La province s'achemina ainsi vers la révocation de TÉdit de Nantes (22 octobre 1687).
L'Édit de révocation obligeait les protestants à se marier à l'église et à élever leurs enfants dans le catholicisme; il les privait de leurs pasteurs et de leurs maîtres d'école, leur défendait de partir sous peine des galères et ordonnait la confiscation des biens de ceux qui s'enfuiraient. Aussitôt qu'il eut connaissance de l'ordre du roi, l'intendant de Harlay se rendit à Is-sur-Tille avec la maréchaussée de Dijon et fil raser le temple. Le 30 octobre, il assembla les réformés et les invita à abjurer; sept familles consentirent; cent émigrèrent, parmi lesquelles la plupart des marchands de la rue du Prêche. Ce fut le commencement
1. Delaigue, Le prolestanlisme dans le pays de Gex, dans Revue de la Sociélé IHléraire de l'Ain, 1875-1879.
TROISIÈME L'Ancien Régime.
de la perséciilion. Sur 2 200 familles proleslanlos environ que comptait la Bourgogne, 1400 partirent; plus des deux tiers appartenaient à la Bresse, au pays de Gex et au bailliage d'Is-sur-Tille *. Quelques-unes allèrent en Hollande, dans le Wurtemberg, le Brandebourg, mais la plupart préférèrent la Suisse. Au siècle suivant, on rencontre des Bourguignons à Genève, Berne, Lausanne; parmi les directeurs qui composent la Chambre des réfugiés de Berne, deux sont établis pour la Bourgogne et la Bresse. Un certain Lesage, de Couches, enseigne la philosophie en Suisse; François de Colom, ex-avocat à la cour de Dijon, est juge à Kônigsberg; Gresna, du pays de Gex, est conseiller de cour et d'ambassade près l'électeur de Brandebourg.
La révocation de l'édit de Nantes fut approuvée par les États de Bourgogne, et le Parlement l'enregistra sans protestation, sur le rapport du conseiller Chaumelis : elle n'en était pas moins contraire à la justice et aux intérêts de la province. La plupart des réformés appartenaient à la bourgeoisie instruite. C'étaient des avocats, des notaires, des médecins, des chirurgiens, surtout des industriels et des commerçants. Deux villes se ressentirent cruellement de leur départ, Beaune et Paray-le-Monial. A Beaune, les fabriques de drap, dirigées par les calvinistes, qui occupaient près de 2000 ouvriers, disparurent; les manufactures d'étoffes et de toiles fines de Paray furent fermées, et leurs procédés de fabrication passèrent à l'étranger.