L'OPPOSITION
L'absolutisme régnait en Bourgogne. Si
l'on parcourt les registres des délibérations sous '
LOUIS XIV. du Parlement et des Etats, on s'aperçoit
cependant que les ordres du roi n'étaient pas
toujours exécutés de bonne grâce. Le Parlement cherchait
volontiers dans les édits royaux « la matière de belles et
grandes remontrances ». Bouchu écrite Colbert, en parlant
1. D'après les 3/émo/res de l'inlendanl Ferrand, il y avait, avant la révocation, 1 373 familles proloslantes dans le pays de Gex, dont 8^8 partirent et /,85 demeurèrent. Ferrand donne, bailliage par bailliage, le chiffre des " huguenots » qui se sont « retirés » et de ceu.v qui sont « restés ».
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des magistrats : « Ils sont tellement entêtés en leur souveraineté qu'ils crient qu'il n'y a qu'eux seuls qui puissent faire des actes et que les ordres du Conseil sont des usurpations. » Ailleurs, il dit : « Toutes les nouveautés ne sont pas bien reçues en ce pays-ci ». Cette opposition, toujours conçue sous une forme respectueuse, prouve la persistance d'un certain esprit de liberté; mais c'est bien à tort qu'on a voulu y voir a une continuation de la Fronde, et comme un écho lointain de cette époque orageuse porté jusqu'au cœur du grand règne ». Le gouverneur et l'intendant agissent avec tant de prudence et d'adresse qu'ils font toujours venir les Bourguignons « au point que Sa Majesté désire » et finissent par les persuader qu' « en cela comme en toute autre chose il n'y a qu'à se soumettre ». Les débats relatifs au don gratuit extraordinaire en fournissent la preuve.
Aux États de 1662, Condé ayant sollicité LE DON GRATUIT ^^-^^ sommc élcvéc, la province refusa d'abord
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ORDINAIRE. parce quelle était « très peu pécunieuse ». En cinq jours, il y eut jusqu'à six dépulations faites au prince; à chacune, les États augmentaient leur offre, si bien qu'ils finirent par accorder lOoOOOO livres, non compris la subsistance et l'exemption du logement des gens de guerre. En 1671, les députés offrent 700000 livres; la somme n'étant pas j ugée suffisante par le duc, ils l'augmentent l'après-midi; le duc leur répond qu'«ils ont encore quelques pas à faire en avant », et ils arrivent à 950000 livres. En 1674, le roi ayant consenti spontanément une réduction de 100000 livres sur la somme d'un million qui lui était offerte, les États décrètent aussitôt qu'ils sont « tout prêts à sacrifier leurs biens et leurs vies dans le service d'un prince qui, dans toutes les campagnes, expose lui-même sa personne sacrée pour entretenir la gloire de son règne et conserver le repos de ces sujets ». Finalement, ils déclarent s'en « remettre aveuglément » à la volonté du roi, et le gouverneur leur ayant fait savoir « qu'ils ne pouvaient rien faire de plus agréable à Sa Majesté que de lui accorder, sans
TROISIÈME L'Ancien Régime.
aucune réflexion, un million de livres », les trois chambres « tout d'une voix et dans un moment, accordent ladite somme avec de si profonds sentiments de respect et d'amour pour la personne sacrée de Sa Majesté qu'il a paru qu'il n'y a pas un seul de tous ceux qui composent les États de cette province, qui ne donnât non seulement son bien, mais sa vie même pour contribuer à la gloire et à la satisfaction de Sa Majesté « (1679).
Le Parlement proteste de son côté, qu' « étant très soumis aux ordres du roi », il n'est pas besoin «qu'on prenne des voix d'autorité pour lui faire connaître ses intentions et lui faire entendre de puissance absolue ce que son seul désir de plaire à Sa Majesté lui eût fait accomplir de luimême ». Louis XIV, traversant la Bourgogne pour se rendre en Alsace, est accueilli comme un triomphateur; reconnaissant envers la province de tant de soumission, il donne à son petit-fils Louis, né en 1682, le titre de duc de Bourgogne.
Nicolas Brûlart, marquis de La Borde, LE PRÉSIDENT premier président du Parlement de Dijon, est BRULART. le représentant le plus accompli de cette opposition provinciale, nuancée de respect et d'amour, qui alla sans cesse faiblissant. Né à Dijon le 10 février 1627, il appartenait à l'illustre famille des Brûlart de Sillery, qui donna au royaume un chancelier, des ambassadeurs, des ministres d'État. Son père, Nicolas, son grandpère, Denis, avaient été premiers présidents sous Henri IV et Louis XIII. Nommé lui-même à cette haute charge par lettres du 17 avril 1657, il l'exerça pendant trente-cinq ans. Brûlart avait des traits nobles et accentués, une éloquence grave; il excellait à traiter les lieux communs, comme V Amour el la puissance de la justice, le Tableau du Juste, les Vertus de chaque condition, la Politique du parfait magistrat, et certaines de ses phrases pourraient être retenues comme maximes. Présomptueux, d'une « humeur orgueilleuse et lyrannique » qu'il exerçait sur sa famille, ses collègues, ses serviteurs, il accablait de redevances les
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paysans de ses terres et se plaignait que la question fût inutile « comme trop douce » pour servir à la recherche de la vérité.
Au début de sa magistrature, Brûlarl fit cette belle déclaration : « Rien ne saurait émouvoir ceux qui ont été établis pour juger souverainement les hommes, et quelque puissance qui les attaque, ils ne doivent jamais être vaincus ». Et s'adressant à Louis XIV : « Sire, je ne m'agenouille que devant Dieu, mon maître et le vôtre ». Bientôt, le même homme dénonce à Colbert, pour lequel il a toujours eu « de grands respects », la cohue « des Chambres assemblées qui gâte tout ». Aux États de 1674, il affirme à la province qu'elle a tout intérêt à rester unie « à celui de qui les justes et simples désirs doivent être naturellement la règle de ses volontés ». Aux États de 1679 il dit :
Il est du respect de recevoir tout ce qui vient du souverain comme des ordres, quoique à titre d'une simple demande ; on parle, on représente, puis on se soumet; mais faites réflexion, messieurs, (jue le plus grand mérite est toute la grâce de l'obéissance à être prompte et volontaire et qu'on ne hasarde jamais rien de s'abandonner à son protecteur et à son maître.
Dans son discours de 1691, qui a pour DISCOURS SUR sujet le Génie du Prince, Brûlart trace de