‹ Histoire de BourgogneChapitre 127 sur 177 · EN PATOIS · texte numérisé non relu

EN PATOIS

BOURGUIGNON, l^s mascaradcs de l'infanterie dijonnaise, surtout des Noëls, petites poésies populaires chantées dans les rues avec accompagnement de hautbois pour annoncer la naissance du Christ et renouvelées chaque année grâce à des allusions piquantes aux derniers événements. Deux Dijonnais, Aimé Piron (1640-1727), le père d'Alexis, apothicaire de son état et échevin, Bernard de La Monnoye (1641-1728), correcteur à la Chambre des comptes et membre de l'Académie française, en sont les principaux auteurs. « Ce qu'on admire chez Aimé Piron, c'est la naïveté, la bonhomie, avec beaucoup d'esprit naturel et un vif sentiment des réalités de la vie provinciale... La Monnoye a bien plus de littérature, de grâce et de finesse; il est plus malin que naïf. C'est un bourgeois érudit et très civilisé, qui se fait payer pour avoir le droit de rire plus à son aise et de tout dire librement sans privilège de personne -. » Très semblables au fond, ils mettent en scène, à côté du Christ, des campagnards, des marchands, la

1. Dibliolhéque municipale de Dijon, n" 204, in-i de 65 pages. — Pierre Legouz de Vellepesle (de Dijon, 1640-1702) était conseiller au Parlement de Bourgogne.

2. Jacquet, La oie Ulléraire dans une ville de province sous Louis XIV, p. 170.

QUATRIÈME La Socièté sous Vancien Régime.

« sotaiie », et même les Condés. Ici, deux paysans épanchent leur bile sur les gens de finances, les maltôtiers, les grippechaudières et les sergents qui saisissent les meubles des pauvres gens. Là, Jésus, revenant de visiter la terre, déclare que tout y va aussi mal que jadis :

Ce n'est partout qu'injustice; les petits sont mangés par les grands; usuriers et gabelous les rongent; les riches pourrissent dans la mollesse et s'engraissent du sang du peuple.

Le 21 septembre 1703, le vigneron Gros-Jean raconte à sa femme Breugnette la visite du duc de Bourgogne. Comme c'était jour maigre, on a servi des truites à force, un grand brochet long d'une aune.

Oui s'été dans l'eau douçote Laissé prendre esprais.

Gros-Jean souhaite que le ciel lui accorde, à lui vigneron,

De faire tote l'année Maigre comme lui,

et termine par ce trait délicieux :

Au reste, une chose étrainge,

Le Prince Borbon, Tout comme nos, quand ei meinge,

Branle le menton.

De cette littérature sortit une œuvre considérable, le Virgile virai en borgiiignon, traduction burlesque de VÉnéide, en vers de huit syllabes et à rimes plates, dans le genre de Scarron. Ses auteurs furent deux hommes de robe, Pierre Dumay (1626-1711) et le conseiller Tassinot (1654-1730), deux ecclésiastiques, l'abbé Petit et le Père Joly (1664-1734). Le comique vient des propos vulgaires prêtés aux personnages épiques et des emprunts faits aux mœurs locales. Le vieux Priam, sous son armure.

Est ligoté, tout comme

Sur son clocher est Jaquemart,

La Bourgogne Monarchique. chapitre

et Pyrrhus, pénétrant au palais de Priam,

Était pire que la Saône,

Qui déborde en Saint-Jean-de-Losne i.

Il y avait donc en Bourgogne une sorte

L'UMVEfsiTÉ d'aristocratie intellectuelle. Les hommes qui

DE DUOS. la composaient s'unirent pour répandre leur

science au dehors. Au xviif siècle apparaissent

V Académie d'Auxerre (l'749), la Société littéraire de Bourg

(1755), créée par l'astronome Lalande, VUniversité et VAca-

démie de Dijon.

L'Université, projetée dès le règne de François P% fut établie par lettres- patentes de 1723 sous le titre d'Université de Bourgogne {Universitas Burgundise). Elle comprenait cinq professeurs, quatre agrégés, trois bedeaux, un secrétaire et un receveur. Le gouverneur de la province était son protecteur-né, un membre du haut clergé son chancelier; quatre directeurs, parmi lesquels le Premier Président du Parlement et le maire, avaient mission de « veiller à l'exécution des règlements ». Louis XV ayant déclaré que la province « se chargerait de la dépense annuelle nécessaire à l'entretien des écoles et des professeurs et des premiers frais de cet établissement», les États et la ville votèrent les fonds. Seul le droit était enseigné. Parmi les professeurs qui occupèrent les chaires, figurent les jurisconsultes Davot et Bannelier. L'Université avait rang dans les cérémonies publiques; ses membres portaient des robes d'écarlate et un chapeau fourré d'hermine. Ils furent mêlés à tous les événements de l'époque ; leurs noms étaient généralement connus. Des mémoires du temps rapportent que, « lors de la nomination du professeur Bernard, une grande partie de la ville prit part à cette nouvelle; ses voisins illuminèrent leur porte : il y eut tambours et hautbois devant chez un nommé Lescot. L'on donna plusieurs salves de boîtes et une belle sérénade. »

1. Virgile virai en borguignon. Choix des plus beaux Hures de l'Enéide, suivi d'épisodes tirés des autres livres, publiés par C. N. Amanlon et un discours préliminnire par Peignot, i83i.

QUATRIÈME Lci Société SOUS l'ancien Régime.

L'Université ne s'occupait ni des lettres, VACADÉMiE ni des sciences, ni de la médecine, et, si l'on DE DUOS. pouvait considérer les lettres comme représentées au collège des Jésuites par les classes de théologie, les autres branches du savoir humain restaient négligées. L'Académie de Dijon selTon^a de combler cette lacune. Fondée en 1740, grâce aux générosités du conseiller Pouffier, elle acquit une célébrité mondiale, en couronnant, dix ans après, le fameux mémoire de Jean-.Jacques Rousseau sur cette question : Si le rélablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs. Elle créa, avec le concours pécuniaire des États, des cours annuels, publics et gratuits, de chimie, de matière médicale, de botanique, d'astronomie (1773-1777). Des professeurs éminents, Guyton de Morveau, Maret, Durande, l'abbé Bertrand y enseignèrent. Pour « se conformer aux vues de l'administration », ils faisaient servir à leurs expériences, autant qu'ils le pouvaient, « les matières indigènes à la Bourgogne ». Parmi les auditeurs se trouvaient « des étrangers, venus exprès en cette ville et déjà versés dans les sciences » . Les Élus instituèrent aussi un cours gratuit d'anatomie, un cours public d'accouchement, où les curés furent invités à envoyer les sages-femmes de leurs paroisses (1780). Legouz-Gerland donna son jardin pour y rassembler de nombreuses plantes « exotiques et indigènes ». Un observatoire fut installé sur la terrasse du Logis du Roi (1783); l'astronome anglais Herschell lui fit présent d'un télescope.

Sous l'Ancien Régime, toutes les villes COLLÈGES importantes de la Bourgogne, Dijon, Chalon, ET ÉCOLES. Autun, Auxerre, Avallon, possèdent des collèges. Ils sont confiés à des Oratoriens, des Joséphites, des Jésuites, et, après l'expulsion de ces derniers (1763), à des prêtres séculiers dirigés par un « principal », Le latin est la base de l'enseignement des Jésuites : leurs successeurs y ajoutent le français, les sciences et l'histoire. Le plus remarquable de ces collèges fut, à Dijon, le collège

La Bourgos^ne Monarchique. chapitre

Godran, fondé en 1587, grâce aux libéralités du président Odinet Godran. Un véritable humaniste, le Père Oudin, y fît, pendant quarante-cinq ans (1707-1752), la classe de poésie latine. Parmi les élèves de cet établissement figurent presque tous les Bourguignons illustres de l'époque : Bossuet, La Monnoye, Longepierre, Bouhier, Crébillon, Rameau, dom Clément, de Brosses, Buffon. Beaucoup de paroisses ont leur école, avec un maître choisi par le curé. On compte 30 écoles sur 33 paroisses dans Farchiprêtré d'Arnay-le-Duc, 40 sur 50 dans celui de Beaune, 26 sur 29 dans celui de Nuits. « La seconde moitié du xviir siècle voit partout des écoles dans les paroisses qui forment Tarrondissementd'Auxerre. » Les filles sont confiées à des Ursulines.

Dans la plupart des villes, il y a des hôpi- A taux « patentés », c'est-à-dire placés sous le

Page 1