‹ Histoire de BourgogneChapitre 133 sur 177 · Voir p · texte numérisé non relu

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PREMIER - La Révolution.

jamais ils ne s'élaienl doutés qui fussent comestibles; d'autres se sont nourris de charognes.

On peut préjuger de la richesse d'un pays d'après la marche de sa population. II n'est pas douteux qu'au xviiF siècle la population de la Bourgogne n'ait diminué dans de notables proportions. En 1700, elle était de 1266359 habitants, d'après les mémoires de l'intendant Ferrand; le recensement de 1787 ne donne plus que 1 105 468 habitants, chiffre qu'il faudrait encore ramener à 1087 300 selon Necker. Les documents attribuent cette diminution au nombre et au poids des charges qui accablent les habitants des campagnes. « Les impôts, écrit Amelot, les droits seigneuriaux et les dîmes, les frais de culture, partagent par tiers la production de la terre et ne laissent rien aux malheureux cultivateurs. » Il y a encore une autre cause. Les ventes, assez fréquentes en Bourgogne dans le cours du xviii^ siècle, ont provoqué un certain morcellement de la propriété; mais les abbayes étaient nombreuses et elles détenaient, ainsi que les familles nobles, des portions considérables du sol. L'abbaye de Cîteaux possède à elle seule 4 380 journaux de terre, 1 800 soitures de prés, 4500 arpents de bois, et quantité de vignes, parmi lesquelles le clos Vougeot. L'avoir territorial des abbayes Saint- Bénigne et de Bèze s'étend sur 113 communes; une seule famille noble, celle des Bouhier, est propriétaire des châteaux de Pouilly et de Lantenay avec leurs dépendances, des villages de Pasques et de Ruffey, en tout 2983 journaux ou arpents de terres, prés et bois. Ainsi, non seulement la terre n'est point libre, mais elle n'appartient que pour une petite part à celui qui la cultive. Dès lors, à quoi bon travailler, se créer une famille? Des paysans déclarent qu'ils ne veulent point se marier « dans la crainte d'avoir des enfants et de les voir languir et enfin périr de misère ^ ».

1. Un habitant de Genlis écrit : « Un manœuvre, qui n'a pas d'autres biens que ses bras, les emploie au moins 80 à 100 jours de l'année pour acquitter sa taille; déduisant encore les jours de l'ùtc, que reste-t-il? Ses sueurs et quelques jours de travail Sx bas prix, qui ne peuvent payer le loyer de la maison qu'il habite, nourrir sa femme et ses enfants. »

La Bourgogne Contemporaine. ' chapitre

A l'approche des Etats généraux, ces LA RÉvoLVTioN ^bus, doiit Ic pcuplc souffrait silencieusement

PRÉPARÉE . -11 ' i j' , T

PAR LA PRESSE, ocpuis dc longucs aunccs, sont dénonces. La plupart des villes de Bourgogne ont leurs « affiches », c'est-à-dire leurs journaux périodiques, Auxerre depuis 1774, Dijon depuis 1776, Des brochures anonymes circulent, censurant l'ancien régime, exprimant lespoir de le voir bientôt modifié. Dans l'une d'elles, la « noblesse inférieure » se plaint d'être exclue des États de la province et ainsi rendue « étrangère aux intérêts de la patrie »; elle revendique un droit qui dérive « de la raison et de la nature des choses ' ». Dans un écrit intitulé : De la Bourgogne, de ce quelle a été, de ce quelle est et de ce quelle sera-., l'auteur se propose de « dévoiler une partie des abus sous lesquels gémit la première province du royaume ». Il critique ces États provinciaux, dont le génie est « incompatible avec la liberté constitutive et fondamentale des États », ces Élus « qui autrefois étaient choisis par une élection libre, mais ne sont plus aujourd'hui élus que de nom », ce qui ne les empêche pas de « décider de tout »; il dénonce les riva- Htés du Parlement avec les autres corps, la misère des campagnes, et reconnaît dans le tiers état formé d'agriculteurs et de commerçants « l'âme de la monarchie ». Le syndic de Dijon dit :

C'est le tiers qui fournit les soldats et les soudoie; c'est lui qui fait fructifier les champs, fleurir le commerce, les arts et les manufactures, qui met en valeur toutes les propriétés, même celles des autres ordres; c'est lui en un mol qui vivifie tout, de manière que c'est celui des trois ordres qui peut apprécier avec la plus grande connaissance de cause les forces, les ressources et les besoins de la nation.

Un éphéméridc local signale « la fermentation étonnante qui est dans les esprits, et surtout dans l'ordre du tiers état, relativement à la tenue des États généraux ».

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