CHAPITRE DEUXIÈME Le Dîx-IVeuçième Siècle
sentants, soit par les agitations auxquelles elles ont pris part. Placées à la frontière orientale du pays, elles ont ressenti profondément les invasions de 1814-1815 et 1870- 1871. Il est résulté de là une vie politique qui mérite d'être suivie.
La Constitution de l'an VIII partagea les LE BÉGiME départements en « arrondissements commu- NAPOLÈONiEN. naux » anaiogues aux anciens districts révolutionnaires, mais moins nombreux; puis la loi du 28 pluviôse mit à la tête de chaque département un préfet assisté d'un conseil de préfecture et d'un conseil général, à la tète de chaque arrondissement un sous-préfet assisté d'un conseil d'arrondissement. Les préfets et souspréfets étaient seuls chargés de l'administration; les conseils généraux et d'arrondissement répartissaient l'impôt et votaient les centimes additionnels pour les dépenses départementales. Ces dispositions, qui existent encore aujourd'hui, furent appliquées à la Bourgogne. Il y eut 4 arrondissements pour le département de la Côte-d'Or (Dijon, Beaune, Châtillon-sur-Seine, Semur), o pour celui de Saôneet-Loire (Mâcon, Autun, Chalon , Louhans, Charolles), 5 pour l'Yonne (Auxerre, Avallon, Joigny, Sens, Tonnerre), 5 pour l'Ain (Bourg, Belley, Gex, Nantua, Trévoux). L'arrondissement de Gex, distrait en 1801 du département de l'Ain pour être rattaché au département du Léman, y rentra en 1814. Les premiers préfets, choisis comme partout parmi des administrateurs capables, furent MM. Guiraudet (Côted'Or), Buffault (Saône-et-Loire) , Rougier La Bergerie (Yonne), Ozun (Ain)'. A la même époque, Dijon devint le siège d'un tribunal d'appel. Cependant la séparation des Églises et de l'État, pratiquée depuis 1794, avait créé une situation religieuse troublée. Le clergé constitutionnel était discrédité; les prêtres réfractaires inquiétaient les acquéreurs de biens nationaux, critiquaient les lois sur l'état
1. Aulard, Elal de la France en l'an VIII et en l'an IX, avec une lisle des préfets, 1897.
La Bourgogne Contemporaine. chapitre
civil; le culte décadaire avait disparu et le catholicisme faisait des progrès marqués. Le Conseil général de Saôneet-Loire, se faisant linterprète du sentiment général, souhaitait de voir « concilier les opinions opposées en matière de religion ». Le Concordat de 1801 ramena la paix dans les esprits.
La soumission au nouveau régime fut LES BouRGur- complète. Dès Tan IX, les rapports des préfets
GNONS DU PRE- *f . . , , ., . / i
MiER EMPIRE, constatcut quc, dans les départements bourguignons, Ton est « sincèrement attaché au gouvernement » et « disposé au calme ». Le plébiscite de l'an XII (1804), qui proclame « l'hérédité impériale dans la descendance de Napoléon Bonaparte », recueille une énorme majorité. Les Bourguignons, qui ont appartenu aux partis de la Révolution, sont nombreux dans l'entourage de Napoléon. Monge ' et Daubenton siègent au Sénat, Florent Guiot au Corps législatif, Carnot au Tribunal ^ Berlier au Conseil d'État. Le Dijonnais Frochot, ex-avocat au Parlement de Bourgogne, membre de l'Assemblée constituante, ami et exécuteur testamentaire de Mirabeau, est préfet de la Seine. Un autre Dijonnais, Hugues Maret, devient secrétaire d'États Parmi les maréchaux et généraux de l'Empire, la
1. Gaspard Monge, né à Beaune en 1746. Professeur de nialhémaliques ù l'école de Mézières sous l'Ancien Régime, membre de l'Académie des sciences (1780"), il fui ministre de la Marine du 10 août 1792 au 16 avril 1798, et contribua à la création de l'Ecole polytechnique et de l'Ecole normale supérieure (voir p. 388). Il suivit Bonaparte en Egypte et présida l'Institut fondé par lui au Caire. L'Empire le lit comte de Péluse. Il mourut en 1818.
2. Carnot avait été autorisé à rentrer en France après le 18 brumaire. Il devint inspecteur général aux revues, ministre de la Guerre (2 avril-8 ocL 1800). Après la dissolution du tribunal en 1807. il rentra dans la vie privée, pour n'en sortir qu'à l'invasion de 1814. Napoléon le fil général de division et gouverneur d'Anvers, ministre de l'Intérieur pendant les Cenl-Jours. Proscrit par la Restauration, Carnot alla mourir à Magdebourg {2 août 1828), d'où ses cendres ont été ramenées en France en i885 et déposées au Panthéon.
3. Nicolas Frocuot, né à Dijon le 20 mars 1761, fut député du bailliage de la Montagne aux Etats généraux (voir p. 356). Emprisonné à Dijon pendant la Terreur, il fut relâché après le 9 thermidor, devint comte de lEmpire, el occupa les fonctions de préfet de la Seine du 2 mars 1800 au 28 décembre 1812; il fut disgracié pour s'être laissé tromper par le général Malet. Préfet des- Bouches-du-Rhône pendant les Cent-Jours, il se retira dans ses terres après la seconde Restauration, el mourut à Etuf (ÎIoule-Marne) le 29 juillet 1828. — Hugues Maret (1768-1839), membre de l'Académie française, duc de Bassano banni en i8i5, il revint en 1820 et devint pair de France.
DEUXIEME
Le Dix-Nein>ième Siècle.
Bourgogne compte : Davout, le vainqueur d'Auerstœdt et d'Eckrauhl, qui prit une part active aux batailles d'Austerlitz, d'Eylau, de Friedland, de Wagram, et fut gouverneur général du grand-duché de Varsovie*; Junot, Tenlant gâté de Napoléon, qui se l'attacha au siège de Toulon et le fit, malgré ses fautes, colonel général des hussards, ambassadeur en Portugal, gouverneur militaire de Paris- ; Marmont, le brillant combattant de Lodi, de Castiglione, de Saint- Georges et des Pyramides, qui dirigea Tartillerie à Marengo et se révéla, dans les fonctions de gouverneur de la Dalmatie, puis des Provinces illyriennes, aussi bon administrateur que brave soldat^.
DISCOURS DE Seul, Carnot, dans un discours resté
CARNOT CONTRE c^îlèbre, protesta, d'ailleurs en termes me-
VETABLISSEMENT , ' ^ ,wx iv t 1 ru
DE L'EMPIRE. surés, coutrc 1 établissement de 1 bmpire :
Depuis le dix-huit brumaire, il s'est trouvé une époque, unique peut-être dans les annales du monde, pour méditer à l'abri des orages, pour fonder la liberté sur des bases solides, avouées par l'expérience et par la raison. Après la paix d'Amiens, Bonaparte a pu choisir entre le système républicain et le système monarchique : il eût fait tout ce qu'il eût voulu; il n'eût pas rencontré la plus légère opposition. Le dépôt de la liberté lui était confié; il avait juré de la défendre : en tenant sa promesse, il eût rempli l'attente de la nation, qui l'avait jugé seul capable de résoudre le grand problème de la liberté publique dans les vastes États ; il se fût couvert d'une gloire
1. Louis-Nicolas Davolt, né à Aunoux (Yonne) le lO mai 1770. Après avoir été l'un des meilleurs généraux de la République (voir p. 878), il s'attacha à Bonaparte qu'il suivit en Egypte et qui le fil maréchdl de France (18 mai i8o4), duc d'Auerstœdl, prince d'Eckmuhl. Minisire de la Guerre de Napoléon pendant les Cent-Jours, il lut momentanément privé de ses dignités par la Restauration, mais rentra en grâce en 1816 et mourut pair de France en 1828.
2. Adolphe .Ju.not, né à Russy-le-Grand, le 28 octobre 1771, étudiant en droit, puis volontaire au bataillon de la Côte-d'Or (1792); fl"c d'Abrantès. Les fautes militaires qu'il commit pendant les guerres de Portugal (convention de Cintra, 1808) et de Russie l'empêchèrent de devenir maréchal et lui vaUirent les reproches de Napoléon. 11 se jeta par une fenêtre dans un accès de fièvre chaude ou de désespoir, et mourut à Montbard le 29 juillet i8i3.
3. Augcste-Frédéric-Louis Viesse de Marmont, né à Chàtillon-sur-Seine le 20 juillet 1774. Ancien élève de l'école d'artillerie de Chàlons; maréchal de France (juillet 1809). U prit une part active aux campagnes de i8i3 (batailles de Dresde et de Leipzig) et de 181',, provoqua par sa défection la chute de Napoléon, devint l'un des fidèles de la Restauration et comballil sans succès la révolution de juillet. Rayé par Louis-Philippe de la liste des maréchaux, il mourut en exil, à Venise, le 22 juillet i852.
La Bourgogne Cordemporaine. chapitre
incomparable. Au lieu de cela, que fait-on, aujourd'hui? On propose de lui faire une propriété absolue et héréditaire d'un pouvoir dont il n'avait reçu que l'administration. Est-ce là l'intérêt bien entendu du premier consul lui-même? Je ne le crois pas...
Je suppose que tous les Français donnent leur assentiment à la mesure proposée, mais sera-ce bien le vœu libre des Français que celui qui résultera des registres où chacun est obligé de signer individuellement son vote?...
Il paraît infiniment douteux que le nouvel ordre de choses puisse offrir plus de stabilité que l'état présent. 11 n'est pour le gouvernement qu'une seule manière de se consolider : c'est d'être juste, c'est que la faveur ne l'emporte pas auprès de lui sur les services; qu'il y ait une garantie contre les déprédations et l'imijosture. Loin de moi toute application particulière, toute critique de la conduite du gouvernement; c'est contre le pouvoir arbitraire en lui-même que je parle, et non contre ceux entre les mains desquels ce pouvoir peut résider.
La liberté fùl-elle donc montrée à l'homme pour qu'il ne pût jamais en jouir! Fùl-elle sans cesse offerte à ses vœux comme un fruit auquel il ne faut porter la main sans être frappé de mort? Ainsi la nature, qui nous fait de cette liberté un besoin si pressant, avait voulu nous traiter en marâtre? Non, je ne puis consentir à regarder ce bien si universellement préféré à tous les autres, sans lequel tous les autres ne sont rien, comme une simple illusion; mon cœur me dit que la liberté est possible, que le régime en est facile, et plus stable qu'aucun gouvernement arbitraire, qu'aucune oligarchie.
Napoléon vint plusieurs fois en Bour- NAPOLÉoN gogne. Étant premier Consul, il se rendit à ES BOURGOGNE. Djjon avec Denon et Bourienne, pour passer en revue les dépôts cl les conscrits de l'armée d'Italie (mai 1800). Deux ans après, il traversa Autun et Chalon, pour aller à Lyon. Les habitants le recuisent avec enthousiasme. Ils prouvèrent la sincérité de leur attachement, quand, à la formation du camp de Boulogne, le déparlement de la Côte-d'Or offrit à l'État cent gros canons des usines du Creusot. Mais c'est le voyage de l'Empereur et de l'Impératrice Joséphine en Bourgogne, au mois d'avril 1805, qui eut le plus d'éclat. Les villes qu'ils devaient visiter, Autun, Chalon, Mâcon, équipèrent à leurs frais des gardes d'honneur à pied et à cheval. Aux portes de Mâcon, soixante hommes en habit vert à parements orange, aigles sur le retroussis de l'habit, culotte courte et tricorne à
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pompon, attendaient pour escorter la voiture impériale. A Aulun, trente cavaliers commandés par M. de Mac-Mahon, accompagnèrent Leurs Majestés « depuis le portail d'Arroux jusqu'au lieu dit la Creuse d'Aussy ». Les gardes d'honneur de Bourg et de Nantua, choisies parmi les pères de familles et les militaires retraités, les suivirent à travers de mauvais chemins jusqu'à la Chapelle. En 1810, le bruit s'étant répandu à Auxerre et à Dijon que l'Empereur allait venir, l'adjoint au maire de Dijon prit l'arrêté suivant :
Vu l'espoir de posséder l'Empereur; vu les offres déjà faites par un nombre considérable d'habitants distingués de cette ville pour créer une garde d'honneur, il sera procédé sans délai à la formation d'une garde d'honneur à pied et à cheval dans la ville de Dijon, et demain seront ouverts à l'hôtel de ville deux registres où s'inscriront les volontaires.
Ces registres furent aussitôt remplis, et la petite troupe entièrement organisée fut mise sous le commandement général du baron Veau, chef de la 18^ division militaire; mais le voyage annoncé n'eut pas lieu '.
Et cependant, que de sacrifices en argent et en hommes les populations devaient consentir à la gloire impériale! Après la retraite de Russie, il fallut, par ordre, fournir des cavaliers équipés et montés afin de réparer les pertes de la cavalerie; Dijon en donna douze, Mâcon huit, Auxonne neuf et 40 000 francs pour les entretenir. « Dans certaines contrées, écrit le sous-préfet de Beaune au début de 1814, ce sont les femmes et les enfants qui labourent. » D'après la Statistique officielle du département de l'Ain, sur 2 633 conscrits levés en six années, il y eut 559 insoumis, le cinquième environ du contingent appelé-.
En janvier 1814 arrivèrent les Autri-
L'iNVAsioN chiens commandés par le prince de Schwar-
DE 1814. zemberg. Dépourvue de troupes régulières,
la Bourgogne était réduite, pour se défendre,
à ses seules ressources. Mâcon se rendit à cinquante hus-