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Bossi, Slalislique de l'Ain

La Bourgogne Contemporaine. chapitre

sards, Dijon au prince héréditaire de Hesse-Hombourg (19 janvier). Auxonne, Saint-Jean-de-Losne, Tournus, Chalon, Bourg, Auxerre, ouvrirent leurs portes après une résistance honorable. L Empereur d'Autriche s'installa à Dijon, avec un nombreux état-major. A Châtillon-sur-Seine se tint, du 7 février au 11 mars, le fameux congrès où les souverains alliés cherchèrent, inutilement d'ailleurs, à s'entendre avec Napoléon. Partout, les Autrichiens se comportèrent comme en pays conquis. Ils réquisitionnèrent du pain, de la viande, du fromage, du vin, de la vaisselle, des « légumes frais des bords de la Saône », des articles de bureau, des cartes, du tabac, des gants blancs. Le maire d'une commune de l'Yonne mandé chez un général fut dépouillé de ses souliers par le factionnaire, et obligé d'enlrer pieds nus dans le salon. Autun, situé sur le passage des troupes, était constamment rempli de soldats qu'il fallait nourrir. Sens fut pillé pendant neuf jours (11-20 février) par les régiments du prince de Wurtemberg. De véritables furieux pénétrèrent dans les maisons, enfonçant armoires, secrétaires et commodes, brisant les glaces et les meubles, emportant de l'argent, des bijoux, du linge. Des religieuses furent outragées, des femmes et des jeunes fdles violées sous les yeux de leurs maris ou de leurs parents; les tabernacles des églises furent forcés, les vases sacrés emportés. Le 26 avril, le maire de Dijon, Durande, écrit au préfet :

Les charges qui, depuis trois mois, ont pesé sur le déparlement, sont immenses; mais celles qui ont porté sur la ville de Dijon sont hors de proportion avec tous ses moyens. La ville de Dijon, en effet, a été frappée de réquisitions de tout genre qui s'élèvent à plus de 300 000 francs. Elle a été obligée de nourrir une garnison considérable. On y a placé constamment un grand nombre d'officiers. Deux hôpitaux y ont été établis et, tandis qu'elle acquittait son octroi et son impôt municipal, elle a souffert un passage de 200 000 hommes, sans qu'il ait été rien fourni par les magasins de l'armée '.

1. Gaffarél, Dijon en f8l4 el (StS, p. 54- — Voir aussi : Auiun en 1814, dans Mémoires de la Sociélé éduenne. 1899; Arcelln, Les Autrichiens à Tournus en I8f4, dans Annales de l'Académie de Mdcon, 1900; Bérard, Les Invasions de ISI4 el de fSI5, dans les Annales de la Sociélé d'émulation de l'Ain, 1887.

DEUXIÈME Le Dix-Neuvième Siècle.

Les habitants, exaspérés d'un pareil traitement, s'arment de fourches et de fusils de chasse, organisent des compagnies franches qui accourent au son du tocsin. Inquiet, le baron de Bartenstein, gouverneur général à titre provisoire des quatre départements de la Côte-d'Or, de l'Yonne, de la Haute-Marne et de FAube, fait prêter aux fonctionnaires le serment « de ne rien faire de contraire à la sûreté et à la tranquillité des armées alliées ».

^^ Malgré ces violences, le rétablissement

PREMIÈRE ^6 la royauté fut assez bien accueilli. Dijon, RESTAURATION. Autuu, Bourg, illuminèrent à la nouvelle de la proclamation de Louis XVIII; plus de 3 000 Dijonnais « de tout état, de tout âge et de tout sexe » accompagnèrent aux flambeaux le maire et le commandant de la garde nationale qui faisaient la publication. Dans le voyage qu'il fit à travers la Bourgogne, le comte d'Artois passa sous des arcs de triomphe , entre des murs tapissés de blanc et enguirlandés; les maires l'attendaient aux portes des villes pour le saluer et le canon tonnait ; le soir, il y avait feu d'artifice. La Cour d'appel signa une adresse, où elle disait que « la France ne pouvait être heureuse et florissante que sous ses maîtres naturels, sous des rois de son sang, pénétrés de ces sentiments de tendresse et d'amour pour les peuples, que Dieu a placés dans le cœur des rois légitimes ». Le Conseil général de la Côte-d'Or s'enorgueillit de ce que le département avait, « un des premiers du royaume, arboré sur les tours de sa capitale l'antique et pur drapeau de la monarchie ».

A vrai dire, les royahstes étaient peu nombreux. La plupart des habitants avaient accepté les Bourbons dans l'espoir qu'ils aboliraient la conscription et les droits réunis et respecteraient les conquêtes essentielles de la Révolution. Le maintien des droits réunis, les imprudences de langage des prêtres et des émigrés, restituèrent à Napoléon tout son prestige. Dès le mois de juillet, des manifestations se produisent en sa faveur. Les soldats, assemblés chez un

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cabaretier de Dijon, chantent des chansons « en l'honneur du tyran ». Le 2^ régiment d'artillerie à cheval traversant Tournus, sonne le refrain : « Il reviendra », tandis que les habitants, sortant de leurs maisons, crient : « Vive l'Empereur ! » A Auxerre, on promène dans les rues un mannequin représentant le roi affublé d'une robe de femme. Le préfet de l'Ain est entouré par des gens du peuple, au cri de : A bas Louis XVIII! Dans plusieurs communes de la Côte-d'Or et de Saône-et-Loire, on lacère les proclamations officielles, on enlève des clochers les nouveaux drapeaux, on maltraite les gens qui portent la cocarde blanche. Les rapports des préfets et des généraux signalent unanimement les progrès de l'esprit d'opposition, les cris et actes séditieux.

Le retour de l'île d'Elbe, survenant dans

LES ces circonstances, fut salué avec une joie

cENT-jouRS. profonde. Malgré les municipalités royalistes

qui les exhortaient à « repousser la guerre

civile et à donner au roi des preuves de leur dévouement et

de leur fidélité », toutes les villes reprirent spontanément

le drapeau et la cocarde tricolores. L'Empereur, se rendant

à Paris, traversa la Bourgogne du 13 au 17 mars 1815, par

Tournus, Mûcon, Chalon, Autun, Avallon, Auxerre, où le

maréchal Ney vint le rejoindre. Il fut vigoureusement

acclamé par les paysans, les ouvriers, les soldats. A Mâcon,

où il coucha le premier jour, il fit son entrée aux cris de : A

bas les nobles! A bas les prêtres! A bas les Bourbons. A

Autun, il déclara :

Les Français ont besoin de moi pour les faire jouir des bienfaits de la Révolution et les tirer de l'esclavage dans lequel les prêtres et les nobles voulaient les plonger en rétablissant la dime et les droits féodaux. J'en ferai justice; je les lanternerai i.

Remettant la croix de la Légion d'honneur au maire de Saint-Jean-de Losne, il dit :

1. Relation du passage de Napoléon à Aulun en Iil5, dans Mémoires de la Société bourguignonne de géographie el d'hisloire, 1895.

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C'est pour des braves comme lui que je l'ai instituée, et non pour les émigrés pensionnés par nos ennemis.

Ces paroles étaient celles que les populations attendaient. A leurs yeux, Napoléon était l'homme de la Révolution. Un mouvement patriotique se produisit, qui rappelle, toutes différences gardées, celui de 1789. Comme la Bretagne, la Lorraine, le Lyonnais et le Dauphiné, la Bourgogne forma une fédération « pour défendre la liberté, combattre rinquisition des moines et la tyrannie des nobles, maintenir les droits de l'homme, terrasser la contre-révolution ». Dijon fut désigné pour en être le chef-lieu. Le 16 mai, une imposante cérémonie réunit, dans la salle des États toute tapissée d'abeilles et décorée du buste de l'Empereur, les fédérés du Rhône et les délégués des départements de l'ancienne province, « tous ceux qui ne voulaient pas courber la tête sous le joug des ci-devant » ; la fête se termina par le refrain :

Aux armes, fédérés! Suivez l'aigle vainqueur. Marchez! vous défendez la patrie et l'honneur.

Dans le seul arrondissement de Dijon, 7 000 citoyens s'armèrent en deux jours pour marcher contre les royalistes du Midi. Lorsque l'Europe eut déclaré la guerre à Napoléon, les gardes nationales, convoquées pour renforcer l'armée de ligne, répondirent avec empressement au premier appel. L'Ain donna 4 538 soldats sur 5 030 demandés. Des hommes de tout âge, des élèves des écoles, voulurent servir; ils formèrent des compagnies franches, Éclaireurs à cheval de la Côte-d'Or, Francs-tireurs de Mâcon, Tirailleurs de Saôneet-Loire. Les premiers bataillons de gardes nationales se mirent en marche, entre le 10 et le 17 mai, pour Besançon et Montbéliard, au chant de la Marseillaise.

Waterloo anéantit les espérances que ce

viNVAsios bel élan avait permis de concevoir, et ramena

DE fsi5. l'invasion. 150 000 Autrichiens, commandés

par I-e général Frimont, campèrent pendant

trois mois dans le département de la Gôte-d'Or. Cette fois,

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les alliés n'observèrent même plus dans leurs réquisitions certaines formes dont ils avaient tenu compte lors de la première occupation. La plupart de leurs demandes étaient accompagnées de la formule : « Et ce à peine d'exécution militaire! » On les vit, dans les campagnes, arriver sabre nu, baïonnette en avant, taillant, frappant, enlevant le lard du saloir, la farine du grenier, buvant le vin ou le répandant à terre, mettant leurs chevaux pâturer dans les luzernes et leurs bœufs dans les vignes; chez les commerçants des villes, ils enlevèrent jusqu'à des bâtons de cire et des pains à cacheter, des hache-viande et des pèse-liqueur; le musée de Dijon fut dépouillé de quelques belles œuvres. Le chef-lieu du département de la Côte-d"Or était devenu le séjour favori des princes et des généraux. L'empereur d'Autriche, le tsar et le roi de Prusse s'y donnèrent rendez-vous avec Wellington. Avant de rentrer chez eux, ils passèrent la revue de leurs troupes, le 5 octobre, dans la plaine d'Arcsur-Tille. Les habitants étaient affolés; les paysans parlaient d'abandonner leurs foyers. Le 25 décembre 1815, le territoire bourguignon fut enfin libéré.

Vers la même époque, les ultra-royale SECONDE listes dijonnais, dans une lettre adressée à RESTAURATION. Louis XVIII, disaient de leurs compatriotes qui avaient favorisé le retour de Bonaparte :

Les cruels auteurs de tant et de si longues calamités sont encore là; nous les trouvons dans les rangs de nos magistrats, parmi nos administrateurs, dans nos assemblées électorales et dans toutes les parties du service public. Rassurés par cette inépuisable bonté qui a imposé silence à votre justice, ils n'ont pas perdu leurs criminf'lles espérances. On ne doit plus voir ces magistrats, ces révolutionnaires déshontés, s'honorer de leur félonie et souiller le sanctuaire de la justice. Plus de ces profanateurs qui ont corrompu la jeunesse en invoquant des maximes subversives. Plus de ces chefs de fédérés poursuivant dans l'antre du crime votre auguste maison.

Ces conseils portèrent leurs fruits. Il y eut, après la seconde Restauration, une réaction assez vive. La Cour d'appel fut épurée. Les cours d'assises et les cours prévôtales

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jugèrent de nombreux procès politiques. Le général Veau, qui avait commandé à Dijon pendant les Cent-Jours, le préfet Royer, le maire Hernoux et l'avocat Marinet, traduits devant les assises de la Côte-d'Or, furent acquittés à une voix de majorité; mais le colonel de Ghambrun accusé, faussement d'ailleurs, d'avoir dépouillé deux Anglais, fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. Un ancien officier des guerres de la Révolution, César Savarin, de .Injurieux dans l'Ain, coupable d'avoir levé une compagnie franche, périt sur l'échafaud. Plusieurs citoyens furent emprisonnés « comme complices des brigands de la Loire ». Le prévôt de l'Ain ordonna d'arrêter « toutes personnes vêtues en bourgeois, qui porteraient des moustaches, parce qu'elles pouvaient être un signe de ralliement ».

Ces mesures ne produisirent pas l'effet attendu. Bien que la monarchie eût conservé le formidable appareil de centralisation créé par Napoléon et réservé le droit de vote à quelques privilégiés de la naissance et de la fortune, les départements bourguignons témoignèrent, sous la Restauration, un vif attachement aux idées libérales. L'Ain eut pour député, de 1816 à 1821, Camille Jordan, qui, dans une lettre à ses électeurs, revendiquait « la faculté de juger et de critiquer les actes de l'autorité, et même ceux des tribunaux ». Les représentants de la Côte-d'Or et de Saône-et-Loire, réélus presque sans interruption après l'ordonnance du 5 octobre 1816 qui dissolvait la Chambre introuvable, furent : pour la Côte-d'Or, Hernoux, le coaccusé du général Veau*, Caumartin^ et de Chauvelin ^; pour Saône-et-Loire,

1. Etienne-Nicolas-Philibert Hernoux, né à Saint-Jean-de-Losne le 24 octobre 1777, fils du député du bailliage de Dijon aux Etats généraux. Avocat au barreau de Dijon, il fut élu député de la Côte-d'Or pour la première fois le 20 septembre 1817. Mort à Paris le 17 février i858.

2. Jacques-Etienne Caumartin, né à Chalon-sur-Saône en 1769. Emprisonné à la Terreur, libéré le 9 thermidor, il s'établit dans la Côte-d'Or où il dirigea une forge importante. Maire de sa commune, il fut destitué par la Hestauralion pour ses idées libérales et son attitude vis-à-vis de l'étranger pendant l'invasion. Mort en 1825.

3. Bernard-François, marquis de Chauvelin, né à Paris en 1766. Ancien membre du Tribunal et du Corps législatif, comte de l'Empire, il eut sou jour de popularité lorsque, malade, il se fit porter à la Chambre pour voter un amendement de Camille Jordan. Il démissionna en 1827 et mourut en 1829.

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le général de Thiard, ex-aide de camp de l'Empereur, et un autre officier général, Maynard de Lavaux. Fils du diplomate de Tancien Régime, ancien ambassadeur de la République à Londres et à Florence, Chauvelin, dont les adversaires redoutaient les mordantes saillies, se fit au cours des discussions parlementaires une place importante à côté de Benjamin Constant et du général Foy; il prit la parole notamment dans la discussion des lois sur le régime de la presse et l'organisation de l'armée. Son nom et celui de ses collègues se trouvent au bas de la protestation des gauches contre l'exclusion de Manuel (4 mars 1823). Après la réélection des 221 , qui fortifia encore le parti libéral en Bourgogne, une association se constitua à Dijon pour refuser l'impôt dans le cas où le gouvernement de Charles X violerait les droits de la nation.

LA

La Révolution de 1830 répondit à ces aspirations. Au moment où les ordonnances

MONARCHIE ' i./-a/>/^ • , ,

DE JUILLET. parurent à 1 Officiel^ la duchesse d'Angoulème venant de Vichy traversait Dijon. Saluée par les cris de : Vive la Charte! elle fut huée au théâtre et jusque dans ses appartements par la foule accourue sous ses fenêtres. Le nouveau règne fut marqué par l'apparition du choléra, qui fit de nombreuses victimes dans la Côle-d'Or (1832). Au point de vue économique et intellectuel, il eut des résultats considérables qu'on verra plus loin. Au point de vue politique, il est caractérisé par les progrès du parti républicain'.

1. Parmi les Bourguignons qui servirent la monorchie de juillet, on citera Girod de l'Ain et l'amiral Roussin. Fils du député au Conseil des Anciens, GiRoi) UE l'Ain (1781-18^7) naquit à Ge.v, représenta sa ville natale pendant les Cent-.Iours, fut nommé conseiller à la cour de Paris, et se fit connaître comme défenseur du général Drouot; député dIndre-et-Loire à partir de 1827, il fut rapporteur de la commission qui inculpa « de trahison et de concussion » les membres du ministère Villèle, et devint sous Louis- Philippe, préfet de police, président du Conseil d'Etat, pair de France. — L'amiral Roussin (1781-18541, né à Dijon, débuta comme mousse à l'âge de douze ans. Il est surtout connu pour avoir, en i83i, forcé avec la flotte française l'entrée du Tage: mais le marin se doublait chez lui d'un diplomate et d'un savant. Il fut ambassadeur à Constantinople en i833, lors des entreprises de Méhémet-Ali contre la Turquie, il était entré dès i83o, à l'Académie des sciences.

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Née avec la Révolution, l'idée républicaine BANQUETS avalt à peu près disparu avec l'Empire, et, RÉFORMISTES, pendant longtemps, elle ne fut plus cultivée que par de rares esprits. A partir de 1832, les grandes associations créées à Paris par Armand Carrel et ses amis, la société Aide-toi., le ciel t'aidera, VAssociation pour la liberté' individuelle et pour la liberté de la presse, possèdent des groupements en Bourgogne. Leur but est d' « éclairer et seconder les citoyens dans l'exercice légal de tous les droits politiques qui découlent du privilège de la souveraineté nationale » ; on lit aux ouvriers et aux paysans assemblés des extraits de journaux, des brochures de propagande ; on leur prêche la république. La loi du 10 avril 1834 contre les associations provoqua un léger mouvement démocratique à Chalon et à Auxerre. Les Chalonnais élevèrent une barricade sur le pont de la Saône, pour empêcher le départ d'un régiment qui se rendait à Lyon; le tocsin sonna aux églises de la ville et des villages voisins; des fusils furent pris dans les mairies, des soldats furent maltraités. Ni les procès ni les visites domiciliaires ne purent triompher complètement de cette agitation. Lorsque commença la campagne pour la réforme électorale, ses auteurs trouvèrent en Bourgogne, principalement en Saône-et-Loirc, un terrain bien préparé.

Dès 1840, des banquets « réformistes » avaient été organisés à Dijon et à Auxerre, celui-ci sous la présidence de M. de Cormenin. Bien autrement importants sont ceux de 1847. Le premier eut lieu à Mâcon le 4 juillet, pour célébrer lesuccès deVHistoire des Girondins. Six mille personnes y assistèrent. Lamartine prononça, au bruit du tonnerre, un discours retentissant, qui se terminait par cette éloquente apostrophe :

Si la royauté trompe les espérances que la prudence du pays a placées, en 1830, moins dans sa nature que dans son nom; si elle s'isole sur son élévation constitutionnelle; si elle ne s'incorpore pas entièrcnicnl dans l'espril et dans rintôrél légitime des masses; si elle s'entoure d'une aristocratie électorale au lieu de se faire peuple tout entier;... si elle se campe dans une capitale fortifiée; si elle se défie

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de la nation organisée en milices civiques et la désarme peu à peu comme un vaincu ; si elle caresse l'esprit militaire à la fois si nécessaire et si dangereux à la liberté dans un pays continental et brave comme la France; si, sans attenter ouvertement à la volonté de la nation, elle corrompt cette volonté, et achète, sous le nom d'influence, une dictature d'autant plus dangereuse qu'elle aura été achetée sous le manteau delà constitution....; si elle parvient à faire d'une nation de citoyens une vile meute de trafiquants, n'ayant conquis leur liberté au prix du sang de leurs pères que pour la revendre aux enchères des plus sordides faveurs....; si elle fait rougir la France de ses vices officiels, et si elle nous laisse descendre jusqu'aux tragédies de la corruption; si elle laisse affliger, humilier la nation et la postérité par l'improbité des pouvoirs publics, elle tombera, cette royauté, soyez-en sûrs, elle tombera non dans son sang, comme celle de 89, mais elle tombera dans son piège, et, après avoir eu les révolutions de la liberté et les contre-révolutions de la gloire, vous aurez la révolution de la conscience publique et la révolution du mépris!

Au banquet de Dijon (21 novembre), on entendit des paroles encore plus hardies. Louis Blanc but à Tavenir de la France, Etienne Arago aux Beaux- Arts et à la Littérature populaires; Ledru-Bollin porta un toast « à la souveraineté du peuple », puis il ajouta :

Nous sommes des ultra-radicaux. Que si maintenant vous entendez par ce mot le parti qui veut faire entrer des abstractions philosophiques dans la réalité de la vie, les grands symboles de la liberté, de l'égaUté et de la fraternité, sans se laisser annuler par les vieillis ou les corrompus, oh oui, nous tous qui sommes ici sommes des ultra-radicaux... Ces mots n'elïrayent que les enfants. D'autres ont glorifié le nom de gueux en le conduisant à la victoire. Peu nous importe celui qui nous y conduira. Et comme les vengeurs de la liberté batave, d'un outrage faisons un drapeau.

A Çhalon (19 décembre), le môme orateur but « à l'union de toutes les démocraties » et rappela les souvenirs de la Convention.

La révolution de 1848 fut en partie la con-

LA RÉPUBLIQUE séqueucc de cette campagne. Elle amena au

DE 1848. pouvoir plusicurs Bourguignons. Lamartine

et l'avocat Marie * firent partie du gouverne-

1. Alexandre Marie de Saint-Georges, ué à Auxerre le i5 février lygS, mort à Paris le 28 avril 1870. D'abord avocat au barreau de Paris, il entra dans

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