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BATAILLE

DE DIJON. l6 menaçait. Le général Manteuffel avait reçu l'ordre de faire passer à travers le plateau de Langres et la Côte-d'Or les deux corps de Zastrow et de Fransecky qui couvraient le blocus de Paris, autour d'Auxerre, et de rejoindre Werder. Mais il fallait craindre une attaque de la garnison de Dijon. Une simple brigade, la brigade Kettler, fut chargée d'occuper Garibaldi. Elle s'acquitta de sa tâche avec une décision surprenante. Kettler bombarda Avallon, traversa Montbard, et s'achemina résolument vers Dijon. Garibaldi avait établi Bossak en avant de la ville, sur le plateau qui porte les villages de Fontaine et de Darois; lui-même s'était installé à Talant avec Menotti, et Ricciotti tenait la campagne. La bataille dura trois jours (21-23 janvier). Le premier jour, les Allemands tuèrent Bossak, mais furent refoulés; le deuxième jour, ils dirigèrent sans succès une attaque contre Fontaine, et Kettler faillit être pris; le troisième jour, un violent combat s'engagea sur la route de Langres autour du château de Pouilly et de l'usine Bargy, et l'ennemi battit définitivement en retraite, abandonnant un drapeau. Il avait perdu 800 hommes dont 40 officiers, le sixième de l'effectif engagé; mais, grâce à cette démonstration énergique, Manteuffel avait pu exécuter son mouvement. Du 12 au 16 janvier, ses troupes défilèrent par Châtillon, Montbard, Ghanceaux, Selongey, Is-sur-Tille, et

La Bourgogne Contemporaine. chapitre

atteignirent la Saône. Garibaldi put rédiger des télégrammes pompeux où sa victoire prenait des proportions épiques et où les forces adverses étaient évaluées à 35 000 hommes pour le moins. La vérité historique, c'est qu' « en défendant Dijon inébranlablement » au lieu de se porter en avant, le général avait assuré la ruine de l'armée de l'Est et la perte de la Bourgogne.

L'armistice du 28 janvier 1871, qui excep- LoccuPATioN lait « les opérations militaires sur le terrain ALLEMANDE. des départements du Doubs, du Jura et de la Côte-d'Or », fut aussitôt suivi par la prise de Dijon. Le général Hahn de Weyer y entra le l'"' février, tandis que Garibaldi reculait sur Bourg sans tenter aucune résistance. Beaune succomba le 13, et la Dheune sépara assez exactement les avant-postes des deux armées ; un officier allemand, l'intendant Igel, remplaça le préfet de la Côte-d'Or. Cette fois, l'occupation allemande était définitive. Elle devait durer jusqu'au 12 octobre et laisser aux populations de cruels souvenirs. Exaspérés par la résistance qu'ils rencontraient, les Allemands avaient, pendant la dernière partie de la guerre, continué et exagéré encore leur système de violences; partout où ils avaient eu à souffrir quelque dommage de la part des troupes régulières et surtout des francs-tireurs, ils se vengèrent sur les habitants, emmenant le bétail, prélevant de l'argent comme garantie, prenant des otages et les envoyant au besoin au delà du Rhin. Après leur victoire, ils prodiguèrent les réquisitions, et les procédés des Alliés de 1815 parurent remis en honneur.

Les souffrances de l'Année terrible inspi- LA TROISIÈME rèrcut aux Bourguignons une vive hostilité RÉPUBLIQUE, contre l'empire et d'une manière générale contre toute espèce de monarchie. « L'esprit des habitants nous est hostile, écrit un Allemand pendant l'invasion ; ils envoient l'empereur Napoléon à tous les diables. » L'histoire de la Bourgogne, depuis cette époque, est

DEUXIÈME Le Dix-Neuvieme Siècle.

caractérisée par deux traits : son attachement aux institutions démocratiques, le rôle que ses représentants, particulièrement MM. Magnin, SpuUer, Sadi-Carnot, ont joué dans le gouvernement du pays.

M. Magnin a été ministre de TAgriculture et du Commerce du Gouvernement de la Défense nationale, ministre des Finances de la République, gouverneur de la Banque de France, vice-président du Sénat; il est sénateur inamovible et préside depuis plus de trente ans le Conseil général de la Côte-d'Or. — Sadi Carnot (1837-1894), fils dHippolyte, ancien élève de l'École polytechnique et de TÉcole des ponts et chaussées, fut d'abord ingénieur à Annecy. Nommé par Gambetta « commissaire extraordinaire de la République dans la Seine-Inférieure, FEure et le Calvados, avec mission d'organiser les forces de la défense nationale dans ces trois départements », il fut élu député de la Côle-d'Or le 8 février 1871. Il ne quitta plus le Parlement, devint successivement sous-secrétaire d'État, puis ministre des Travaux publics, président de la Commission du budget, ministre des Finances. Cette belle carrière, jointe à Tillustration de sa maison et à la probité dont il fit preuve dans des circonstances déhcates, le fit désigner, le 3 décembre 1887, pour la présidence de la République. Il inaugura TExposilion de 1889 et mourut assassiné à Lyon ^ — Eugène Spuller^ (1833-1896) débuta dans la politique sous l'Empire, aux côtés de Gambetta dont il était l'ami intime. Lorsqu'Anatole France entreprit une Encyclopédie de la Révolution française, Spuller y collabora ; il entra en même temps au Nain jaune et au Journal de Paris. Les circonstances firent de lui un député de Paris, puis de la Côte-dOr, un sénateur, un

1. Sadi Carxot était né à Limoges. En Bourgogne, à Sully (Saône-ettoire), naquit un autre président de la République, le maréciiai. de Mac-Mauon (1808-1898). Les principaux épisodes de sa can'ière militaire sont : pendant la guerre de Crimée, la prise de la Toiu- de Malakoff i;i855); pendant la guerre d'Italie, la victoire de Magenta, qui lui valut le titre de duc de Magenta et le bâton de maréchal (1859); pendant la guerre franco-allemande, la capitulation de Sedan, où il se laissa enfermer avec l'armée de Chàlons et l'empereur (2 septembre 1870). Nommé président de la République à la chute de M. Thiers, le 24 mai 1878, il démissionna le 3o janvier 1879.

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