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Il est né à Dijon le i" janvier

3. D'après le Dullelin des lois de 1870, n" )8i3, le Plébiscite donna en Bourgogne les résultats suivants :

BILLETINS

Inscrits. Votants. Afiîrmatifs. .Négatifs. Nuls.

Ain 107187 91682 84 o3â 7 o5o 547

Côte-d'Or 119 079 99 980 70 082 28 494 1 4^9

Saône-et-Loire 171968 141906 116891 24 4/5 1089

Yonne ii3657 loo i54 71110 27 898 1 i5i

Total 5i2 391 433676 341 568 87 912 4 196

DEUXIÈME Le Dix-Neunème Siècle.

Dès que Tinvasion de la Côte-d'Or fuL PREMIÈRE certaine, un comité départemental de défense nf n/fov s or-anisa, et une armée d'environ 20 OOOhommes, V Armée de la Côle-d Or, fut créée. Elle comprenait, outre des francs-tireurs et mobilisés dijonnais, des mobiles de l'Yonne, de l'Indre, de la Loire, de la Haute- Garonne, des Basses-Pyrénées. Son chef, le docteur Lavalle, était plein d'ardeur patriotique,.et bien que la plupart de ses soldats ne fussent armés que de fusils à piston, il espérait montrer « que dans leurs veines coulait encore le vieux sang qui animait autrefois les Prieur de la Côte-d'Or et les Carnot ». Les Allemands, commandés par les généraux von Beyer et Relier, n'en culbutèrent pas moins ses avant-postes à Talmay (27 octobre) et, le 30 octobre au matin, ils arrivèrent devant Dijon, qu'ils canonnèrent des hauteurs de Montmusard. Le colonel Fauconnet, qui s'était jeté dans la place avec deux régiments de ligne, fut tué d'une balle au ventre; le feu éclata dans les faubourgs; vers 4 heures, le drapeau blanc fut arboré sur la tour de la Terrasse. Aux termes du traité conclu à Saint-Apollinaire entre le maire Dubois et le général von Beyer, la ville restituait les prisonniers, versait un cautionnement et s'engageait à nourrir 20000 soldats. Quelque temps après, l'ennemi compléta cette opération stratégique en s'emparant de Saint-Jean-de Losne (14 novembre).

Cette première occupation fut marquée par de nombreux actes de violence. Les Badois entrèrent à Talmay, en tirant des coups de fusil par les fenêtres des habitations. Pendant le bombardement de Dijon, ils visèrent de préférence les bâtiments où flottait le drapeau d'ambulance. Un jeune franc-tireur de dix-huit ans, Mesny du Boisseau, fut cruellement égorgé dans les environs de Nuits. Leurs officiers, après avoir déclaré que « leur plus vif désir était que Dijon, ville aimable et de renom, fût traitée avec douceur >>, mirent au pillage les hôtels où ils logeaient. Pendant la seule journée du 15 novembre, Werder réquisitionna 40 tètes de bétail, de 200 kilogr. la pièce au moins,

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52 000 kilogr. de pain, 6 000 de café, 4 000 de sel, 62000 d avoine, 6 000 de riz, 15000 de foin, 6000 de paille, 30 000 de pommes de terre, 11000 litres de vin, 1 500 kilogr. de lard, 252 000 cigares.

Cependant le général italien Garibaldi EXPLOITS s'était installé, le 9 novembre, à Autun et à

DE

GARIBALDIENS. Gliagny, afin de couvrir le Creusot et Lyon. Vieilli par Tâge et les campagnes, les doigts repliés par des rhumatismes, obligé de se servir de béquilles, il ne pouvait plus tenir à cheval et il était mal servi par son chef délat-major, le pharmacien Bordone, incapable, irascible et présomptueux. Du moins, ses hommes, médiocres en bataille rangée, étaient-ils excellents pour faire le coup de main, et il avait de bons lieutenants, son fils Ricciotti, vif, bouillant, hardi, son autre fils, Menotti, froid et flegmatique comme un Anglais, et le beau Polonais Bossak-Hauké, dont la bravoure égalait l'élégance. Le 19 novembre, au petit jour, Ricciotti se jeta à l'improviste sur la garnison prussienne de Châtillon-sur-Seine, tua ou blessa 74 ennemis, emmena 166 hommes, 90 chevaux et la caisse. Garibaldi, qui savait 1 impression produite par des surprises de cette nature sur le moral des troupes, résolut d'en profiler pour délivrer Dijon et partit d'Autun le 21 novembre. Après un brillant engagement près de Lantenay, il s'empara des hauteurs de Prenois et de Pasques qui dominent la ville (26 novembre), et, à la nuit tombante, il donna Tordre à ses hommes d'entrer dans Dijon, sans tirer, baïonnette au canon. Monté sur un cheval docile, puis dans une voiture de maraîcher, il dirigeait lui-même Taclion . Mais ses troupes fatiguées furent prises de panique à Hautcville et regagnèrent Autun « en grand désordre ». Les Allemands les poursuivirent à toute vitesse, établirent leurs pièces au couvent de Saint-Martin, et, sans la résistance des mobiles de Saône-et-Loire et de la Charente bien dirigée par Bossak, ils se seraient emparés de la ville (1" décembre).

DEUXIÈME Le Dix-Neuvième Siècle.

La garde de la Bourgogne n'incombait BATAILLE pas au scul Garibaldi. L'armée de la Loire

DE NUITS. avait laissé entre Chagny et Beaune une division de 15 000 hommes, mobiles du Rhône, bataillons de la Gironde, sous le commandement du général Crémer. Capitaine au début de la guerre, évadé de Metz et nommé général de brigade par Gambetta, Crémer n'avait que trente ans et il manquait d'expérience et de pondération, mais il était travailleur, tenait bien ses troupes, possédait une sûreté de coup d'œil remarquable, de l'intelligence et beaucoup d'entrain. Il débuta brillamment, en défaisant à Nuits une reconnaissance dirigée par l'État -major du XIV^ corps (30 novembre), puis, apprenant la retraite de l'ennemi après son échec contre Autun, il l'attendit à Châteaiineuf, le fit défiler sous son canon et lui tua 200 hommes (3 décembre). Deux jours auparavant, Bombonnel, le célèbre tueur de panthères, devenu chef d'une compagnie de volontaires de la Côte-d'Or, avait fait sauter le pont de Nuitssous-Ravières, point de raccordement de la ligne de Lyon avec celle de Châtillon, et ralenti de ce côté la marche des Allemands vers Paris.

L'émoi causé par ces entreprises fut assez vif au quartiergénéral allemand pour que le maréchal de Moltke enjoignît à Werder de « diriger une offensive puissante et rapide contre les rassemblements français ». Le 18 décembre au matin, l'armée allemande, forte de 13 000 hommes et 36 canons, sous le commandement du général de Gliimer, partit de Dijon avec mission de s'emparer de Beaune. Crémer n'avait guère plus de 10 000 soldats à lui opposer. A l'approche de l'ennemi, il se replia sur Nuits et fit occuper solidement par ses troupes le plateau de Chaux et la voie ferrée qui couvrent la petite ville. Vers onze heures et demie, la bataille s'engagea. A l'aile droite allemande, le général de Degenfeld recula aussitôt, mais, à l'autre aile, les Badois, s'avançant par bonds successifs à travers les vignes, enlevèrent le chemin de fer et la gare, obligeant Crémer à la retraite. Les Français avaient perdu 2 330 hommes dont

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1 300 tués ou blessés, entre autres les colonels Celler et Graziani. Les pertes des Allemands s'élevaient à 905 hommes, dont oo officiers; le prince Guillaume de Bade et le général de GliJmer étaient parmi les blessés. Au lieu de prendre Beaune, les vainqueurs, après être entrés dans Nuits pour la forme, revinrent à Dijon. Ils déclarèrent qu'ils « n'avaient jamais rien vu de pareil à la bataille de Nuits » et qu'il leur avait semblé que c'était « leur jugement dernier ». Un Dijonnais, témoin oculaire de leur retour, M. Clément-Janin, écrit :

Pendant une partie de la nuit, les troupes allemandes rentrent à Dijon. Les soldats sont effrayés; ils pleurent pour la plupart et racontent à leurs hôtes forcés l'acharnement de la bataille. Comme beaucoup de leurs camarades manquent à l'appel, ceux qui ne savent pas le français s'écrient en pleurant : « Capout, Capout! >■

Le même auteur note 357 voitures pleines de blessés allemands, puis il ajoute :

Depuis la bataille de Nuits, les officiers allemands ne laissent plus traîner leurs sabres dans les rues; ils sont moins fanfarons. Les soldats racontent leurs misères à qui veut les entendre '.

Des événements, comme la bataille de LARMEE Nuits, étaient réconfortants. Le Gouverne- EN BOURGOGNE, mcnl de la Défense nationale conçut l'idée de transporter dans l'Est, par Chagny et Chalon, les IS" et 20* corps d'armée, afin de débloquer Belfort et de couper les communications allemandes. Le général de Werder, qui n'avait que 40 000 hommes à opposer à près de 100 000, se hâta d'évacuer Dijon, « la charmante et voluptueuse ville où l'on trouvait de la bonne soupe française et du Bourgogne de première qualité, une vraie Capoue ». Crémer y entra derrière lui et passa ses troupes en revue dans les allées du Parc « au milieu d'une grande affluence » (29 décembre). Le 1" janvier 1871, le général en chef Bourbaki et M. de Serres, adjoint de M. de Freycinet à la Guerre,

1. Clément-Janin, Journal de la guerre 1870-71 à Dijon et dans le déparlemenl de la Côle-d'Or, a'' partie, p. 119-121.

DEUXIÈME Le Dix-Neuvième Siècle.

arrivèrent à leur tour. Un véritable élan national entraîna la Bourgogne. Les régiments qui traversaient Chagny étaient reçus par des chants patriotiques, et trouvaient « dans l'abondance du vin, la richesse et la générosité des habitants, une large compensation à ce qui pouvait leur manquer ». Confié à Garibaldi, Dijon devint un vaste camp retranché de 40 000 hommes. La nouvelle de la défaite de Werder à Villersexel (9 janvier) acheva de ranimer les espérances. Il sembla qu'une ère nouvelle s'ouvrît. L'illusion fut de courte durée.

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