‹ Histoire de BourgogneChapitre 19 sur 177 · ROI DE · texte numérisé non relu

ROI DE

Bourgogne, de 5Gi à 598

mort sans enfants.

Chilpéric,

ép. Frédé!i;onde.

I ' Clotaire II,

ROI DE Bourgogne,

de 6i3 à 628.

Dagobert,

Hoi DE Bourgogne,

de 628 à 638.

Clovis II,

ROI DE Bourgogne,

de 038 à 656.

réunit la Bourgogne à ses Etats, 555-5Ci.

Sigebcrt, ép. Brunehaut.

Childebert H,

ROI DE Bourgogne,

de 593 à 596.

Thierry II,

ROI DE Bourgogne,

de 596 à 6i3,

sous la tutelle

de Brunehaut.

Les Origines. chapitre

peuple barbare, le peuple des Lombards. Sur lui courent d'effrayantes histoires ; on raconte que, pendant sept ans, il a ravage l'Italie, dépouillant les églises, tuant les prêtres, qu'il porte la lèpre avec lui, et que, dans sa férocité, il n'hésite pas à commettre les cruautés les plus abominables. Il appartient aux Bourguignons de tenir en respect ce dangereux voisin. En 569, une armée commandée par un certain Amatus se porte au-devant des Lombards qui ont passé les Alpes avec leurs femmes et leurs enfants ; elle subit un tel désastre que le nombre des morts ne peut être évalué ; son chef est tué, et les envahisseurs repassent les monts chargés de butin. Mais les Bourguignons ne perdent pas courage. Les Lombards étant revenus presque aussitôt, une nouvelle armée marche contre eux, sous les ordres d'un autre officier appelé Mummol, les arrête au passage de l'Isère, les refoule jusquà Embrun, et, après trois défaites successives, leur impose ces conditions humiliantes : accepter le patronage des Francs, leur payer un tribut annuel de 12 000 sous, ne pas prendre de rois sans leur consentement (574).

Chalon-sur-Saône est la résidence habi-

LES VILLES. tuelle des Mérovingiens de Bourgogne. Là se

CHALOS- . "= ,.

suR-SAÔsE. trouvent la prison royale, râtelier monétaire,

le bureau des douanes; là sont reçus les envoyés des nations étrangères. Les rois y vivent, entourés de la foule de leurs courtisans et de leurs domestiques, parmi lesquels on distingue cinq grands officiers : le référendaire, chargé de la garde du sceau, le sénéchal, préposé à la surveillance des villas royales, le connétable, chef des écuries, le chambrier, gardien de la chambre et du trésor, le spataire ou porte-épée. La ville a été très embellie par Tévêque Agrécula, qui y « éleva un grand nombre d'édifices, bâtit des maisons et construisit une église soutenue par des colonnes, ornée de marbres de diverses couleurs et de peintures en mosaïque ». Sur l'autre rive de la Saône se dressent le couvent et la basilique vénérés de Saint-Marcel. Des conciles furent réunis à Chalon en 579, GO-2, 603; mais

TROISIÈME Les Temps méroi>ingiens.

le plus célèbre est celui qui se tint, en 080, ù Mûcon, une ville où les rois résidaient aussi volontiers. Avallon, Tonnerre, Saint-Jean-de-Losne sont également nommés.

Dijon ne joue encore aucun rôle poli-

DijoN tique et ne figure même point parmi les

AU VI' SIÈCLE, diocèses. Cependant Grégoire de Tours trace

de la future capitale de la Bourgogne ce

tableau flatteur :

Dijon est bâti au milieu d'une plaine riante, dont les terres sont si fertiles et si productives, que les champs labourés une seule fois avant les semailles n'en donnent pas moins de très riches moissons. Au midi coule la rivière d'Ouche, qui est très poissonneuse; du nord vient une autre petite rivière (le Suzon), qui entre par une des portes, passe sous un pont, ressort par une autre porte, et entoure les remparts de son eau rapide; devant cette dernière porte, elle fait tourner des moulins avec une étonnante vélocité. Dijon a quatre entrées, tournées vers les quatre parties du ciel; ses murs sont ornés de trente-trois tours, et, jusqu'à vingt pieds de haut, ils sont faits en pierre de taille; le dessus est bâti en moellons. Ils ont en tout trente pieds de hauteur et quinze pieds d'épaisseur. Il y a dans les environs des sources précieuses; du côté de l'Occident sont des montagnes très fertiles, couvertes de vignes qui fournissent aux habitants un si noble falerne qu'ils ne font aucun cas du vin d'Ascalon '.

Des fouilles, exécutées de nos jours, ont permis de constater l'exactitude de cette description. Les parties de muraille, mises à découvert, sont formées de moellons de pierre blanche, liés par un mortier « tellement dur qu'on n'en détache qu'avec peine des fragments », et revêtus de morceaux de sculpture qui présentent leur paroi brute au dehors. Au temps de Grégoire de Tours, la ville avait en outre un baptistère, deux églises consacrées à saint Etienne et à saint Jean, une grande abbaye située hors les murs, l'abbaye Saint-Bénigne. Lorsque Chramne, fils de Clotairel", révolté contre l'autorité paternelle, se fut emparé de Chalon, il s'avança jusqu'à Dijon, comptant y trouver un

1. Grégoire de Tours, Histoire ecclésiastique des Francs, IJI, 19.

Les Origines. chapitre

plus sûr asile, mais les soldats qui le poursuivaient ne lui laissèrent pas le temps de s'y établir (5o6).

Au point de vue administratif, la Bourgogne mérovingienne se divise en circonscriptions appelées/;a^i (au singulier, />a^as, pays), subdivisées en centaines ou en vicariats et portant généralement le nom de la principale localité qui s"y trouve. Ces pagi, qui existaient déjà sous les Burgondes et se conservèrent avec quelques modifications de détail sous les Carolingiens, sont, pour la Bourgogne proprement dite, au nombre de quatorze : le Laçois {pagiis latiscensis), dont la ville principale, Latisco, était située sur le mont Lassois, à 7 kilomètres de Châtillon-sur-Seine; le Duesmois {pagiis duismensis, Duesme-sur-Seine); le Tonnerrois {pagiis tornodorensis, Tonnerre) ; TAvallonnais [pagus avaleiisis, Avallon); l'Auxois {pagus alsensis, Scmur); l'Attoar [pagus Atloarioruni), dans la vallée de la Vingeanne, avec la ville d'Ates proche de Fontaine-Française; l'Oscheret [pagus oscariensis, Saint-Jean-de-Losne), c'est-à-dire la basse vallée de TOuchc et de la Tille; le Dijonnais (pagus divionensis, Dijon); le pays de Mesmont {pagus magnimontensis), où Mcsmont avait remplacé Malain détruit pendant les guerres; le Bcaunois {pagus belnensis, Beaune), séparé par la Dheune du Chalonnais {pagus cabillonensis, Chalon); le Maçonnais [pagus matisceiisis, Mâcon); TAutunois (pagus auguslodunensis, Autun); l'Amaous (pagus amaus, Auxonne).

A l'exception du Duesmois qui fut tou-

coiiTEs jours uni à l'Auxois , chaque pagus a un

ET PATRicES. coiTile, assisté de centeniers ou de vicaires.

Nommé par le roi et toujours révocable, il

administre au sens propre du mot, commande l'armée et

rend la justice aux petits comme aux grands ; le concile de

Mâcon de 583 retranche de la communion le comte qui aura

fait tort aux orphelins et aux veuves, et déclare « digne de

ceux auxquels de grandes causes sont confiées, d'attacher de

TROISIÈME Les Temps mérovingiens.

riraportancc à celles des moindres personnes, car c'est en méprisant les petites choses qu'on se laisse peu à peu entraîner vers le mal ». Quelquefois aussi on rencontre des ducs ou patrices. Leur dignité est la plus haute et la plus enviée, et ils paraissent avoir été avant tout des chefs militaires. Les plus souvent nommés sont : Agrécula et Celsus, « un homme de haute stature, aux épaules larges, au bras vigoureux, fier dans son langage, toujours prêt à répliquer, versé dans la connaissance du droit ». Amatus et Mummol étaient également des patrices.

LÉglise catholique, dont la défaite des rr^ ,,,r^T,^6 Burgondcs ariens avait assuré le triomphe,

LE CLERGE, i i î '

occupe dans 1 Etat une place éminente, qu'elle gardera pendant tout le moyen âge. Aux trois anciens diocèses de Langres, Autun, Chalon est venu s'en ajouter un quatrième, celui de Mâcon. Chacun d'eux se partage en archidiaconés, et, dans chaque archidiaconé, on trouve un certain nombre de paroisses. Assisté par les archidiacres, les prêtres et les diacres, l'évéque s'occupe des intérêts religieux des fidèles, mais, au cours de ses tournées, il reçoit leurs doléances contre les officiers du roi et s'efforce de leur faire rendre justice.

Le clergé régulier prend aussi, à cette époque, une grande importance. Les premiers moines avaient été des solitaires, retirés au fond des cavernes ou dans des huttes de branchage construites de leurs propres mains : tels Eptadius d'Autun « qui vivait en pleine solitude montagnarde », et Valentin du Laçois, ancien fonctionnaire de Théodebert, « qui abandonna le palais pour se réfugier dans une grotte où il resta longtemps isolé ». Au début du vr siècle, l'un d'eux, Jean de Réomé, se rendit au monastère de Lérins, sur les côtes de Provence, en rapporta la règle de saint Macaire, et l'appliqua à l'abbaye de Moutiers-Saint- Jean qu'il avait fondée. D'autres monastères, Saint-Seine, Bèze, Saint-Bénigne, Saint-Marcel, suivirent cet exemple, et, lorsque la règle bénédictine eut été recommandée par le

Les Origines, chapitre

concile d'Autun de 570, elle fut généralement adoptée. Ces cloîtres n'étaient pas seulement des lieux de prière, mais de travail. Trois déserts existaient alors en Bourgogne, le désert de Réomé entre Montbard et Tonnerre, le désert du Morvan et celui du Jura; ils étaient recouverts de forêts séculaires habitées par les bêtes sauvages, et leurs branches entrelacées formaient des fourrés où Ton ne pouvait pénétrer qu'en rampant. Les moines les défrichèrent en grande partie, soutenus par leur religion. « Seigneur, disait saint Seine, toi qui as fait le ciel et la terre et qui te rends aux vœux de celui qui t'implore, de qui dérive tout bien et sans lequel sont inutiles les efforts de la faiblesse humaine, si lu m'ordonnes de me fixer dans celle solitude, fais-le-moi connaître et mène à bien les commencements que tu as déjà accordés à ma dévotion. »

D'après cette organisation, l'on pourrait

LES MŒURS croire que le pays n'avait rien perdu à changer

viNGŒNNES. ^^ maître et que l'ordre y régnait sous les

Mérovingiens, comme au temps des Romains.

11 n'en est rien. Sous l'inlluence des Barbares, plutôt

effleurés que pénétrés par la civilisation romaine, les mœurs

sont devenues singulièrement violentes. Aucune société ne

fut aussi brutale et ne vécut d'une vie aussi agitée que la

société mérovingienne. En Bourgogne, elle fut ce qu'elle

était ailleurs. Le meurtre et le vol y étaient d'usage courant.

Un simple récit, emprunté à VHistoire ecclésiaslique des

Francs, en fournira la démonstration saisissante.

L'évêque de Verdun, Désiré, étant mort dans celte ville, on mit à sa place un des citoyens de Verdun nommé Agiricus. Or Siagrius, son fils, gardant la mémoire d'outrages commis envers son père, et se souvenant que, sur l'accusation portée par Sirivald devant le roi Théodoric, son père avait été non seulement dépouillé de ses biens, mais encore soumis à des supplices, tomba sur Sirivald avec une troupe de gens armés et le tua de la manière que je vais dire : Un matin, par un brouillard épais, lorsque le jour permettait encore à peine de distinguer les objets, il se rendit à une villa de Sirivald nommée Fleurey, sur le territoire de Dijon ' ; et un des amis de

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