Le village actuel de Fleurey-sur-Ouche
TROISIÈME ■^^*" Temps mérovingiens.
Siiivald étant sorti de la maison, ils crurent que c'était Sirivald lui-même et le tuèrent. Mais, comme ils s'en revenaient, croyant avoir triomphé de leur ennemi, un esclave de Sirivald leur apprit qu'ils avaient tué, non le maître, mais un homme de sa maison. Alors ils retournent sur leurs pas, cherchent de nouveau Sirivald, et, ayant découvert la chambre dans laquelle il avait coutume de dormir, ils en attaquent la porte, dont ils essaient pendant longtemps de forcer l'entrée; et, comme ils ne pouvaient y parvenir, ils démolirent un des- murs de côté, entrèrent et tuèrent Sirivald à coups d'épéc ».
Si de telles monslruosilés sont possibles, LE BON ROI c'est que les rois ne valent pas mieux que CONTRAN. leurs sujets. Contran, fils de Clotaire I", qui régna sur la Bourgogne de 561 à 593, est le plus célèbre d'entre eux et passe pour le meilleur. Il a en effet de grandes qualités : il est juste, charitable, pacifique, aimable; il a la fierté de sa race et fait tous ses efforts pour maintenir la concorde entre ses parents. Quand il visite une ville, il commence par se rendre dans les églises pour prier; il invite les prêtres à sa table, cause familièrement avec eux, ne leur parle en dînant que de Dieu, daumônes, de constructions d'églises, et, au dessert, il leur fait chanter les parties de messe qui sont de leur emploi. Il ne manque ni les veilles, ni les jeûnes. Sa puissance est immense, car dans son royaume entrent non seulement les cités d'Autun, de Mâcon, de Chalon, de Langres, mais encore celles de Troyes, Auxerre, Bourges, Nevers, Lyon, Grenoble, Embrun, Gap, un moment même Paris et Marseille, au total soixante-trois diocèses, les deux tiers de la Gaule. Les contemporains l'appellent « le bon roi Contran » ; ils lui attribuent des miracles de son vivant et racontent qu'après sa mort il fut pleuré, même par les étrangers.
Ces éloges ne doivent pas faire illusion. Dans la langue du temps, bon signifie simplement pieux. Contran est un grossier personnage, qui, renvoyant des ambassadeurs sans s'être accordé avec eux, les fait couvrir de boue, de fumier, de crottin de cheval. Il entretient des concubines sous son toit. 11 a fait mettre à mort, sans forme de procès, son beau-
1. Grégoire de Tours, Histoire ecclésiastique des Francs, III, 35.
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père Magnachaire, ses beaux-frères, son conseiller Boanthe, deux médecins qui n'avaient pas su guérir sa femme de la dyssenterie. Naturellement les gens qui se sentaient menacés ont cherché à se débarrasser de lui; des assassins ont été apostés jusque dans les églises. Contran en est venu alors à craindre pour sa vie; il n'ose plus sortir sans être entouré de satellites, il tue pour ne pas être tué, et cet homme imi)lacable offre un spectacle presque bouffon. Un dimanche, après avoir écouté la messe à Saint-Marcel de Châlon, il se tourne vers le peuple et lui tient ce discours :
- Je vous conjure tous, hommes et femmes qui m'écoutcz, daignez me conserver une foi inviolable et ne me tuez pas, comme vous avez fait de mes frères. Qu'il me soit permis d'élever, au moins pendant trois ans, mes neveux qui sont devenus mes fils adoptifs, de peur (ce qu'à Dieu ne plaise) qu'après ma mort vous ne périssiez avec CCS enfants, quand il n'existera plus de notre famille un seul homme pour vous défendre '. »
Ce pouvoir central, menacé et méprisé, COMTES est incapable d'assurer l'application des lois. ET èvëques. Le voudrait-il d'ailleurs qu'il ne le pourrait pas, avec les fonctionnaires dont il dispose. Les comtes achètent leurs charges au lieu de les obtenir par leur mérite, et, malgré la belle déclaration de Contran « qu'il ne vend pas le sacerdoce à prix d'argent », les évêques font souvent de môme. Parmi eux, il en est de bons, comme Mummol, évêque de Langres, « chaste, aimant la justice et pratiquant la charité », et son successeur, Crégoire, « tellement adonné aux jeûnes, aux aumônes et à la prière, qu'il brille dans le ciel comme un nouvel ermite ». Mais beaucoup sontd'anciens fonctionnaires du palais, qui ont reçu l'épiscopat pour prix de leurs services ou l'ont payé de leurs deniers, et ils aiment mieux combattre avec le casque et la lance qu'avec la croix.
De tels hommes ne reculent devant rien pour satisfaire leurs appétits. Quand le roi cherche à les arrêter, ils se révoltent. Ennius Mummol, le vainqueur des Lombards,
). Grégoire de Tours, Histoire ecclésiastique des Francs, VII, 8.
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était onti'6 dans la carrière administrative en dépouillant du comté d'Auxerre son père Péonius. Ses succès militaires remplirent d"orgueil . En 581, il ne craignit pas de se soulever contre Contran. Des ducs, des évêques, un prétendu fils de Clotaire nommé Gondovald, coururent le rejoindre sous les murs d'Avignon, et les conjurés purent se croire un moment maîtres de la situation. Déjà Gondovald, qui avait laissé croître sa chevelure, se faisait prêter serment comme roi. Heureusement pour Contran, son neveu, le roi Childcbert, sentit la puissance monarchique menacée et se rapprocha de lui. L'armée royale, commandée par le patrice iEghylan et le comte Leudisclus, battit Condovald et le tua. Mummol, bien qu'on lui eût promis la vie sauve, fut exécuté à Ghenôve (585).
Les luttes civiles venant s'ajouter aux LES luttes étrangères créaient un état de guerre
ÉPIDÉMIES. continuel, dont les campagnes souffraient cruellement. A cette époque aussi commence la série de ces épouvantables fléaux, que l'absence d'hygiène et le manque de voies de communication déchaînèrent sur le moyen âge. En 571 a lieu une épidémie de peste ou de variole. Le mal se manifeste à l'aine ou à Faisselle, par une plaie « semblable à un serpent », et le virus se répand si vite que les malades, privés presque aussitôt de connaissance, meurent le second ou le troisième jour. Chalon et Dijon perdent une bonne partie de leur population. En 580, une autre maladie enlève un grand nombre de personnes, parmi lesquelles la reine Austrechilde; cinq ans après, de violentes inondations amènent une terrible famine.
Pour triompher de ce désordre, il aurait
BRUNEHAUT fallu fortifier le pouvoir royal. Quelques
ET DAGOBERT. cfforts furcnt faits dans ce sens. Brunehaut,
qui gouverna la Bourgogne pendantquinzeans
environ (598-613), au nom de son petit-fils Thierry, y montra,
bien qu'elle eût soixante ans passés, « cette sagacité dans le
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conseil et cette habileté dans l'administration » dont parle Grégoire de Tours. Elle transporta à Autun le siège de la royauté et accorda toute sa confiance au Romain Protadius. Énergique et clairvoyant, celui-ci s'employa surtout à remplir les caisses de l'État : le patrice iîlghylan, dont les immenses richesses appauvrissaient le trésor, l'ut exécuté. Protadius ayant été tué, un autre Romain, Claudius, le remplaça, et ses meurtriers, Uncelenus et Wulf, curent, le premier le pied coupé, le second la têle tranchée à Fauverney (606). Dagobert continua cette politique. Il fit rentrer dans le domaine du fisc des terres qui en avaient été indûment distraites, et entreprit, Tan 629, un grand voyage à travers la Bourgogne. Il s'arrêta successivement à Langres, Dijon, Saint-Jean-de-Losne où il résida plusieurs jours, Chalon, Autun, Auxerre, Sens, dormant et mangeant à peine, uniquement préoccupé de rendre la justice, sans considération de présents ou de personnes. Il fit tuer, par le duc Amalgaire et le patrice W'illibald, son oncle Brodulf qui conspirait contre son autorité. « La nouvelle de sa venue, dit un chroniqueur, inspira un admirable efl'roi aux évoques et aux grands, et donna une grande joie aux pauvres. »
Mais Dagobert mourut prématurément, et Brunehaut eut une fin lamentable. Les grands de Bourgogne, qui la haïssaient, la livrèrent à son ennemi, le roi Clotaire II, et la malheureuse reine, conduite à Renève, sur les bords de la Vingeanne, après avoir été, pendant trois jours, promenée sur le dos d'un chameau, à la vue de toute l'armée, fut attachée par les cheveux, un pied et un bras, à la queue d'un cheval sauvage qui la mit en pièces (613). Ses restes, transportés à l'abbaye de Saint-Martin d'Autun, ont été retrouvés en 1632, dans un coffre de plomb, avec quelques morceaux de charbon et une molette d'éperon, qui servit, croit-on, à piquer au flanc l'animal chargé de lui rompre les membres ' .
1. Notice sur le lombeau de Brunehaul, dans Mémoires de la Commission des Aniiquilés de la Cote-dOr, t. III.
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Les grands confièrent alors le pouvoir à LES MAIRES l'un d'entre eux, le maire du palais. C'était DU PALAIS. primitivement un fonctionnaire désigné par le roi pour maintenir l'ordre parmi les personnages de la cour; ce fut désormais le représentant élu des comtes et des évêques, chargé par eux de placer la royauté en tutelle. Le premier connu est Warnachaire I", un homme « modeste et charitable, qui distribuait tous ses biens aux pauvres » (599), mais le plus puissant fut Warnachaire IL II avait dirigé la révolte contre Brunehaut, et Clotaire II, pour le récompenser, lui promit de ne jamais le dépouiller de sa prérogative : pendant treize ans (613-626), il fut en effet le vrai maître de la Bourgogne. A sa mort, les grands jugèrent imprudent de laisser la dignité de maire dans sa famille. Ils tuèrent son fils Godin, qui avait épousé sa belle-mère pour se créer un titre de plus à l'héritage paternel, et Flaochat, choisi par eux à l'assemblée d'Orléans, dut confirmer par écrit et par serment tous les honneurs et toutes les dignités dont ils avaient été précédemment investis. Cela n'empêcha pas le patrice Willibald de lui faire la guerre. Les deux adversaires se rencontrèrent une première fois sous les murs de Chalon ; on les sépara. Cinq mois après, ils se rejoignirent devant Autun avec leurs partisans, et Willibald vaincu fut mis à mort (642).
L'anarchie grandissait. Une dernière tentative fut faite pour l'ar'-êter, celle de saint