TOMBEAU DU DUC HUGUE IH
[Autrefois à l'abbave de Cîtoaux.
Dcm Planc/ier, t. I. p. .365.
CRYPTI'; DE L EGLISK SAI.NT-BEMGNE DK DI.IO.N.
PI. 4, p. S4.
PREMIER Les Ducs capétiens.
nier, il lui avait imposé le traité de Beaune, par lequel le comte reconnaissait ses obligations, laissait en gage deux mille marcs d'argent, et donnait pour garants de sa promesse les évêques de Langres, d'Autun, d'Auxerre et de Nevers (1174). Un pareil prince ne pouvait admettre qu'un étranger, fût-il roi de France, vînt faire la police dans ses États. Il prêta son concours à Louis VII, ce qui lui valut le quart du comté de Chalon; mais Louis VÎI mort, il jugea l'occasion propice pour affirmer son autorité et entra dans la coalition formée par les Champenois contre Philippe- Auguste. Il ne craignit même pas de négocier avec l'empereur germanique, qui, maître du royaume de Bourgogne, aurait bien voulu étendre son action sur le duché. L'habileté précoce du jeune roi déjoua ces intrigues. Du vivant de son père, il s'était rendu à Pierre-Perthuis, où il avait confirmé d'une manière définitive la condamnation de Girard de Mâcon (1180). Il revint cette fois comme roi de France. Hugue III comptait parmi ses vassaux le sire de Vergy, possesseur d'un puissant château entre Beaune et Nuits, aujourd'hui disparu. « L'édifice, bâti en forme de navire, dit un vieil historien, était partout environné du roc, et n'avait qu'une avenue du côté du portail , encore si malaisée et difficile qu'on ne la pouvait gagner, ce qui Ta maintenue en réputation d'une des plus fortes places du pays durant la révolution des siècles* ». Le duc de Bourgogne attaqua cette forteresse sous prétexte qu'elle relevait de sa juridiction, « et il avait presque juré par serment que nulle intervention ne serait assez forte pour le décider à en lever le siège ». Le sire de Vergy invoqua le secours de son parent, Garnier de Trainel, sénéchal de Champagne, qui infligea des pertes sérieuses aux Bourguignons. Cependant Hugue ne doutait pas du succès, quand Philippe-Auguste délivra le sire de Vergy et lui rendit son château avec toutes ses dépendances, « en réservant pour lui et ses successeurs le droit de seigneurie » (mars 1186).
1. Duchesne, Histoire généalogique de la maison de Vergy, Paris, MDCXXV.
Le Duché de Bourgogne. ■ chapitre
Une humiliation plus grande attendait SIÈGE Huffue III. Les églises lui reprochaient vivc-
DE CIIATILLOX- "^ , , . , i i
SUR-SEINE. nient de ne tenu- aucun compte de leurs immunités et de faire peser sur elles des exactions de toutes sortes. Peu de temps après la guerre de Vergy, les envoyés des « évêques, abbés et autres hommes religieux de toute la Bourgogne », vinrent trouver le roi pour lui demander justice. Philippe-Auguste somma Hugue de verser une indemnité de 30 000 livres parisis. N'ayant rien obtenu, il partit pour le duché en compagnie de Philippe d'Alsace, comte de Flandre, et mit le siège devant Châtillonsur-Seine.
Née pendant les invasions normandes, la petite ville avait rapidement grandi, grâce à sa position à l'entrée de la Bourgogne, et elle avait acquis une grande réputation. u II existe, raconte l'historien Guillaume le Breton*, un castrum du nom de Châtillon, noble bourg, honneur de la Bourgogne et son boulevard , que partagent les eaux limpides de la Seine, mère et éducatrice de nobles hommes; nulle part ailleurs on ne trouverait dans le monde des gens supérieurs par leur talent militaire, leur sens, leurs doctrines, leur philosophie, leur connaissance des arts libéraux, leur courtoisie, leur élégance et leur beauté ». Hugue III avait entassé dans la place des armes, du blé, des munitions; les tours avaient été garnies de herses et de claies de bois, les murailles étanconnéeset percées de meurtrières; la garnison, nombreuse, avait été placée sous les ordres du fils aîné du duc, le prince Eude. Sans se laisser émouvoir par ces préparatifs, Philippe -Auguste fît avancer ses machines, et, tandis que les Châtillonnais se pressaient sur les remparts, « tourbillonnant comme des fourmis lorsqu'un passant ou un pâtre a mis son bâton dans leur fourmilière »,
1. Guillaume le Breton, chapelain de Philippe-Auguste qu'il suivit dans presque toutes ses campagnes, est l'auteur de la Philippide, poème en vers où sont racontés les principaux événements du règne. C'est à lui et à un autre historien de Philippe- Auguste, Pvigord, que nous empruntons le récit du siège de Châtillon. Cf. Lapérouse, Histoire de Châlillon, 1887.
PREMIER Les Ducs capétiens.
les Français, stimulés par la présence du roi, ne cessèrent pendant quinze jours, de les assaillir.
Les mangonneaux roulent et brandissent de grosses pierres à coups redoublés; les mantelets et les claies dont on a garni les tours, brisés par cette grêle de cailloux, cèdent,. et, à travers ces défenses avancées qui protègent les murailles en les cachant, les créneaux paraissent à découvert. A l'abri de leurs boucliers de cuir cl d'osier qui, joints les uns aux autres, forment une tortue au-dessus de leur tète, des troupes d"archers sautent sur le revers des fossés et font pleuvoir, sans discontinuer, les traits sur les murailles, pour empêcher les assiégés de courir, selon l'usage, derrière les créneaux et de ramasser les projectiles qu'ils renverront ensuite contre leurs ennemis.
Les fossés ayant été comblés et les échelles dressées contre les murs, les assaillants, entraînés par Manassès de Mauvoisin et Guillaume des Barres, pénétrèrent dans la ville qui fut incendiée en partie, et firent de nombreux prisonniers, parmi lesquels le prince Eude. Le duc de Bourgogne voyant sa citadelle abattue, son fils captif, vint se jeter aux pieds du roi, « implorant son pardon, promettant de se conformer au jugement de la cour royale et de lui donner pleine satisfaction concernant les églises et les clercs » (juillet 1186). Philippe- Auguste exigea qu'il lui remît trois de ses meilleurs forteresses, mais bientôt, « ayant pris sagement conseil de ses amis », il les lui restitua. Hugue III fut désormais son vassal dévoué. Il le suivit à la troisième croisade, contribua à la prise de Saint-Jean-d'Acre, et reçut, après le départ du roi, le commandement de l'armée, mais il mourut presque aussitôt à Tyr.
Le prince Eude, devenu duc sous le nom
EUDE m dEude III, profita de la leçon. 11 soutint
[U92-1H8). Philippe -Auguste contre Innocent III et
Jean sans Terre, déclarant qu' « au cas où le
seigneur pape ferait au seigneur roi quelque violence ou
contrainte », il appuierait celui-ci de tout son pouvoir.
Lorsque Philippe répudia Ingeburge de Danemark, Eude
se chargea d'arrêter au passage les ambassadeurs du roi
danois Knut VI, qui venaient en France pour protester au
Le Duché de Boursoi^ne. chapitre
nom de leur maître et du Saint-Siège; il les emprisonna et les dépouilla de leurs papiers. S'il n'osa empêcher Innocent III de réunir à Dijon le concile de 1199 où l'interdit fut jeté sur le royaume, il refusa de séparer sa cause de celle de son maître. Mais c'est à Bouvines surtout qu'éclata son dévouement. Il avait amené de nombreux chevaliers, parmi lesquels le brave Galon de Montigny qui eut l'honneur de porter, pendant la bataille, l'étendard royal d'étoffe blanche semé de fleurs de lis. Placé à l'aile droite de l'armée, Eude combattit, malgré son embonpoint, avec tant d'acharnement qu'il eut un cheval tué sous lui et qu'un poète évoque à son sujet le souvenir des héros de l'antiquité :
Ki véist le duc de Bourgogne, Com il féroit, à tel besongne, Bien li peust membrer d'Ogier, Quar il n'i quéroit nul dangier, Aine feroit ces pour desraembrer :
Plusiors en fit d'Ector membrer i.
Auparavant, le duc de Bourgogne réalisant un désir « de tout son cœur », avait participé à la croisade des Albigeois. Les agents pontificaux purent lever sur toute l'étendue de ses Etats la dîme nécessaire à « l'œuvre sainte et coûteuse » qui allait être entreprise. Aux côtés du légat Arnaud Amalric, Eude participa au siège de Béziers et à la prise de Narbonne. Lorsqu'on lui offrit les domaines du vicomte de Béziers Raimond-Roger, il répondit fièrement « qu'il avait assez de terres et de seigneuries comme cela, sans prendre celles du vicomte et le deshonorer, et qu'il lui semblait qu'on lui avait fait assez de mal sans lui prendre son héritage ». Simon de Montfort ayant été choisi à sa place, il consentit « par bonté d'âme » à demeurer encore quelque temps, mais, après l'échec des croisés devant le château de Cabaret, il rentra chez lui (1209).
Par sa bravoure et ses vertus, ce loyal soldat avait con-
1. Qui vit le duc de Bourgogne, — comme il frappait, à telle besogne — bien lui put souvenir d'Oger, — car il ne se préoccupait point du danger, — mais frappait coups pour démembrer, — plusieurs en fit d'Hector souvenir. (Chronique rimée, de Philippe Mousket, vers 21 968-21 969.)
PREMIER Les Ducs capétiens.
quis une grande autorité. Il obtint, sans coup férir, que le comte de Bourgogne reconnût son droit sur Mâcon, Pouilly et leurs dépendances, et du sire de Vergy qu'il déclarât son château « rendable au duc et aux siens » (traité de Cîteaux, 1197). La même année, Etienne I"", comte d'Auxonne, « avec l'assentiment et la louange de sa femme Béatrice et de son fils Etienne et de tous ses héritiers, reçut de lui en fief sa ville, son château d'Auxonne et leurs appartenances ». L'archevêque et les habitants de Lyon le prirent pour arbitre, et lui confièrent les clefs de leurs portes et la garde de leurs remparts. Le roi des Romains le nomma son vicaire dans le royaume d'Arles.
La politique des ducs capétiens du xi= et ORIGINES ^y j^jje giècle, tcllc qu'cllc ressort de cet
DU DOMAINE , i j p -, i n- Vf
DUCAL. ensemble de laits, n a pas ete une politique tapageuse. Sauf sous le turbulent Hugue III, « un très bon chevalier, dit Joinville, mais qui ne fut jamais tenu pour sage à Tégard de Dieu ni du siècle », l'on chercherait vainement des guerres retentissantes contre le roi de France ou les seigneurs du duché. Parfois même cette pohtique aboutit à des abstentions ou à des concessions peu dignes. Cependant, il ne faut pas se méprendre sur sa portée. Elle rappelle par plus d'un trait celle des premiers Capétiens de France, et, bien que modeste dans ses principes, elle n'en a pas été moins féconde dans ses résultats. De même que les descendants de Hugue Capet affermirent leur puissance en s'abstenant des grandes entreprises, de même les héritiers de Robert sans Terre, par leur effacement, réussirent à fixer dans leur maison l'hérédité dynastique. En entretenant de bons rapports avec la royauté, ils évitèrent les aventures dangereuses; en s'associant aux croisades, ils conquirent une place importante dans la société chrétienne. Le règne, si honorable, d'Eude IIÎ, est la preuve des progrès accomplis. Mais, au moyen âge, la vraie force est celle que donne la possession de la terre : de la terre seule viennent les hommes et l'argent. Les ducs du xiii- et du
xiv^ siècle furent pénétrés de cette maxime; ils comprirent que, pour devenir véritablement les maîtres du duché, il fallait qu'ils en fussent les plus riches propriétaires et les plus opulents vignerons. Or leur maison n'était guère moins pauvre à la mort dEude III qu'au temps de Robert I". Sans renoncer à la prudence traditionnelle de leur maison, simplement par des achats, des mariages, ou des échanges, ils se mirent à rassembler de vastes territoires. Dom Plancher a très bien caractérisé leur méthode de gouvernement, en disant qu'ils ^ furent toujours plus occupés à étendre leur domaine par des voies permises et légitimes, c'est-à-dire par des acquisitions fréquentes et môme journalières, qu'à pousser plus loin les limites du duché par des entreprises hardies et dangereuses ».
Une femme donna l'exemple, Alix de LA RÈGEscE Vcrev, veuve d'Eude III et régente pendant
D^ ALIX 0«.' ' t' I
DE VEBGY. onze ans (1218-1:229), au nom de son fils Ilugue IV. Lorsqu'elle prit, à trente-cinq ans, la direction des affaires, les dettes contractées par Hugue III à l'occasion de ses guerres n'étaient pas encore liquidées ; elles venaient même d'être accrues par les préparatifs d'une croisade. Alix commença par assurer son autorité en jurant au roi de France, « son très cher seigneur Philippe », qu'elle le servirait fidèlement « contre tous, hommes et femmes qui peuvent vivre et mourir », et ne contracterait point mariage sans son assentiment'; elle renouvela cette promesse à l'avènement de Louis VIII et conduisit le jeune duc au sacre de Louis IX à Reims (1223). Elle put ainsi se consacrer tout entière au relèvement des finances. Pour faire face aux dépenses les plus urgentes, elle demanda de l'argent à des religieux, des sergents, des prévôts, même à de simples particuliers; puis elle réduisit les dépenses de la cour et fit des économies. Au mois d'avril 1226, seize marchands italiens, réunis à Bar-sur-Seine, lui prêtent 11 720 livres, dont le remboursement devra être