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Laijetles du Trésor des chartes, n° i3o

PREMIER

Les Ducs capétiens.

effectué les années suivantes, en quatre termes, aux foires de Bar-sur-Seine et de Provins, quatre jours avant qu'on ait crié Haro ! Haro! Bientôt, toutes les dettes de son beau-père et de son mari sont payées. Au mois d'octobre 1^225, elle achète 3 300 marcs d'argent les terres que le dauphin de Viennois possède dans le Beaunois et le Chalonnais; la môme année, profitant des troubles qui agitent le comté de Bourgogne, elle acquiert la seigneurie de Salins et plusieurs domaines dans le comté. Elle-même avait apporté en dot « Vergy et tout ce que son père possédait au delà de la Tille ». Quand son fils eut atteint sa majorité, elle abandonna simplement le pouvoir pour se retirer dans sa terre de Prenois, et, si l'on en croit la légende, elle y fit valoir, de ses mains, deux charrues à bœufs et un troupeau de 500 moutons.

Hugue IV (1229-1272) fut un brillant che- HUGVE IV valier. 11 bataillait volontiers, et, sur cette ET L'ÉGLISE, tcrrc dc Bourgogne si fertile en croisés, nui ne se croisa plus souvent que lui. Dès le mois de juillet 1229, il partait en guerre contre Thibaut de Champagne, qui avait enlevé son tuteur, Robert d'Auvergne, archevêque de Lyon. Associé au comte de Nevers, il passa l'Armançon à Tonnerre et courut les environs de Saint- Florentin, brûlant les villes et les villages; il mit le feu au château d'Ervy, investit Chaource et peut-être aussi Barsur-Seine. Le pape Grégoire IX l'invita à ne pas « ébranler par ses discordes un royaume de bénédiction et de grâce », et il rentra dans ses États; mais il revint l'année suivante par Châtillon, et ne mit bas les armes qu'en 1234. Peu de temps après, il se dirigeait vers la Terre Sainte avec son ancien ennemi, le comte de Champagne, les comtes de Nevers et de Montfort, débarquait à Acre après une pénible traversée, et engageait contre les Musulmans, près de Gaza, un combat furieux, au cours duquel un grand nombre de ses compagnons furent pris ou tués; mais, tandis que la plupart des croisés, découragés par cet échec, s'en retour-

Le Duché de Bourgogne. chapitre

naient chez eux, il restait avec quelques chevaliers pour protéger les chrétiens qui construisaient la forteresse d'Ascalon (1240). Il prit part ensuite à la croisade d'Egypte, s'embarqua avec saint Louis à Aigues-Mortes, joua un rôle important lors de Finvestissement de Darniette et à la seconde bataille de la Mansourah (1230). S'il renonça après ces aventures aux voyages d'outre-mer, il lit encore, en 1258, un pèlerinage de plusieurs semaines à Saint-Jacques de Compostelle.

Cette foi, qui se manifestait par tant de vaillance, n'empêchait pas Hugue IV de considérer les richesses des églises comme le principal obstacle à l'accroissement du domaine. D'accord avec Pierre Meauclerc, comte de Bretagne, Hugue de Ghâtillon, comte de Saint-Pol, Hugue de Lusignan, comte d'Angoulème, il signa un violent manifeste contre « ces prélats et tous ces ecclésiastiques enrichis par l'appauvrissement des nobles, qui s'etïorçaient de leur imposer de nouveaux usages et des charges », et leur conseilla « de retourner à l'état de la primitive église » ; puis, passant des paroles aux actes, il s'associa à des moines défroqués qui pillaient les biens de l'abbaye de Cluny. Les prieurés de Vergy et de Montmirail, le domaine de Givry, le cellier et la ferme de Vosne, la ville de Paray, furent successivement envahis et mis à sac; l'église de Charolles fut dépouillée de ses calices et brûlée; à Toulon -sur-Arroux, un chevalier, qui s'était introduit dans la basilique sous prétexte d'entendre la messe, occupa l'église, le château et le cimetière. L'abbé de Cluny écrit à saint Louis :

Nous sommes opprimés par le seigneur duc de Bourgogne el par des larrons, des voleurs, des incendiaires, qui, avec sa faveur et son concours, nous molestent, nous et nos églises. Pour conclure brièvement, nous ne pouvons plus rien tirer de nos possessions, prieurés ou maisons, ou de quelque bien qui nous appartienne au duché de Bourgogne. Nos gens ne peuvent plus circuler en sûreté, parce que de ces voleurs excommuniés, de ces envahisseurs et de ces ravisseurs qui nous infestent, le duc se fait un bouclier, un manteau, une ombre.... Nous avons recours à vous, notre seul refuge après Dieu, pour nous tirer de ces embûches.

PREMIER Les Ducs capétiens .

Saint Louis ne semble pas avoir répondu SAINT LOUIS à cet appel; mais il vint fréquemment en EN BOURGOGNE. Bourgogue, attiré par la grande renommée des abbayes et leurs précieuses reliques. II assista, avec sa mère Blanche de Caslille et ses frères Robert d'Artois et Alphonse de Poitiers, au chapitre général de Cîteaux de 1243, étonnant les moines par son humilité; il visita Pontigny après la li'anslation du corps de saint Edme de Cantorbéry, s'arrêta trois fois à Vézelay, et, tandis que les religieux prenaient place dans leurs stalles, il s'assit « à terre, dans la poussière ». Lors de son entrevue avec le pape Innocent III à Cluny en 1245, il se montra au contraire dans tout l'éclat de sa puissance. II arriva, escorté par toute la famille royale et par une admirable troupe de gens de guerre, « sergents armés d'arbalètes et montés sur des coursiers richement caparaçonnés; chevaliers aux armures éclatantes revêtus du haume et du haubert, portant des boucliers ronds et des larges au col, et dont les chevaux étaient couverts de mailles de fer ».

Les populations gardèrent longtemps le souvenir du roi '< avec un visage d'ange » ; et lorsque les Pastoureaux partirent pour le délivrer des Sarrasins, les pâtres de Bourgogne se levèrent au premier appel. « D'où il advint, dit Joinville, que les Bourguignons, qu'il avait pacifiés, l'aimaient et lui obéissaient tant que je les vis venir plaider par-devant lui, pour des procès qu'ils avaient entre eux'. »

Cependant Hugue IV avait été excom- ACCRoissEMENT muuié ct l'interdit pesait sur ses États. Il ne DU DOMAINE, g'^n émut guère. Avec l'argent qu'il avait amassé, il acheta le comté d'Auxonne et obtint de Jean de Chalon qu'il lui cédât à perpétuité les parties du comté de Chalon qui lui restaient (1237). Il ne put empêcher Jean de Mâcon de vendre son comté au roi

1. Petit, Saint Louis dans l'Yonne, dans Bullelin des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, i853. Molard, Le culte de saint Louis dans l'Y'onne, daas Annuaire historique de i Yonne, 1889.

Le Duché de Bourgogne. chapitre

(1238), mais il acquit, pendant ses quarante-trois années de règne, tant de biens qu'il serait impossible de les énumércr tous. Il suffît de citer les terres de Seurre et de Laperrière sur la rive gauche de la Saône, des champs et des fermes à Villey, Villaine, Verrières, Chagny, Ghaumont près Saulieu, Izeure, Bretenières, des vignes à Beaune, Volnay, Pommard, Meursault, Chenôve '.

Tous les fruits de ce travail apparais-

noBERT H sent sous Bobert II. Gendre de saint Louis

[lîii-isoG). dont il a épousé la fille Agnès, Bobert est

fait grand chambrier de France par Plii-

Mtô^f^ ' ' lippe le Hardi, lieutenant pour le roi dans le Lyonnais par

Philippe le Bel. Il aide celui-ci à vaincre les Flamands à

Furne (1297) et à Mons-en-Pevèle (1304), et négocie pour

lui avec Boniface VIII. L'empereur Bodolphe de Habsbourg

le qualifie d' « illustre duc »; Edmond de Lancastre, fils du

roi d'Angleterre, célèbre sa magnificence; les cardinaux

romains font appel à sa sagesse et à sa prudence qui lui

assurent la première place dans le conseil royal. Sitôt avertis

de son avènement, les seigneurs bourguignons viennent lui

prêter hommage. Les barons voisins lui font visite et

recherchent son alliance. Bobert ne néglige cependant pas

d'accroître son domaine; il achète des terres à Argilly,

Faverney, Gyé-sur-Seine, Longecourt, Pontailler, Quemi-

gny, Saulx-le-Duc *.

D'après les idées du temps, le domaine

LE TESTAMENT ducal était un patrimoine de famille, qui se

DE ROBERT II partageait suivant les règles du droit privé

entre les enfants du duc défunt. « Le fils aîné

emportait la plus grande part, mais les autres, et même les

filles, recevaient leur partage. Il variait selon la volonté du

1. Liste détaillée dans Petit, o. c, t. V, p. 63-65. — M. de Charmasse évalue à 636 le nombre des acquisitions de Hugue IV [Etal de la propriélé en Bour(jogne aa moyen âge, servant d'introduction au Carhdaire de l'église d'Aulun, 1900,

p. LXIV).

2. Liste détaillée dans Petit, 0. c, t. VLp- 206-207. D'après M. de Charmasse [loc. cil.), le nombre des acquisitions de Robert II dépasse le chiffre de 25o.

PREMIER Les Ducs capétiens.

père, mais il consistait toujours en une ou plusieurs châtellenies, domaines et fîefs compris*. La concession était perpétuelle; les terres données aux frères cadets du nouveau duc étaient détachées sans retour du domaine ducal. Il n'en restait au duc que l'hommage. » Le domaine pouvait ainsi se morceler peu à peu et, au bout d'un certain temps, disparaître, entraînant dans sa ruine la puissance ducale. Robert II écarta cette possibilité. De son mariage avec Agnès de France, il avait eu six enfants : trois fils, Hugue, Eude et Louis; trois filles. Blanche, Marguerite et Jeanne 2. Par son testament du 25 mars 1298, il établit l'aîné de ses

1. Voir In dcscripUon de la cliAlellenie au chapilre suivant.

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