‹ Histoire de BourgogneChapitre 37 sur 177 · A. UX · texte numérisé non relu

A. UX

BouRGUicNoys. Bourgoguc, par voie législative, les réformes qu'ils s'efforçaient alors de faire pénétrer dans tout le royaume; ils voulurent empêcher les guerres privées et les tournois, bouleverser les monnaies à leur guise, introduire leurs officiers dans les terres des seigneurs, lever de nouveaux impôts*. Ces mesures n'étaient pas toutes contraires au bien public. Les Bourguignons n'y virent que des prétentions intolérables et une entreprise dangereuse pour leur autonomie. Les principaux barons « pour eux et les autres nobles du duché », les abbés, prieurs et doyens des chapitres pour le clergé, le « commun » de onze villes « pour toutes les villes, grandes et petites », s'unirent contre ces « novelletés et choses déraisonnables ». Une commission permanente, présidée par le sire d'Antigny, fut instituée « pour garder les marches », et il fut décidé que, chaque année, le lundi de Quasimodo, une assemblée générale se tiendrait à Dijon, pour regarder « comment l'on haura gouverné du temps passé et ce que l'on fera au temps à venir ». Les adhérents juraient sur les saints évangiles d'observer l'accord « tant comme ils vivraient ». La ligue

1. Pour l'explication de ces usages, voir le chapitre suivant.

s'affilia aux coalitions analogues formées dans les comtés d'Auxerre et de Tonnerre, le comté de Champagne et autres (novembre 1314). La royauté prit peur. Philippe le Bel mourant écrivit à Hugue V qu'il ne voulait « en rien grever ses sujets, mais les déporter et relever de toutes oppressions ». Louis X avisa le duc que, délibération prise par son grand conseil, il « avait voulu et ordonné que ses sujets fussent ramenés au point et en l'état qu'ils soûlaient être gouvernés anciennement, c'est assavoir au temps monsieur Saint Loys », et que, si l'on avait enfreint leurs coutumes, il entendait « que l'enfrainture et la nouvelleté en fussent du tout ôtées ». Les Bourguignons ne se contentèrent pas de ces promesses. Louis X dut signer une charte, où il répondait article par article à leurs réclamations : la Charte aux Bourguignons (avril-mai 1315).

Il octroyait aux nobles « les armes et les guerres » et leur permettait d'user du gage de bataille en la manière qu'ils en « ont usé et accoutumé anciennement », ce qui équivalait à reconnaître le droit de guerre privée et de tournoi; il s'engageait à ne convoquer en armes que ceux qui étaient « nûment ses hommes » et à ne point envoyer ses gens « justicier » en leurs terres, si ce n'est « pour cause de ressort ou de souveraineté ». Les monnaies rovales devaient êtrs rétablies et maintenues perpétuellement « en l'état du poids et de la loi en quoi elles étaient au temps monseigneur Saint Louis », et la fausse monnaie corrigée et punie par les nobles. Les délits commis par les officiers royaux en dehors de leur charge seraient châtiés, là où ils auraient été commis. Les officiers royaux répondaient de leurs actes sur leurs biens, ou, à défaut de leurs biens, sur leurs personnes. Les causes d'appel du duché seraient jugées selon le droit écrit et les coutumes. Le roi n'acquerrait plus jamais rien dans les fiefs des nobles et des religieux, hors de « ce qui lui pourrait venir par forfaiture ou par eschoite de lignage ». Au surplus, des commissaires partiraient pour la Bourgogne « brièvement et de plain », afin d'enquêter sur les dîmes, coutumes et usages du pays, « car, disait la

PREMIER Les Ducs capétiens.

charte, il y a plusieurs autres griefs qui ne sont pas cy spécifiés ' ».

En dépit de certaines réticences habile- LA avERFxE ment calculées -, la royauté avait cédé sur Fr,A.\cjiE-coMTÉ. tous Ics poiuts. Elle dut faire, à la mort de Louis X (1316), un autre sacrifice. Eude IV, conseillé par sa mère Agnès, s'était prononcé pour Jeanne, fille du roi défunt, contre son frère Philippe V le Long. Celui-ci réussit à se faire accepter quand même par le duc de Bourgogne qui épousa sa fille, mais, comme prix de son consentement, il lui abandonna les comtés d'Artois et de Bourgogne.

La réunion du comté de Bourgogne, qui eut lieu seulement après la mort de la comtesse Mahaut, ne se fit pas sans difficulté. Les chevaliers comtois, dirigés par Jean de Chalon-Arlay , se révoltèrent, et l'un d'eux, Thibaut de Neuchâtel, adressa à Eude IV une pi'oclamation insolente. Les villes de Salins et de Pontarlier, l'abbaye de Baumeles-Moines et plusieurs villages appartenant au domaine ducal furent incendiés. Eude convoqua à Dole « tous ses féaux, quels qu'ils fussent et où qu'ils fussent » ; il s'empara de la forteresse de Chaussin et vint mettre le siège devant Besançon. Un sanglant combat entre assiégeants et assiégés, livré dans les champs de Saint-Ferjeux (1336), n'eut pas d'effet décisif. La guerre se prolongea pendant dix ans, avec des alternatives de succès et de revers pour les Bourguignons, des maux terribles pour les Comtois. Thibaut de Neuchâtel ne se rendit qu'en 1343, et la paix fut assurée en 1348 seulement, grâce à l'intervention du roi Philippe VI, qui fit signer par Jean de Chalons et ses alliés le traité de Vincennes.

1. La Charte aux Boiiriruigaons est le résultat de deux actes, l'un en français, du mois d'avril i3i5, concernant uniquement les nobles; l'autre, général, on latin, du 17 mai suivant. On les trouvera dans le nectieil des ordonnances des rois de France de la Iroisième race, t. 1, p. 557-567, 567-573.

2. Diilayard, La réaction féodale sous les fils de Philippe le Del, dans !a Revue hislorique, t. 54-55.

A la même époque commençait la grande DEBUTS ffuerre entre la France et TAnsleterre qui

DE LA GUERRE ° 1 i- i a t

DE CEST ANS. S cst appclcc la guerre de Cent Ans . La Bourgogne prit naturellement part à la lutte. Eude IV convoqua ses vassaux à Avallon et se présenta, accompagné de mille lances, au roi Philippe VI qui « lui sut gré de ce service » ; il fut envoyé dans le Midi avec le duc de Normandie et assiégea la ville d'Aiguillon défendue par le comte de Pembroke (1346). Lorsque la guerre reprit, après l'interruption causée par la défaite de Crécy et l'intervention du pape, la duchesse Jeanne de Boulogne, régente pour son fds Philippe de Rouvres, venait de remettre à son second mari, Jean le Bon, « le bail et gouvernement de la Bourgogne ». Jean de Noyers, comte de Joigny, lieutenant général pour le roi, réunit les chevaliers bourguignons à Châtillon-sur-Seine et à Beaune, et, après les avoir passés en revue, les conduisit à l'armée royale. Ils combattirent bravement à Poitiers. Le comte de Joigny fut blessé grièvement, et plusieurs de ses compagnons furent tués, notamment Geofîroi de Gliarny, qui portait l'oriflamme et lui fit une couverture de son corps (1356). A la nouvelle du désastre, la duchesse se hâta de prendre les mesures nécessaires « à la garde et tuition du pays » ; elle nomma Etienne de Musigny gouverneur en l'absence du comte de Joigny et augmenta la garnison des places fortes situées à la lisière septentrionale du duché, Avallon, Montréal, Semur, Montbard ; mais l'arrivée de la Grande Compagnie mit le désarroi dans toute la Bourgogne.

Pendant deux ans (1359-1360), le duché LA GRANDE f^f^ jg^ ppoie dcs Anglais et des routiers. Bra-

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