‹ Histoire de BourgogneChapitre 38 sur 177 · COMPAGNIE · texte numérisé non relu

COMPAGNIE

EN BOURGOGNE, bançous , Hainuyers, Allemands, Bretons, Gascons, s'y donnèrent rendez-vous avant d'aller à Avignon « voir Monseigneur le pape et les cardinaux », parce qu'ils savaient le pays « gras » et comptaient sur l'appui de certains barons comtois. « Et là se vinrent reposer et rafraîchir en attendant l'un l'autre, dit Frois-

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PREMIER Les Ducs capétiens.

sart, et y firent moult de maux et de vilains faits; car ils avaient de leur accord aucuns chevaliers et écuyers du pays qui les menaient et conduisaient. Si se tinrent un grand temps entre Besançon, Dijon et Beaune, et robèrent tout iceluy pays, et prirent la bonne ville de Givry en Beaunois et pillèrent toute, et se tinrent là un pièce et entour Vergy. » Jean de Neuchâtel établit son quartier général à Molesme, et, de là, ravagea le Chàtillonnais, FAvallonnais, FAuxerrois. Les seigneurs bourguignons qui voulurent résister furent anéantis à Brion-sur-Ource, près de Ghâtillon (2 juillet 1359). Cependant le fameux Robert Knolles s'installait solidement au château de Régennes, et Edouard III, remontant la vallée du Serein et de l'Armançon, mettait à sac les abbayes de Chablis et de Pontigny, enlevait Tonnerre, Saint- Florentin, Noyers, Montréal, et ne s'arrêtait qu'à quelque distance de Scmur, dont les habitants créèrent à la hâte des remparts et des tours pour se protéger. Anglais et compagnons vidaient les granges et les étables, buvaient le vin dans les caves, rançonnaient les passants. La ville de Saulieu fut détruite et l'éghse de Saint-Andoche « prise et arse », Avallon et les villages voisins furent presque désertés par leurs habitants. L'abbaye de Saint-Seine, forcée de faire des dettes depuis le commencement de la guerre, déclare qu'elle sent sa fin approcher : les terres ne rapportent plus rien, tous les cultivateurs sont morts. La paix s'imposait. Philippe de Rouvres signa avec Jean de Neuchâtel le Trailé de la Chassagne (23 juillet 1359) et avec Edouard III le Traité de Guillon (10 mars 1360), par lequel << le roi de France et d'Angleterre » octroyait au duc de Bourgogne une suspension de guerre, moyennant la somme de « deux cent mille deniers d'or au mouton des pays et coin de France ». Du moins le pays était ou se croyait libéré ».

1. Sur la Grande Compagnie en Bourgogne, voir Petit, o. c, lome IX; Chéresl, L'Arcliiprèlre, 1879; Deriide, La désolation de^ églises, hôpitaux et monastères de France pendant la guerre de Cent Ans, 3 vol. in-8, iSyS-iSgg; Vernier, Le duché de Bourgogne et les compagnies dans la seconde moitié dû XIV" siècle, 19)2. Voir aussi un curieux document sur la Compagnie à Villalnc, aux Archives départ, de la Côte-d'Or, B. GGay.

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Le Ducliè de Bourgogne. chapitre premier

Les Capétiens régnaient depuis plus de VŒUVRE trois cents ans sur la Boursogne. Il semblait

DE LA DYNASTIE , . ,. ^ • p, i , , ,

CAPÉTIENNE, ^^c devaut cette grande maison ieodale dont les chefs, en devenant des administrateurs et des diplomates, n'avaient rien perdu de la vaillance de leurs ancêtres, s'ouvrît un brillant avenir. Il n'en fut rien. Les ducs avaient eu jusque-là une longévité prodigieuse et de nombreux enfants, ce qui avait contribué à assurer leur fortune. Brusquement, la source dévie se tarit, Eude IV perdit, dans un accident de cheval, son fds unique Philippe, « le plus beau bachelier de toute France » (1346). Philippe de Rouvres, son petit-fils et successeur, « qui était grand sire durement », mourut de la peste à seize ans (21 novembre 1361). La dynastie qui s'éteignait avait eu le temps d'accomplir de grandes choses. Au début, elle avait à sa tète de pauvres princes sans ressources, dépourvus d'autorité sur leurs sujets et d'indépendance vis-à-vis des rois de France, passant leur vie en prières, réduits pour vivre à s'humilier ou à voler; elle finit, grâce à beaucoup d'habileté, de prudence et de persévérance, par une lignée de puissants seigneurs, suzerains obéis et riches propriétaires, avec lesquels la royauté est obligée de compter. Elle avait reçu la Bourgogne presque à létat inorganique, ruinée matériellement et moralement par les guerres civiles et les invasions, ayant oublié dans ce désordre jusqu'aux principes d'un gouvernement régulier; elle le rendait avec des limites bien établies, un gouvernement fort de son prestige et de ses richesses, capable de faire sentir sa volonté au dedans et au dehors. Au commencement du xi'^ siècle, la Bourgogne n'était qu'une expression géographique : au commencement du xiv*^, elle était devenue une réalité vivante et agissante. C'est en suivant presque pas à pas les actions des ducs pendant trois siècles que nous avons vu comment cette transformation s'est accomplie; c'est en pénétrant aussi profondément que possible dans la vie de la société de leur temps que nous en connaîtrons tous les effets.

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