GENERAUX
DE BEAUNE. duc vBut bicu lui soumettrc. Elle s érige aussi de temps à autre en cour de justice ; mais le duc, tout en réservant toujours sa justice personnelle, (( le conseil monseigneur », transporte peu à peu les causes devant un tribunal spécial, les Jours généraux de Beaiine, qui tiennent des sessions régulières depuis 1280 environ et deviendront plus tard le Parlement de Bourgogne '.
Sans avoir la grandeur qu'elle atteindra LA VIE ^*^^^s les Valois, la cour de Bourgogne appa- DE COUP. raît, à la fin de la période capétienne, nombreuse et animée. Les domestiques y sont légion : confesseurs, pannetiers, médecins, veneurs, fauconniers, huissiers, valets de chambre et d'écurie, ménagiers, cuisiniers, nourrices. Les festins sont à la mode. Dans les comptes du xiv" siècle, il est sans cesse question d'achats de vivres : œufs, poules, vinaigre, moutarde, verjus, sucre acheté à Paris ou à Troyes en Champagne. En une seule semaine, la duchesse consomme, avec son entourage, 3 bœufs, 22 porcs, 61 moutons, 180 volailles, liOO pains, 23 muids et demi de vin. Les jours de fête, la table est chargée de coupes d'argent à couvercle d'or, de hanaps d'argent doré ornés de pierreries et d'émaux, d'aiguières d'or et d'argent, de bassins, de coupes, de pots, d'écuelles, de cuillers en métal précieux, de linges, de nappes, de serviettes. La toilette est la principale occupation des princesses de Bourgogne. Elles portent des étoffes dorées de Lucques. des robes de soie « sur champ azuré à poissons d'or », des chaperons « ouvrés de broderies à oiseaux et à écus armoriés », et se couvrent de bijoux. Lorsqu'Eude IV fait le voyage d'Avignon, il emmène plus de 400 chevaux et, en dehors des nobles qu'il a convoqués pour lui faire honneur,
1. A côté des Jours généraux apparaissent aussi, entre i3o5 et iSaS, deux autres tribunaux destinés à un certain avenir : le Tribunal de chancellerie, cliargé (ie juger les contestations relatives au sceau, et l'Auditoire des causes d'appeaux, ilont les membres appelés auditeurs prononcent en appel dans certains cas.
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DEUXIÈME Le Régime féodal.
22 officiers d'écurie, 10 de cuisine, 7 de messagerie, o de chambre, puis des clercs, des tailleurs, des brodeurs, des charretiers, des ménestrels.
Pour subvenir à ces dépenses et à celles LES OFFICIERS J^ o-ouvemement, les ducs ont besoin de
DU
DOMAixE. beaucoup d'argent. Gomme souverains, ils perçoivent les droits régaliens, c'est-à-dire le produit des amendes et de la frappe des monnaies ; comme propriétaires, ils ont les revenus de leurs terres, ce qui constitue leur principale ressource. Aussi l'exploitation du domaine est-elle soigneusement organisée. Deux officiers portant des noms différents, mais ayant des attributions identiques, le châtelain et le prévôt, en sont chargés. Ils lèvent les redevances et les amendes, recueillent les droits de banalité, entretiennent les bâtiments, font cultiver les terres, paient les employés ; à côté d'eux, les capitaines sont chargés de la défense des places, les gruyers administrent les forêts, les rivières et les étangs.
Pendant longtemps, les ducs parcoururent à cheval les clîâtellenies et les prévôtés, comptant personnellement avec leurs agents, et faisant transcrire le résultat de leurs opérations sur de petits carnets dont il est resté un modèle, le livre des comptes de Raoul, chanoine de Beaune sous Robert II. Eude IV voyant l'accroissement du domaine, se préoccupa de créer une administration financière. Des receveurs, dont la compétence s'étendait à tout le duché, furent chargés de rassembler les fonds et de les porter à la cour; ils rendaient compte devant un conseil de cinq ou six membres, présidé par le duc, ou, à son défaut, par le chancelier.
La noblesse bourguignonne forme une caste fermée, et la terre de fief lui est exclusi-
LA NOBLESSE. , ' t-> n i- i i
vement réservée. « En Bourgogne, disent les anciennes coutumes, nul ne peut tenir de (icf,
s'il n'est noble. » Les nobles sont au nombre de 450 environ.
Liés au duc par un serment de fidélité, ils lui rendent les
Le Duché de Bourgogne. chapitre
trois services ordinaires de cour, d'aide et d'ost, et rappellent « leur très cher et redouté seigneur ». Mais tous ne figurent pas sur le même rang. Le grand Cartulaire des fiefs, de la fin du xiii" siècle, distingue parmi eux les comtes, les sires et les simples nobles.
Les comtes sont : les comtes de Champagne, de Bourgogne, de Bar, de ]Nevers, d'Auxerre et de Tonnerre; mais ils ne relèvent du duc que pour une partie de leurs terres. Les sires et les simples nobles, possesseurs d'un château fort avec ses dépendances, sont beaucoup plus nombreux (il y a 162 sires et 262 nobles ordinaires) et constituent à proprement parler la noblesse bourguignonne. Aussi bien la contrée, avec ses passages qu'encadrent les montagnes, semble avoir été faite pour eux. Tout le long de la vallée de rOuche, de la Bourbince, de la Dheune, les châteaux se pressent littéralement les uns contre les autres. IMontagu, Sombernon, la Rochepot, Mont-Saint-Jean, Duesme, Rochefort, Grancey, Til-Châtel, Époisses, Mont-Saint-Vincent, Joncy, Ghassy, Suin, autant de noms qui n'ont jamais été oubliés, autant de ruines qui témoignent de l'existence d'anciennes maisons nobles.
Les chefs de ces maisons ont eux-mêmes leurs vassaux, liés à eux par des contrats dont il nous est resté de nombreux spécimens :
Mcssire Eslicnne de Musigney (Musigny), chevalier, confesse qu'il tient en fié et en omraaigc de noble homme et puissant Mons. Jaque de Gransson, seigneur de Pesmes, chevalier, sa forteresse de Berjon, ensemble toute la terre et appartenance, appartenant audit Berjon, ensemble toute justice et signoric, haute, moyenne et basse. Et en signe de ce lien, a fait foi et hommaige, de main et de bouiche, juré et promis foy ot léauté, comnîc il api)artient en tel cas. A laquelle foy et ommaigc ledit chevalier a reçu ledit Mons. Estienne comme son féaul.
En 1325, Hugue de Genlis, chevalier, fait semondre son vassal Guillaume Baudet :
Hugue, sire de Genley, à son amcy et féal Mons. Guillaume Baudet, salut : Je vous mande et parlant comme je puis, que vous soiyé le vanredi après huitaine de Pasques à Chalon, à chevaul et
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armes, bien montez et bien appareilliez, pour ma propre besogne le plus grant que je heusse onques, et en faciez tant que je vous en saiche grey. A Dieu qui vous gart. Donné le jour de Pasques floris, soz mon seaul pendant à Genlcy '.
L'unité féodale ainsi constituée est la
LES châlelienie. « Elle embrasse toutes les terres
ciiATELLEMES. appartenant et appendant à un même château
fort. Ces appartenances sont de deux sortes,
villes et fiefs, unies au centre par des liens différents. Les
villes de la chàtellenie sont toutes celles dont les habitants
« retraient » au château, c'est-à-dire viennent, en cas de
danger, abriter dans Tenceinte leur famille, leurs meubles
et leurs bestiaux. Les comptes des châtelains du xiv<= siècle
mentionnent encore les contributions que paient les paysans
des villes environnantes pour entretenir les ouvrages de
défense. A l'origine, il se peut que tous les paysans protégés
par le château appartinssent au seigneur qui l'avait bâti.
Mais par inféodation , succession ou mariage, la plupart
avaient passé à d'autres maîtres et ne conservaient avec le
propriétaire du château que ce lien de protection moyennant
redevance. Les fiefs appendant au château sont tous ceux
dont les possesseurs rendent hommage à son propriétaire.
C'est au château en effet que sont attachés la fidélité et le
service des vassaux, non à la personne ou à la famille du
seigneur. Comme ces dépendances varient peu, la chàtellenie
devient bientôt une division fixe. Elle a ses hmites marquées
par la coutume.... Elle a ses dépendances ; elle a même sa
coutume. La langue du temps en fait un corps avec un chef
et des membres -. »
Le château, qui en occupe le centre, est tout à fait semblable à celui qui se voit dans le reste de la France. Formé au début d'une simple tour, le « donjon », élevée sur un tertre et précédée d'un fossé bordé de palissades, il se développe peu à peu. Au xiii'= siècle, le donjon, devenu l'habitation du seigneur et de sa famille, est accompagné d'autres bàti-