LES INSTITUTIONS ET LA CIVILISATION DE LA BOURGOGNE AU XV^ SIÈCLE
CHARLES le Téméraire n'avait pas réussi à faire de la Boursoerne un royaume.
INSTITUTIONS. Cependant la puissance qu il détenait était une royauté sans le nom, et c'est de la sorte qu'il faut l'envisager. Aux Pays-Bas, qui avant eux possé-
1. Sources : Les mêmes qu'au chapitre précédent, et en plus : De la Barre (D. de Salle), Mémoires pour servir à l'histoire de France et de Bourgogne, contenant les Etats des maisons et officiers des ducs de Bourgogne de la dernière race, 1729. Simonnet, Documents pour l'étude des institutions de la vie privée en Bourgogne aux XIV' et XV' siècles (féodalité, clergé, servage, Juifs et Lombards), dans Mémoires de l'Académie de Dijon, 1864-1867 (intéressant à cause de l'usage fait par l'auteur des protocoles des notaires). Joseph Garnier, Chartes de commune et d'affranchissement en Bourgogne. Cliappuis, Les Corporations dijonnaises, dans Mémoires de la Société bourguignonne de géographie el d'histoire, 1906. De la Borde, Les ducs de Bourgogne. Études sur les lettres, les arts et l'industrie pendant le XV' siècle, et plus particulièrement dans le duché de Bourgogne, 3 vol. in-8, 1849-52. Prost, Inventaires mobiliers el extraits des comptes des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, t. I, 1902.
Ouvrages modernes : D. Plancher, Pirenne, Lavisse, ouvrages cités. Laraeere, Le grand conseil des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, 1900. Champeaux, Les Ordonnances des ducs de Bourgogne sur l'administration de la justice du duché, avec une introduction sur les origines du Parlement de Bourgogne, 1908 (excellent). Garnier, Introduction aux Chartes de Bourgogne (sous presse). Bougenot, Les Etats de Bourgogne depuis leur origine jusqu'à la mort de Charles le Téméraire, dans Positions de thèses de l'Ecole des Chartes, 1884. André, Recherches sur la cour ducale de Bourgogne sous Philippe le Bon, dans Positions de thèses de l'Ecole des Chartes, 1886. Richter, Die franzôsische Lilteralur am Hofe der Herzôge von Burgund, 1882. Dehaisnes, Histoire de iart dans la Flandre, l'Artois et le Hainaut avant le XV" siècle, 1886. jMonget, La Chartreuse de Dijon, t. I et IL 1898-1901. Kleinclausz, Claus Sluter et la sculpture bourguignonne au XV' siècle, 1905-, Les Peintres des ducs de Bourgogne, dans Revue de l'art ancien el moderne, 1906; Dijon el Beaune, 1908.
Le Duché de Bourgogne. chapitre
daient presque autant de constitutions que de villes, les ducs de la maison des Valois ont introduit la centralisation, en créant le Grand Conseil et le Parlement de Malines , sur le modèle de celui de Paris : Philippe le Bon a pu être appelé à juste titre le fondateur de la Belgique {conditor Belgii). Dans le duché de Bourgogne, ils ont accompli une œuvre analogue, tout en conservant le cadre des institutions capétiennes.
Le duc de Bourgogne, au xv" siècle, n'est
plus seulement un chef féodal; il est un LE DUC. ^ ^^ . , , .
monarque. Une ordonnance royale du 24 janvier 1448 lui permet de s'appeler « duc par la grâce de Dieu ». Il porte encore bien d'autres titres. Charles le Téméraire s'appelle, dans ses actes, « Charles, par la grâce de Dieu, duc de Bourgogne, de Lolhier et Brabant, de Limbourg et de Luxembourg, comte de Flandi^e, d'Artois et de Bourgogne, palatin de Hainaut, de Hollande, de Zélande et de Namur, marquis du Saint-Empire, seigneur de Frise, de Salins et de Malines ». Les insignes du pouvoir ducal, sont : un anneau d'or chargé de rubis, un manteau bleu d'azur doublé d'hermine, un cercle d'or orné de cabochons, un long bâton de commandement. Le duc a un trône recouvert d'un ciel d'or; on s'agenouille devant lui, et il reçoit sans se lever, le chapeau sur la tète. Le maître d'hôtel Olivier de la Marche décrit ainsi l'une de ses audiences :
Le duc se siet en sa chaire, richement parée de paile i et de drap d'or, et le marchepied, qui est large et de trois pas de montée, est tout couvert de tapisserie richement; et à ses pieds a un petit banc auquel sont appuyés deux maistres des requestes et l'audiencier, qui lisent les requêtes devant le duc, et aussi un secrétaire pour enregistrer les appointements; et sont iceux quatre à genoux, et derrière ledit secrétaire a un clerc qui enfile lesdites requêtes en un cordon, selon que les luy baille ledit secrétaire. Et sont les bancs ordonnés par ordre, à rencontre du passet ^, pour seoir les princes du sang, les ambassadeurs, les chevaliers de l'ordre et les grands pensionnaires par ordre; et sçait chacun où il doit aller. Et derrière