Maire
La Bouî'gogne Monarchique. chapitre
gogne qui n'ait été cotisé à grandes quantités de blés, vins et chair, partie desquels ont payé leurs taxes en espèces, les autres en argent... Il y a eu emprunts sur les plus aisés des villes, sans distinction de religion ; autres sur certaines villes et non sur les aisés, le fort portant le faible, de sorte qu'en dix ans le roi n'a levé tant de deniers sur le pays de Bourgogne qu'il n'en a été pris pour la guerre ». Un membre du Parlement, le conseiller de Vintimille, se demande, « en présence de tant de batailles, assauts, destruction de villes et villages et une perte si grande d'hommes, » si « le monde ne va pas en sa catastrophe * ».
Entre les deux invasions allemandes se LA SAIST- place la Saint-Barthélémy (26 août i572). Le BARTHELEMY, couitc dc Ghamy, Léonor Chabot, successeur de Tavanes, qui professait des opinions modérées, fut d'accord avec quelques hommes énergiques et tolérants, l'avocat autunois Pierre Jeannin, le gouverneur de Mûcon Philibert de la Guiche, pour empêcher les massacres en Bourgogne. Aux envoyés du roi, Antoine de Vienne, comte de Commarin , et le seigneur de Saint- Riran, qui lui apportaient des instructions verbales, le lieutenant général demanda « s'ils les voulaient donner par écrit et signer », et, sur leur refus, Jeannin cita la loi de l'empereur Théodose « par laquelle défenses étaient faites aux gouverneurs en l'administration de la justice, de faire exécuter tels mandements extraordinaires qui étaient contre la forme de la justice, sans attendre trente jours pendant lesquels ils convenaient à l'empereur pour avoir nouveau
1. Rossignol, Une invasion en Bourgogne en 1569, dans Mémoires de l'Académie de Dijon, i85i. Procès-verbal des dégasl, ruyne el incendie de l'abbaye de Sainl-Marlin d'Aulun par l'armée des hérétiques protestants le S juillet 1570, et Procès-verbal des dégâts et ruines causés à Se mur par l'armée du prince Casimir, dans Abord, op. cit., l. III, p. 198-194, 226-228. Note sur le passage des retires dans l'Autunois et le Charolais, dans Mémoires de la Société éduenne, 186V — Un lieutenant de Jean Casimir, le baron de Dohna, revint en 1587. Il remonta la Saône jusqu'à Chàtillou. pilla Laignes, Ravières, Ancy-le-Franc, Noyers, Vermenton, Tonnerre, l'abbaye de Regny; vaincu à Auneau et à Vimory, il s'en alla par le Maçonnais qu'il dévasta, la Bresse el la Savoie.
PREMIER La Ligue.
commandement en bonne et due forme». Mais les nouvelles de Paris, répandues dans la foule, pouvaient provoquer quelque mouvement. Ghabot-Gharny fit arrêter les principaux membres du parti réformé dijonnais et les retint jusqu'au jour où Paris ordonna de faire œuvre de pacification. Les prisonniers furent alors élargis, après avoir fait protestation, pour la plupart, de « faire état de bons catholiques et vivre selon notre ancienne mère TÉglise catholique et romaine, à peine du feu ». Le 15 septembre eut lieu « une fort belle procession en chapes et portant reliquaires somptueux pour rendre grâce à Dieu de la mort de l'amiral et ses complices ». Un seul huguenot, le sire de Trave, « gentilhomme de qualité », avait été tué. par les gens du prévôt des maréchaux et son corps jeté à la voirie, mais sa mort fut probablement l'effet d'une vengeance particuHère. La noble attitude de Chabot-Charny fut louée, de son vivant, par Philippe Guide, procureur du roi au bailliage de Ghalon-6ur-Saône :
Les petits font les grands; toi, Grande nous es un père.
D'où s'accroît ton honneur, eux auront vitupère -,
Car l'assassin meurtrier, barbare et inlîumain,
Dans ce temps misérable a sanglante sa main,
N'a touché ton troupeau, tant ton àme bénigne
A repoussé l'effort de sa fureur maligne.
Ton renom honorable à jamais en sera.
La Ligue n'eut d'abord pas plus de succès LA LIGUE que la Saint-Barthélémy. Les députés bour- EN BOURGOGNE, guignons aux États de Blois de 1577 refusèrent de signer la formule de l'union; les Etats provinciaux prièrent le roi de « se contenter de leur entière bonne volonté, sans qu'ils fussent astreints ni tenus d'entrer en association d'hommes ou d'argent » ; les Chalonnais firent cette énergique déclaration :
Toutes ligues et associations en État monarchique sont de grande
ï. Cliabot-Charny était grand écuyer de France. 2. Blâme.
< uig )
La Bourgogne Monarchique. chapitre
conséquence. II est impossible aux sujets de se liguei", sans altérer la supériorité que le roi a sur eux : qu'est un vrai crime de lèsemajesté... Que jusques à présent, Dieu grâce, le roi a éprouvé en eux la fidélité et la loyauté, dont par naturel serment, tous les bons sujets, dès leur naissance, sont obligés à Sa Majesté. Oue si sadite Majesté ne se contente de tel serment, ils sont prêts, lorsque par lettres patentes authentiques et en la forme due elle leur commandera de jurer solennellement si ils veulent vivre et mourir en la religion catholique et romaine et employer leurs vies et moyens envers tous ceux qui voudront entreprendre les y empêcher : pour la manutentions des villes, bourgs, châteaux et villages de cette province, sous l'obéissance de sadile Majesté; pour la conservation des privilèges du pays et extermination de tous ceux qui, contre les susdites ordonnances de Sa Majesté, s'ingéreront de piller, ravager et rançonner ledit pays ou se saisir d'aucunes places en icelui; mais d'entrer en autre ligue, sans plus solennelle jussion, qu'il ne leur est loisible ni possible '.
Cependant les Bourguignons se rappelaient qu'ils étaient « plus anciens et premiers chrétiens que les autres Français, lesquels ne l'avaient été que par le moyen d'une de leurs princesses mariée à Clovis », et Henri III était impopulaire parmi eux parce que, dans l'établissement des charges, il ne tenait aucun compte de la pauvreté des villes et des « calamités présentes- ». En 1580, Mayenne voulut profiter de sa situation de gouverneur de Bourgogne pour introduire de force la province dans la ligue; il fut repoussé de Chalon, d'Auxonne, de Beaune, et les États, craignant de voir venir « les ravages et rançonnements » , votèrent des subsides pour soumettre le Dauphiné rebelle; mais, dans
1. Baudouin, Hisloire du proleslanlixme..., t. II, p. 2aS-2io.
2. Au mois (le mai 1078, l'abbé de Cilcaux, Nicolas Boucherai, porta des remontrances en cour. Après avoir rappelé que les Romains, grevés de deux tailles la même année par Antoine, avaient (lemandé au Triumvir, s'il pouvait leur donner deux étés et deux automnes, deux moissons et deux vendanges, Boucherat conclut : « Or s'en faut-il beaucoup, sinon que la terre rapporte deux fois l'année en votre pays et duché de Bourgogne et que nous coupions deux fois les blés en moisson et deux fois les raisins en vendange. Ainsi au contraire, il est tout certain que le laboureur depuis six ans en ça a peu ou point recueilli, et le vigneron encore moins ven<langé. Et qui présente ce que i'un a mis en sa grange et l'autre en son cellier, tant sen faut qu'il y soit demeuré pour nourrir et entretenir sa pauvre famille. Mais il a été du tout consommé et dévoré par les gens de guerre. » {La Remonirance faite au roi le IG juillet li>78 en la ville de Rouen par Nicolax Boucherat, abbc de Cileaux, ensemble la requête présentée à S. M. et réponse faite sur icelle, Dijon, Desplanches, 1579, in-12.)
PREMIER La Ligue.
les années suivantes, le mécontentement contre le Roi alla grandissant*. Lorsque des émissaires, envoyés de Paris, demandèrent solennellement aux habitants d'adhérer à rÉdit d'union sous la formule « un même Dieu, une même foi, un même roi et une même loi », ils consentirent. Le Parlement de Dijon enregistra l'édit, le 2 août 1588. Les Dijonnais se distinguèrent de suite par leur zèle ligueur. Le 3 août, la Chambre de ville fit allumer une « folière^ » et chanter un Te Deiim; le lendemain, tous les habitants commencèrent à défiler, paroisse par paroisse, dans la grande salle de l'hôtel de ville, pour prêter le serment.
LES ÉTATS ^^^ États de Blois tenus le mois suivant,
DEBLois DE I5SS. il n'y eut pas de représentation plus ligueuse ETIENNE que celle de la Bourgogne, ni qui jouât un plus grand rôle. A l'exception de Pontus de Thyard, évêque de Chalon, qui « se raidit contre le demeurant du clergé, lequel en ses communes délibérations ne respirait que rébellion et avilissement de la majesté royale », fous les députés bourguignons se signalèrent par leur zèle catholique. L'un d'eux, Claude de Bauffremont, baron de Sennecey, fut nommé orateur de la noblesse; un autre, Bernard Cousin, échevin de Dijon, prit souvent la parole avec autorité. Nul n'acquit en ces États une renommée aussi grande qu'Etienne Bernard ^
Il naquit à Dijon, le 5 mars 1533, d'une vieille famille qui remontait à Jean Bernard, clerc des auditeurs aux causes d'appeaux de Beaune et juge de Lux sous Philippe le Bon; l'un de ses aïeux avait été secrétaire du roi. Après de fortes études, Bernard fut reçu avocat au Parlement de Bourgogne, et, dès les premières causes qu'il plaida, il se fit remarquer par sa parole facile, abondante sans prolixité, ornée sans recherches, que rendait plus séduisante
1. Weill, Les Élals de Bonrgoqne sous Henri JII, dans Mémoires de la Société bourguignonne de géographie et d'hisloire, i8ij3.