Un feu de joie
3. Simonnet, Etienne Bernard, avocat-, viconile-maïeur de Dijon, dans Mémoires de l'Académie de Dijon, i883-8/4-
La Boiu^^ogne Monarchique. chapitre
encore son visage au front large, aux traits nobles et accentués. Aux États de Blois, il s'opposa à ce que toute la branche des Bourbons fût exclue du trône, mais adhéra à la sentence rendue contre le roi de Navarre. Henri III, ayant constaté son influence sur ses collègues, le manda plusieurs fois auprès de lui; puis Bernard fut désigné par le tiers état pour prendre la parole à la séance de clôture (15 janvier 1589). Le discours qu'il prononça, tout à la louange de Tédit d'union, est plein de sous-entendus menaçants pour le roi :
Les rois et les monarques n'ont le sceptre en mains et ne sont appelés aux dignités suprêmes, sinon que pour être ministres de la gloire de Dieu, défenseurs de son nom, protecteurs de sa religion et dispensateurs de sa grâce, sur les peuples réduits en leur obéissance. Que quand le zèle de la religion, plus grand et rare en V. M. qu'en nul autre monarque du monde, vous eût excité et enflammé votre âme, par la dévotion et publication d'un édit si solennel, il faut que les politiques et catholiques de contenance, qui ne sont pas petite école en votre royaume, confessent et reconnaissent que la nécessité de vos affaires et la dignité de votre monarchie requérait que cet édit fût publié. Car, tout ainsi que la ruine d'une maison et famille particulière se peut connaître , quand , par un mauvais ménage, la concubine se veut dire femme de bien, se faire comme elle maîtresse, veut commander à son tour, et se faire respecter également par les enfants et serviteurs de la maison; de même advient-il aux royaumes bien composés, quand l'on souffre qu'une opinion fausse et nouvelle se glisse et prenne place au cerveau des sujets, pour être la diversité de la religion reconnue la source de la désolation et la perte de l'État... Or anciennement, Sire, votre France était la maison de Dieu et famille de son église en laquelle habitait cette sage et chaste maîtresse, la religion catholique, apostolique et romaine, épouse unique, sans rides et sans macules, laquelle partant, ne pouvait être bravée par l'affront, impudence et paillardise d'une opinion nouvelle... Puisque donc la nécessité, maîtresse de toutes choses, et la splendeur du royaume, requéraient que, comme en tous autres États, son principal appui et fondement fût jeté sur la religion, il faut croire que, par l'exécution entière de votre édit d'union, qui se fera d'un franc désir, les hérésies seront chassées comme les nuées se dissipent au soleil, et que, du désordre passé, la France sera aussi fleurissante entre les siens, et redoutable aux étrangers, qu'elle fut oncques '.
1. Mayer, Recueil des Etais généraux, t. XIV, p. 493-495. — Les principaux députés bourguignons aux Etats de Blois furent, avec Etienne Bernard : Edme de Malain, baron de Lux, François de Rabutin et Claude de Bauffremont pour la noblesse ; Edme de la Croix, abbé de Cîteaux, et Pontus de Thyard pour le clergé; les échevins dijonnais Cousin et Venot pour le tiers état.
PREMIER La Ligue.
LA BOURGOGNE
Les idées d'Etienne Bernard étaient celles ^^»,^r.r. d® ses compatriotes. La nouvelle du meurtre
CONTRE in- t-v
HENRI IV. des Guises causa en Bourgogne une véritable fureur. Mayenne, qui s'était hâté de regagner son gouvernement, fut reçu en triomphe. Les Dijonnais dressèrent, sur sa demande, une liste de suspects, avocats pour la plupart, qui furent emprisonnés ou chassés. Nuits, Saint-Jean-de-Losne, Beaune, Seurre, Arnay-le-Duc, Avallon, lui témoignèrent leur attachement. Les Ghalonnais expulsèrent Pontus de Thyard; les Auxerrois injurièrent Amyot, à cause de ses sympathies pour le roi. L'assassinat de Henri IIL mort « sans confession » (i*^"" août 1389), nindigna personne. En revanche, Jacques Clément fut considéré comme un religieux « de grande probité et bonne conscience », qui avait délivré son pays d'un abominable tyran, et son geste salué comme « un grand coup de la main de Dieu ». Un Conseil de l'Union, dirigé par Mayenne, fut institué à Dijon et entra aussitôt en correspondance avec les Seize. Le Parlement réuni par son Premier Président, Denis Brûlart, baron de la Borde et de Sombernon, conseiller du roi en ses conseils, enjoignit « à tous princes, seigneurs, tant ecclésiastiques que gentilshommes, officiers du Parlement et Chambre des comptes de la province, habitants des villes et communautés et plat pays, de s'unir pour la religion catholique, apostolique et romaine, et à cet effet y employer toutes leurs forces et moyens, jusqu'à leur propre vie », et leur fit « inhibition et défense de reconnaître pour roi Henri de Navarre, le favoriser et lui bailler aide en quelque manière que ce soit, directement ou indirectement, à peine d'être punis comme hérétiques et perturbateurs du repos public » (12 août 1389). Les États, réunis deux fois de suite, en août et en octobre, reconnurent le cardinal de Bourbon « pour vray et légitime roi, comme le premier prince du sang plus successorable à la couronne », et le duc de Mayenne pour lieutenant général de l'État et couronne de France. Le fameux légat pontifical, 1' « illustrissime et révérendissime père en Dieu, M. le cardinal Gajetan », vint
La Bour-gogne Monarchique. chapitre
stimuler le zèle des Dijonnais. Toutes les villes importantes de la province, Dijon, Châtillon, Semur, Autun, Chalon, Mâcon, Saulieu, Auxonne, Is-sur-Tille resserrèrent leur entente avec la Ligue parisienne. Le 15 décembre 1589, le Parlement rendit l'arrêt suivant :
La Cour, les chambres assemblées, pour donner occasion à tous les sujets de ce ressort de se maintenir en l'obéissance du Roy Charles Irès-chrestien ', dûment informée que les expéditions qui se font à présent à Paris sont scellées du grand scel sous le nom de Charles X roy de France, a ordonné et ordonne que toutes les expéditions et provisions de justice sujettes à être scellées seront cyaprès expédiées sous le nom de Charles X roy de France et scellées du grand scel lequel sera mis es mains des officiers de la chancellerie selon que cy-devant a été fait-.
Une médaille fut frappée. Elle portait à l'adroit les armes de Bourgogne entourées d'un serpent avec la devise : « Servet quam prima recepil (elle conservera la religion qu'elle a reçue la première) », au revers, une croix surmontant deux mains entrelacées, des palmes et l'inscription : Victrici fîdei (à la foi victorieuse).
11 y avait pourtant, parmi les catholiques LE PARTI bourguignons, quelques hommes auxquels ROYALISTE. ]ç. dégir dc voir triompher leur religion n'enlevait pas le juste entendement des intérêts de l'État. Les principaux d'entre eux étaient : un soldat modeste et sans ambition, Guillaume de Tavanes, fils aîné de Gaspard, qui avait combattu vaillamment aux côtés de son père à Jarnac et à Moncontour, et deux parlementaires, Bénigne Frémyot, président au Parlement de Bourgogne, Baillet de Vaugrenant, président aux requêtes. Avocat général à la Chambre des comptes pendant huit ans, Frémyot avait donné « en toutes sortes d'affaires une parfaite connaissance de son grand savoir », et son intégrité lui avait acquis « une telle créance que ses avis, ses sentiments et ses conclusions, étaient toujours la règle des