Voir les fragments cités p. 220-221, 23o-23i
La Bourgogne Monarchique. chapitre
Claude Sauraaise de Semur ('I088-I608). Par ses opuscules contre le catholicisme et ses éditions d'auteurs anciens, celui-ci continue la tradition des grands humanistes et conquiert une célébrité européenne.
Les prosateurs tiennent le premier rang; mais la Bourgogne a aussi ses poètes, Bonaventure Despériers et Pontus de Thyard. Bonaventure Despériers, d"Arnay-le-Duc (1508? -1544), séjourna d'abord à Lyon où il connut Etienne Dolet, le poète Maurice Scève et peut-être Rabelais. Devenu secrétaire de Marguerite de Navarre, il profita de ses « loisirs et liberté » pour composer de petites pièces en vers dans le genre de Marot, épigrammes, ballades, rondeaux, un écrit allégorique, le Cymbalum iniindi, des nouvelles en prose, les Nouvelles récréations et Joyeux devis. Il est le premier conteur de son temps, sinon par la nouveauté des sujets qu'il traite, du moins par sa façon de dire à la fois pittoresque et malicieuse. Pontus de Thyard, de Bissy (1521-1605), aumônier ordinaire du roi Henri IV et évêque de Chalon, fut un écrivain fécond. Évêque, il a composé des Discours philosophiques et des Homélies; ami de Ronsard, de Du Bellay cl de Scève, qu'il célèbre dans son Chant en faveur de quelques excellents poètes de ce temps, il fit partie de la Pléiade et laissa une œuvre poétique considérable. Les Erreurs amoureuses (1549-1555), recueil de sonnets et d'épigrammes, peuvent être rapprochées, malgré quelque galimatias, de V Olive de Du Bellay^.
La Renaissance artistique a également LES ARTS. rencontré en Bourgogne un de ses maîtres, HUGUES SAMBiN. Hugucs Sambiu. Né vers 1520, probablement à Talant, mort en 1602, il fut à la fois architecte, graveur, machiniste, ingénieur, écrivain d'art, sculpteur. Architecte, il a dessiné la façade du Palais de Justice de Besançon ; ingénieur, il a complété les fortifications de Dijon; écrivain d'art, il a composé un traité De la diversité
j. Aljel Jeanflet, Ponlus de Tlvjanl, 1861. Ad. Cliennevières, Bonaventare Despériers. sa vie et ses poésies, i885.
PREMIER La Li"He
des Termes dont on use en architecture, véritable mine de combinaisons à exploiter; sculpteur, il fut le chef dune école de « menuiserie » qui régna sur la Bourgogne et la Franche-Comté*. Ses disciples et lui travaillaient la pierre aussi bien que le bois ; ils faisaient grand usage des formes ornementales nouvelles, guirlandes et médaillons, pilastres chargés d'arabesques, animaux chimériques, surtout cariatides. Les Musées et les Collections privées renferment des tables, des armoires, des dressoirs de toute beauté, qui sont leur ouvrage. La verve et l'énergie qui s'y rencontrent ont permis de dire que « la Bourgogne est une de nos provinces qui, non seulement accueillirent avec le plus de faveur les idées nouvelles, mais encore contribuèrent le plus à leur assurer dans la suite un grand développement» et que Dijon « devint, comme aux siècles précédents, un centre artistique considérable, bien que resserré dans des limites assez étroites ».
L'architecture religieuse est toujours en LES PRisciPAvx honneur. Ses chefs-d'œuvre sont l'église
MONUMENTS r<-ivr-iiiT--- n
DU xvi^ SIÈCLE. Samt-Michel de Dijon, dont la magnifique façade a pu être, sans motif d'ailleurs, attribuée à Michel-Ange, et l'église de Brou près de Bourg (1506- 1532) due à l'architecte dijonnais André Colomban. Au xvi^ siècle appartiennent aussi le portail de Notre-Dame de Tonnerre, un peu lourd mais décoré d'élégantes colonnettes et de délicieuses figures empruntées à l'histoire de la Vierge ; la chapelle des Bouton à Notre-Dame de Beaune (1529-1.532) ; le chœur de l'église Saint-Nicolas à Châtillon-sur-Seine; la charmante chapelle Sainte-Croix ou des Cosquino, au cimetière d'Ancy-le-Franc, ainsi nommée de Jean le Cosquino, qui la fit bâtir sur la tombe de ses parents (1526). Cependant l'architecture civile prend une importance de plus en plus
1. Castan, L'Aichilecleur Hugues Sambin, dans Réunion des sociétés des Deaax-Aris des déparlemenls, 1890. N. Garnier. Co/i//i6(i/io;i à l'histoire de Hugues Sambin, dans Mémoires de la Société bourguignonne de géographie et d'histoire, 1891. Prost, Hugues Sambin sculpteur sur bois et architecte, dans Gazette des Beaux-Arts, 1892.
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grande. Dans les villes s'élèvent des monuments publics, comme le Palais de Justice de Dijon, construit de 1511 à 1571 par l'architecte Hugues Brouhée et les maîtres-maçons Etienne Ringuet et Philippe de Martet, ou des hôtels particuliers : la maison Milsand et l'hôtel de Rochefort à Dijon, l'hôtel de la Mare à Beaune, la maison Jaillet à Paray-le- Monial, qui sert aujourd'hui d'hôtel de ville. Dans les bourgs -et les villages, les massives forteresses féodales font place à d'élégants châteaux, décorés quelquefois par des artistes italiens et qui rappellent ceux des bords de la Loire. Tels les châteaux de Lux, de Bussy, de Jouancy, de Grandchamp, le château de Chaumont-la-Guiche, près Saint-Bonnet-de- Joux, connu par ses écuries, le château de Vallery dans l'Yonne, attribué sans preuves à Philibert Delorme, surtout Ancy-le- Franc et Tanlay.
Entrepris dès 1546 par Antoine de Clermont-Tonnerre, g-rand-maître des eaux et forêts, achevé seulement en 1622, le château d'Ancy se compose de quatre bâtiments à deux étages entourant une cour garnie d'arcades qui reposent sur des pilastres cannelés; à l'intérieur se voient de belles chambres ornées de peintures qui leur ont donné leur nom : la Salle des Empereurs romains, la Chambre de Diane, la Chambre des Arts, qui passe avec quelque raison pour l'œuvre du Primatice. Le château de Tanlay, commencé en 1559 par d'Andelot, frère de Coligny, et terminé par le surintendant des finances Particelli d'Hémeri, affecte la forme d'un parallélogramme irrégulier, ilanqué de tours rondes; il est précédé d'un petit château Louis XIII construit vers 1610».
Dans tous ces monuments, l'ornementa- , , ^„„, tion des portes, des fenêtres ouvertes dans la