‹ Histoire de BourgogneChapitre 95 sur 177 · LA BOURGOGNE SOUS HENRI IV ET LOUIS XIII (1595-1659). LA FRONDE · texte numérisé non relu

LA BOURGOGNE SOUS HENRI IV ET LOUIS XIII (1595-1659). LA FRONDE

AU lendemain des guerres de religion, la X.., „^^,.„v.«..^ Bourgogne était profondément désunie;

EN 1595. un demi-siècle de discussions politiques et de conflits armés avait créé de violentes rancunes. La situation matérielle était mauvaise. Certes, la province n'avait rien perdu de sa fertilité naturelle ni de sa vieille renommée; Ton vantait toujours la beauté de Dijon, l'antiquité d'Aulun, la fortification de Chalon, Tindustrie d'Auxerre, les vins de Beaune « dont Notre Saint-Père le

1. Sources ; Correspondance de la mairie de Dijon, t. III. Journal de Breunol, t. III. Journal de Claude Sullol, procureur an Parlement de Dijon sous les rois Henri III, Henri IV et Louis XIII (Bilil. nat.. rns. IV. ; nouv. acq., n° 3y4). Mémoire de Millolel, avocal général au Parlement, vicomte-maïeur de Dijon, des choses qui se sont passées en Bourgogne depuis 1650 jusqu'en iOôS, suivi des principales délibérations de la Chambre de ville au temps de la Fronde (i'^'^ partie), éd. Muleau, i864- Anecdotes du Parlement de Bourgogne ou Histoire secrète de celte compagnie depuis 1650, par Claude Malleste, conseiller au Parlement, suivie des principales délibérations de la Chambre de ville au temps de la Fronde (2' partie), éd. Muteau, 1868. Gaudelet, Journal des choses arrivées à Dijon de 1650 à 1659 (Bibl. mun. de Dijon, ms. 45o).

OuvnAGEs MODERNES : Dom. Plauchcr, op. cit., t. IV. Garnier, Correspondance de la mairie de Dijon, t. III, Introduction. De la Cuisine. Histoire du Parlement de Bourgogne, t. II. Naef, La Réforme en Bourgogne. Notice sur les églises réformées de la Bourgogne avant la révocation de l'édit de Nantes, vjoi. Cunisset- Carnot, L'émeute des Lanturelu à Dijon en 16.30, 1897. Thomas, La belle défense de Saint-Jean-de-Losne en 1636, 1886. Béguillet, Histoire des Deux Bourgognes sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, 1772. Mailly, L'Esprit de la Fronde, 5 vol. in-12, 1772-1778. Duc d'Aumale, Histoire des princes de Condé, t. III-V, 1886-1889. Cbéruel, Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, 4 vol., 1879-80. Moiset, La Fronde dans les pays qui forment aujourd'hui le département de l'Yonne, dans Bulletin des Sciences historiques et naturelles de l'Yonne, 1897. Feillet, La misère au temps de la Fronde, 1862.

ciiAP. DEUXIÈME La Bourgogiie sous Henri IV.

pape, monseigneur le roi et plusieurs autres avaient coutume de faire provision », d'où le proverbe : « Il n'est pain que de froment, vin que de Beaune ». Mais Fagriculture avait été ruinée par les ravages des gens de guerre et l'exode des paysans vers les villes. Avec leur population entassée dans d'étroites ruelles, celles-ci manquaient d'air et lumière; la plupart avaient contracté des dettes, pour contribuer aux dépenses de leur parti ou répondre aux exigences des soldats.

Il fallait calmer les esprits, garantir le pays contre les attaques étrangères, le laisser refaire ses forces dans la paix. Or les difficultés que Henri l'V^ rencontrait dans tout le royaume étaient particulièrement grandes en cette province de Bourgogne où il n'avait pu pénétrer quà coups de canon, après six années de résistance. Il réussit à apaiser les anciens ligueurs, sans mécontenter les royalistes, et il réalisa, dans la mesure du possible, le vœu que les Élus exprimaient à l'aurore du xviF siècle, en faisant graver sur leur médaille cette inscription : Secli melioris origo (début d'un siècle meilleur).

Le premier soin du roi fut de rétablir le MESURES DE fonctionnement de la justice, en fusionnant PAciFicATiox. Iqs, deux cours de Dijon et de Semur. Les conseillers royalistes, ayant Frémyot à leur tête et de nombreux seigneurs pour escorte, furent reçus aux portes de la capitale par Biron et ses officiers; ils furent admis à saluer le roi le même jour, et entrèrent les premiers dans la GrandChambre; puis les membres du parlement rebelle ayant prêté serment, prirent place à côté de leurs collègues. Les lettres de confiscation des biens des ligueurs furent révoquées. Henri IV ne craignit pas non plus d'accorder sa confiance à deux catholiques bourguignons dont il avait éprouvé les mérites, Etienne Bernard et le président Jeannin.

Lieutenant général au bailliage deChalon, Etienne Bernard se comporta en serviteur fidèle. Jeannin fui l'un des

La Bourgogne Monarchique. chapitre

négociateurs ordinaires de Henri IV avec les puissances étrangères; il traita avec le duc de Savoie (1601) et fit reconnaître par TEspagne l'indépendance de la Hollande (Trêve d'Anvers, 9 avril 1609). On rapporte que Henri IV le présenta à Marie de Médicis dans ces termes : « Madame, voyez-vous ce bonhomme? C'est un de ceux de mon royaume les plus attachés à mon service et le plus en état de faire le bien de mes sujets. Si Dieu dispose de moi, je vous conseille de lui donner votre confiance ». Après la retraite de Sully, Jeannin devint le personnage le plus important du royaume en matière de finances; il fit partie du conseil du roi, et s'il fut considéré parfois comme un « rêveur », ses avis ne furent pas négligés. Quand il mourut, en 1623, le Parlement de Dijon, qui lui avait gardé ses « privilèges et prérogatives », bien qu'il eût résigné sa charge depuis plus de vingt ans, ordonna un service à Saint-Bénigne « pour récompense des vertus du défunt, de ses mérites et des obligations que le public lui avait ». Ses actes diplomatiques ont été publiés en 1656 par son petit-fils, sous le titre de Négociations du président Jeannin.

Cependant la Bourgogne était restée L'ÉorT profondément catholique. Lorsque l'édit de

DE NANTES. Nautcs (13 avril 1598) accorda la liberté de conscience aux protestants de « toutes les villes et lieux du royaume et pays en l'obéissance du roi » et le libre exercice du culte partout où il se faisait publiquement « en Tannée 1596 et en l'année 1597, jusques à la fin du mois d'août », il y eut de la part des autorités provinciales une vive opposition. A Viard de Volay, président du grand conseil, que le roi avait envoyé spécialement pour présenter l'édit, le Premier Président répondit sèchement « que tous seraient disposés à effectuer le commandement de Sa Majesté, en tant que le service de Dieu et la conscience le pouvaient permettre » ; les États et la Chambre de ville de Dijon protestèrent. Henri IV ne s'embarrassa pas de ces discours. Le 12 octobre 1599 , l'échevin Legros écrit de

DEUXIÈME La Bourgogne sous Henri IV.

Fontainebleau aux Dijonnais : « Le Roi veut que i'édit soit publié. II Ta été à Rouen, à Toulouse et autres lieux; on l'a refusé en Bretagne, mais il faudra qu'il y passe. » Le 13 janvier 1600, le Parlement, menacé de lettres de jussion, enregistre I'édit après deux jours et une nuit de discussion. Le 31 mars, une commission est nommée pour assurer son application, et Henri IV annonce son arrivée à « Messieurs de Dijon « sous cette forme impérative :

•< Nous vous l'envoyons, afin de pourvoir, dans l'étendue du pays, à l'exécution et observation de notre édit et déclaration sur les précédents édits de pacification. C'est chose qui importe le repos de nos sujets. Nous voulons et vous mandons que vous ayez à le garder et entretenir dorénavant de point en point, sans aucunement y contrevenir '. »

ORGANISATION ^^^ égllscs réformécs de Bourgogne,

DU dotées d'une reconnaissance légale, s'orga-

PROTESTAN- niscnt alors librement, avec leurs conseils et leurs ministres. Elles forment la quatrième province de la France protestante, et se groupent en quatre colloques : Gex, Dijon, Chalon, Lyon. Les réformés bourguignons ont le « choix et option de plaider » devant la chambre mi-partie du parlement de Paris ou celle du parlement de Grenoble. Les principales communautés sont celles d'Is-sur-Tille, Beaune, Mâcon, Chalon, Pont-de-Veyle, Parayle-Monial, Arnay-le-Duc, Noyers, Avallon. En vertu du 25'" article secret de l'Édit de Nantes, il ne peut y avoir à Dijon « et faubourg d'icelle ville, ni quatre lieues à la ronde, autre exercice de religion que la catholique, apostolique et romaine ».

La communauté d'Is-sur-Tille est surtout célèbre. Dès l'année 1600, elle a un temple, un pasteur, et devient l'asile d'un certain nombre de réformés appartenant tant à la Champagne qu'à la Bourgogne, l'endroit où les synodes provinciaux se réunissent volontiers. De 1613 à 1682, il y eut à Is-sur-Tille sept synodes. Un ministre, sous le nom de

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