‹ Histoire de BousbecqueChapitre 10 sur 51 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Anger de Bonsbecqne accompagne à Paria la Beine Elisabeth. — n est Bommé ambassadeur de l'Empereur Rodolphe près la cour de France. — n achète la Seignenrie de Bousbecqne. — Sa mort.

La princesse Elisabeth, fille de rEmpereurMaximilien, avait à peine atteint sa seizième année, que le bruit de ses charmes et de son éducation distinguée retentissait, dans toutes les cours. Elle fixa le choix de Charles IX, roi de France, qui n'avait pas encore vingt ans, et qu'elle épousa, le 23 Octobre 1570. Le 4 Novembre suivant, elle partit de Vienne, pour la France; Auger de Bousbecque accompagnait son élève, en qualité de secrétaire de ses commandemehts, et il demeura à la cour, attaché au service de la reine, pour diriger la gestion de ses grands biens.

Charles iX mourût, le 30 Mai 1574, à Tâge de vingt-quatre ans. Henri III lui succéda et le lendemain de son sacre, il épousa, à Reims, le 15 février 1575, Louise de Lorraine.

La position de la reine Elisabeth étant devenue difficile, à la cour de France, elle prit congé du roi, et se retira à Vienne, auprès de l'empereur Maximilien son père, laissant à Auger de Bousbecque la charge de recevoir, de ses intendants, tous les revenus de ses terres, situées dans le Berry, la Marche et la Forêt, où son douaire était assigné. Auger de Bousbecque avait Tordre de distribuer aux pauvres, un tiers de ces revenus, au nom de la reine veuve.

L'Empereur Maximilien étant mort en 157G, Rodolphe II lui succéda. Quelque temps après son avènement, l'Empereur Rodolphe éleva Auger de Bousbecque au titre d'ambassadeur à la

cour de France. Sa mission était de détourner Henri III des projets que les troubles des Pays-Bas, auraient pu susciter à ce Prince, de s'emparer des Comtés de Flandre, de Zélande et de Brabant, et en même temps de Tempêcher d^envoyer des secours au duc d^Alençon son frère.

La correspondance de Rodolphe, avec son ambassadeur, mérite d'être particulièrement signalée. li'empereur le qualifie de « très noble, très fidèle et très cher, très aimé Auger de Bousbecque. » Il lui écrit : « vous pouvez compter sur la faveur

de votre empereur Nous voyons, avec bienveillance, le

soin que vous mettez à nous informer de ce qui se passe ... n (1)

Quant aux lettres d' Auger de Bousbecque à Rodolphe, Tauteur des mélanges d'histoire et de littérature en a fait le beau résumé que nous allons rappoiiier :

tt Les lettres de Busbecq à Rodolphe sont un modèle de bien écrire, pour les ambassadeurs qui rendent compte à leur maîtres, do ce qui se passe dans les cours où ils résident. C'est un portrait naturel des affaires de France, sous le règne de Henri III. Il raconte les choses, avec une naïveté si grande, qu'elles semblent se passer à nos yeux. On ne trouve pa-s ailleurs tant de faits historiques en si peu de discours. Les grands mouvements, comme les conspirations d'Anvers, et les petites intrigues de la cour y sont également bien marqués. Les attitudes dans lesquelles il met Henri III, la reine mère, le duc d'Alençon, le roi de Navarre, la reine Marguerite, le duc de Guiche, le duc d'Epemon et les autres favoris de ce temps-là, nous le montrent du côté qui nous en découvre, à coup sûr, le fort et le faible, le bon et le mauvais, n

La série de ces lettres commence en 1582, et finit le 8 Décembre 1585. La correspondance qu'il eut, après cette époque, avec la cour de Vienne, n'a pas été publiée. Les historiens rapportent, qu'à Paris, Auger de Bousbecque s'était parti-

(i) Vridius, tome 4 page 462.

culièrement lié avec la plupart des hommes savants de cette époque, qu'il' y passait son temps, entre les études littéraires et la gestion des biens de la reine Elisabeth, espérant pouvoir réaliser bientôt le rêve de ses désirs, depuis si longtemps attendu, de se retirer à Bousbecque ; « Que je voudrais, disaitil à ses amis, vivre tranquille, sur les bords de la Lys, éloigné des cours, à Tabri du tracas des affaires publiques, n'ayant d'autres relations que celles que procure le commerce des lettres !.. La destinée de Thomme, s'écriait-il encore, ne se fait pas à sa volonté, mais bien au gré du vent, qui le pousse dans la carrière de la vie. »

C'est dans ce but qu'il acheta, le 18 Décembre 1587, à son neveu, Charles de Yedeghem, Seigneur de Bousbecque, de Wieze, etc., fils de Jacques de Yedeghem et d'Agnès Ghiselin, n toute la terre et Seigneurie de Rume dit de Bousebecque, comprendant la Seigneurie temporelle et parroissiale dudit Bousbecque » moyennant « six florins de denier à Dieu, et pour le gros et principal dudit marché, la somme de six mille florins carolus, de vingt patars pièche, francq argent » à la condition d'en jouir « le cours de sa vie durant, et après son trépas retourner et appartenir au dit Seigneur de Wiege, ses hoirs ou ayans cause, et leur demeurer héritàblement et à tousjours. n (1)

Les bâtiments formant l'entrée et la partie principale actuelle de la ferme du château, présentant l'architecture de cette époque, il y a lieu de considérer comme exacts, les renseignements donnés par les biographes, qui assurent qu'Auger de Bousbecque s'était occupé « de réparations à faire à son château, qu'il pensait pouvoir habiter. »

Nous verrons que la terre de Bousbecque fut érigée en baronnie, en 1600, en considération des services signalés,

(1) Archives du département du nord. Chambre des comptes.

rendus par Auger de Bousbecque. II est probable que cette érection aurait dû être faite du vivant même de notre illustre ambassadeur, et qu'elle ne fut retardée qu'à cause des guerres, qui affligaient alors notre contrée ; car les archives de notre village contiennent plusieurs documents, des dernières années du XVI°** siècle, portant déjà la mention de » paroisse et baronnie de Bousbecque. » C'est aussi, probablement le motif qui a porté l'abbé de Foy, traducteur des lettres d' Auger, à prendre le titre de « lettres du baron de Bousbecque. »

Dans ces tempe malheureux, les habitants de nos villages, ravagés par les armées, faisaient maintes démarches, afin d'obtenir la protection des commandants militaires, ou de quelques personnages influents. Nos archives contiennent plusieurs lettres de sauve-garde, la plupart obtenues à l'aide d^onéreuses subventions ; Celle donnée par Alexandre^ duc de Parme, à la demande d'Auger de Bousbecque, doit être particulièrement citée. Elle porte cette suscription : « Messire Ogier de Bousbecque, chevalier, seigneur dudit lieu, et jadis ambassadeur en Constantinople de très-hauts, très-puissants et très-excellents princes Ferdinand et Maximilien, empereurs des Romains, de louable mémoire ; aussi conseiller de l'empereur Rodolphe second de ce nom, présentement régnant, conseiller et grand maître d'hostel de la royne Isabelle, douairiaire de France, et surintendant les affaires de la dite royne, chez le roi très-chrétien. » (1)

La reine Elisabeth étant morte, en 1592, Auger de Bousbecque régla sa succession. Il obtint alors dé l'Empereur le repos que son grand âge et ses longs services réclamaient, et il prit la route des Pays-Bas, par la Normandie. « Comme cette province estoit pleine de soldats, à cause des guerres civiles, un soir qu'il estoit logé dans le village de Cailly, y arriva, d'un chasteau voisin, une troupe de ces soldats,

(1) Archives de Bousbecque. — E. E. 1. — Nous avons donné, en 1859, à M. Rouzière, cette pièce de nos archives qui a été reproduite par un grand nombre de biographes d^ Auger de Bousbecque.

ou plustôt de voleurs, qui ayant forcé son logement, se saisirent de ses bagages et de sa personne et le jetèrent sur un cheval, pour Temmener. Se voyant traité si indignement| il protesta qu'ils violaient le droit des gens, par cet outrage, eommis en la personne d^un ambassadeur, et les obligea, par ses menaces, à le remettre en liberté, après Tayoir tenu toute la nuit, et à luy rendre tout ce qu'ils lui avaient osté. Le gouverneur de Rouen, adverti de cette insolence, luy témoigna qu'il en avait du déplaisir, par des lettres fort obligeantes et luy promit de la chastier rigoureusement ; mais cet homme, débonnaire et incapable de vengeance, le pria de modérer son ressentiment.

Connaissant que Témotion de cet accident avait grandement altéré sa santé et qu'il n'avait pas assez de force pour achever son voyage, il se fit porter à Saint Germain où ayant souffert dix-neuf jours les douleurs de la dernière maladie, avec beaucoup de patience, il expira le vingt-huitième d'Octobre de l'an 1592, âgé de 70 ans. » (1)

Son corps fut honorablement enterré dans l'église de S* Germain, et son cœur, enfermé dans une boite de plomb remplie d'arôme, fut envoyé à Bousbecque et solennellement déposé dans le tombeau de sa famille.

Le château où Auger de Bousbecque est allé mourir, à S' Germain, qui était alors la propriété de M"** la Comtesse de Maillot, n'existe plus depuis longtemps : on voit encore ses ruines, dans une prairie, près d'un moulin.

Depuis 1802, la commune de Saint Germain est réunie, pour le culte, à celle de Cailly. Il y a environ cinquante ans que l'église de Saint Germain, où fut inhumé Auger de Bousbecque, tombant en ruines, a été écrasée par le clocher qui s'effondi-a sur la nef. La pierre qui recouvrait le corps d' Auger de Bousbecque a été apportée à Cailly, et placée à l'entrée de l'église. B n'y a pas d'inscription lisible. On y voit quatre cœurs : le marbre ou le métal qui couvrait la pierre a été

(1) Académie des sciences et des arts par IsaacBullart. (1682).

enlevé. Le cimetière ayant été vendu, une maison a été élevée à Tendroit même oii se trouvait cette église.

, Quand le cœur de Thomme célèbre, qui a illustré notre village, fut amené à Bousbecque, notre pays était occupé par une grande quantité de troupes. Si nous en jugeons d'après les notes de débours faits à Toccasion « de Tenterrement du cœur de l'ambassadeur » (1) nous devons supposer que la cérémonie fut très-solennelle, et que ces funérailles auront été dignes du personnage important qui avait été également utile, à son village et à sa patrie.

Juste Lipse lui composa cette épitaphe :

In Âugeri Gislani Busbequi tristem mortem et sitam.

Augerius istic est si tus Busbecquius.

Quis ille?.. Quem virtutis et prudentiœ Habuêre carum gratiâ, ipsi Cœsares.

Hune aula eorum vidit, aula et extera Asi» tyranni. Quœ viri félicitas?..

Probavit hœc et illa ; In omni tempore, n munere omni Nestorem se prœbuit Lingua atque mente. Jam quies cum sibi Et patria hoBC spondebat, ecce sustulit Viam per ipsam miles, incertum an latro Sed sustulit, simulque sidus Belgicse Quod nunc chorœas fulget inter astricas.

J. LIPSUS MAGNO AMICO EXIGUUM MONUMENTUM

Triste mort d'Auger Ghiselin de Bousbecque et son

lieu de repos.

Ici repose Auger de Bousbecque. Quel fut cet homme?.. Sa vertu et sa prudence le firent aimer des Césars. Il brilla

(i) Archives de I^ousbecque, C. C. 38.

dans leurs cours, et jusques près du feurouche monarque d'Asie. Ce héros eut-il un sort prospère?.. Il partagea, tour à tour, la gloire et Tinfortune ; mais en tout temps et dans tous les emplois, il montra, dans ses paroles et dans ses desseins, la sagesse d'un Nestor^ Au moment où notre patrie lui promettait un repos honorable, on ne sait si c'est un soldat ou un brigand qui causa sa mort, mais il nous fut ravi, ^ sur la route même qui le conduisait dans sa retraite. En lui, la Belgique perdit cet astre qui brille encore maintenant parmi les chœurs célestes.

J. LIPSE DEDIE A SON ILLUSTBE A^a CE FAIBLE SOUVBNIB.

Luc Wingard a fait aussi Tépitaphe d'Auger de Bousbecque, en grec, et Juste Recquius Ta ainsi traduite en latin :

Busbequii aspiciens tumulum, confide viator Sta prope : non luctum posceris aut gemitum Nam quid cum lacrymis yirtuti ? Vita bonomm Ut nihil infausti, sic neque habet Lachesis.

A Taspect du tombeau qui renferme Bousbecque, Passant, ne te détourne pas, comme d'un objet funeste; Approche: Rien ne réclame ici tes pleurs ou tes soupirs; car pourrait-on pleurer sur la vertu?.. La mort des gens de bieu, comme leur vie, n'a rien qu'on puisse déplorer.

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