CHAPITRE XI
Jean de Tedeghem. — Charles François de Tedegliem. — Vente de la baronnie de Boasbecqne. — Difflcnltés qi^ l'on éprouTo ponr trouTer un achetenr. — La baronnie de Bonsbecqne acquise par César de Haynin. — Mort de Charles François de Tedeghem.
Jean de Yedeghem, comte de Watou, baron de Bousbecque, seigneur de Wieze, Bost, Meere, Cortewyle et autres lieux ; fils de Charles de Yedeghem et de Marie de Cortewyle, fut chevalier de Tordre militaire de S. Jacques, gentilhomme de la bouche de Tarchiduc Albert, grand bailly de la ville, salle et châtellenie dTpres, et commissaire au renouvellement des magistrats de Flandre.
Il avait épousé, le 11 Novembre 1612, Marie de la Viefville, dame de Northout et de Watou, en partie, fille d^Eustache, seigneur de Watou en partie, de Northout, de Villers-sire- Simon et de Steenworde, gouverneur de Toumay, et de Michelle Blondel, fille de Jacques, seigneur de Manchicourt, Cuinchy, le Prevot, etc,, capitaine et gouverneur de la dite ville de Tournay.
De ce mariage sont issus :
l"" Charles François de Yedeghem, ci-après désigné ;
2^ Michelle de Yedeghem, dame de Fiennes, de Bost, etc., qui épousa Wynand (Ferdinand) comte de Glymes, de HoUebeke et du saint empire Romain, vicomte de Jodoigne, seigneur de Neufville, Biest, Wyngaerde, Boneffé et Eblinghem ;
S"" Marie Françoise de Yedeghem, mariée à Charles Philippe
— Sodé Yedeghem, seigneur des Wastines, de Hembise, du Foulant, des Planques, etc., son oncle à la mode de Bretagne, dont postérité ;
4® et 5^ : Anne et Florence de Yedeghem, décédées sans alliance.
Jean de Yedeghem, comte de Watou, baron de Bousbecque, mourut le 8 Septembre 1640, laissant la baronnie de Bousbecque à son fils Charles François, à Texception du fief du Belcamp, du moulin, et de trois bonniers tenus de la seigneurie du Thilleul qu'il légua, indivis, entre Marie Françoise de Yedeghem, épouse de Philippe de Yedeghem, seigneur des Wastines et ses deux sœurs, Anne et Florence.
Marie Françoise de Yedeghem ayant hérité de ses deux sœurs, et devenue douairière de Philippe de Yedeghem, seigneur de Wastines, étant décédée insolvable, sa succession fut abandonnée, et Jean Duhamel, curateur de la maison mortuaire, vendit le fief du Belcamp le 12 Janvier 1683. (1)
Charles François de Yedeghem, comte de Watou, baron de Bousbecque et de Northout, seigneur de Wieze, Belle, Cortewyle, et haut justicier hériditaire de Cassel, gouverneur et bailli de la même ville et châtellenie, page de Tlnfante Isabelle, fils aîné de Jean de Yedeghem et de Marie de Cortewyle, fut commissaire au renouvellement des lois du comté de Flandre, de 1654 à 1656 et de 1665 à 1669.
Il avait épousé, en premières noces en 1643, Magdeleine Cécile Dorothée de Croy, chanoinesse de Nivelles, fille d'Eustache de Croy, seigneur de Crésèques ; et en second mariage Anne, dame de Noordscbotc et de Mélisat, fille d'Antoine, seigneur de Noordschote et d'Antoinette de Floru.
Charles François de Yedeghem ne fut pas économe. Accablé de dettes, etapparanmient pour se mettre à couvert des pour-
(1) Bibliothèque de Lille. — Jurisprudence. — Recueil de mémoires et d'arrêts. Recueil I tome 1 .
suites de ses créanciers, il iit donation, par acte du 6 Mars 164G, de la baronnie de Bousbecque (à l'exception de la part dévolue à ses sœurs), à messire Albert François de Croy, comte de Meghem, baron de Nortboir, etc., son ]beau-frère, gouverneur et capitaine général, souverain bailly, grand veneur, bailly des bois et bruyères du pays et comté de Namui*, etc.; mais le 11 Juin 1660, messire Albert François de Croy et dame Magdeleine de Gand dit Vilain, son épouse, considérant que cette donation leur est « plus onéreuse qu'advantageuse, pour les rentes affectées sur les dits biens, oultre que la dicte donnation ne peult avoir effet, sinon après le trespas dudict seigneur comte de Watou, et en deffault de lignée et de ses enfants et descendans n abandonnent les droits qu'ils pourraient avoir sur la baronnie de Bousbecque, et autorisent messire Charles François de Yedeghem à la vendre à son profit.
En conséquence, la seigneurie et baronnie de Bousbecque avec les fiefs qui en dépendent, le château, la ferme y attenante, dite censé de la Lys, contenant trente quatre bontiiers et sept cent dix verges ; une autre ferme de trente bonniers ; les bois d'une contenance de dix-huit bonniers, les rentes seigneuriales, maisons, terre, droits de chasse, de pêche et de garenne « enssamble le tiltre de baron dudit Bousbecque avec touttes justices, haulteurs et prééminences » furent vendus à messire Michel de Hangouart, chevalier, seigneur Delcourt, du Plouich, la Magdeleine, etc., député ordinaire des états de la province de Lille, Douay et Orchies.
Les conditions de cette vente sont très-intéressantes ; elle se fait ^ moyennant img pattacon de denier adieu, une pistole aux pauvres, ung francq du cent de livres parisis de carité, à despenser et disposer entre les-ditz seigneurs et dames vendeurs ou achepteurs; aux médiateurs de ce marchez à . dénommez par ledict seigneur, Comte de Watou, la somme de dix-sept-cent-vingt florins, en considération de grand nombre de voyages, faictz par eulx, de Lille à Bruxelles, Gand, Wattou, Ypres, Menin et ailleurs, et plusieurs aultres debvoirs, travaulx, vaccations et escripts durant le terme de quattre à cinq ans ; à la dicte dame comtesse de Wattou, aussy vende-
resse, pour un collier de perles, la somme de trois mille florins, en considération qu'elle se déporte de son droit de douaire, qu'elle at d'avoir sur la dicte terre de Bousbecque, et qu'elle est' venderesse de bon gré avecq ledict seigneur comte de Wattou son mary, et solidairement obligée, et qu'a moing de ce, le dict achepteur n'eust voulu entrer en ce marchez ; comme encoires pour ses bons debvoirs, travaux et offices rendues pour obtenir les modérations des droits seigneuriaulx ; Au secrétaire du dit seigneur comte de Wattou la somme de cent-et-cinquante florins. Au nottaire pour passage et treize doubles de ce marchez, la somme de cent florins, et pour le gros et principal du dict marchez la somme de soixante quatre mille florins, n (1)
Nous devons supposer que les charges et les hypothèques incombant à la baronnie de Bousbecque étaient si considérables que, même au prix relativement très-bas, de soixante-quatremille florins, auquel elle avait été vendue, messire Michel de Hangouart crut devoir profiter de certaines clauses qui lui permettaient de résilier son achat ; car une affiche, conservée aux archives départementales du Nord, annonce la yente publique, de la part de messire Charles, comte de Watou, par subhastation volontaire, au plus offrant et dernier enchérisseur « de la terre, baronnie et seigneurie de Bousbecque, avec la haute justice, moyenne et basse, droit de chasse, et toutes les hauteurs, prééminences, terres, bois, censés et rentes seigneuriales, le lundi cinq Novembre 1663, à midi, en l'hôtellerie des Trois Rois, à Lille, n
Lies amateurs manquèrent, ou bien les offres ne furent pas suffisantes; car ce ne fut que sept mois plus tard, le 9 Juin 1664, que l'acquisition en fut faite par messire César de Haynin, seigneur de Cortenbecque.
Une charte de Philippe IV, du 23 octobre 1663, considérant que Charles de Yedeghem s'est vu contraint de
(1) Archives du Département du Nord. — Chambre des comptes.
vendre la baronnie de Bousbecque, à la suite des pertes considérables quHl avait subies pendant la guerre, accorde la remise de la moitié des droits dus à Toccasion de cette vente, et par attestation du 14 Décembre 1666, le dernier baron de Bousbecque de la famille de Yedeghem reconnait avoir ^ prouffité de la quitance à luy faicte par sa majesté, de la moitié du droit seigneurial, due à sa ditte majesté, à cause de la vente qu'il a faicte, en Juin 1664, de la terre et baronnie de Bousbeke. »
Charles François de Yedeghem mourut, sans enfants, au sas de Gand, le 8 Janvier 1678, dans la plus grande pauvreté, délaissé de sa femme et de ses parents, et après avoir consommé un revenu de' soixante-mille florins de ses biens, et de quarante mille qu'il avait en emploi. Ses vassaux de Watou envoyèrent un chariot pour chercher son corps, et la tradition rapporte que tandis que le convoi passait à Ypres, se rendant à Watou, le 21 du même mois, les habitants voulurent comtempler une dernière fois, les traits de leur ancien seigneur, et qu'ils eurent pour ses restes mortels une vénération d'autant plus grande, qu'ayant ouvert le cercueil, ils trouvèrent le corps en parfait état de conservation et ne répandant aucune odeur.
n fut mis en terre, sans pompe ni cérémonie, dans le caveau de ses ancêtres ; Il laissait à peine quelques mauvais habits, pour acheter un cercueil, et beaucoup de dettes.