‹ Histoire de BousbecqueChapitre 2 sur 51 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Premian liabituiti de notre pays. — ArriTée de mieiioiuiairei pour y prêcher l^Brangfle. — Organisatien politique et looiile de la eodété. — Coaunencement de la féodalité. — Origine des paroiaees.

Nous n'avons aucune notion certaine sur les premiers habitants du territoire qui devait former plus tard la chatellenie de Lille. Nous pouvons assurer, cependant, d'après les intéressantes recherches ËEiites dans ces dernières années, que ce pays est habité depuis un temps très reculé, puisqu'il rétait déjà à Tépoque de la pierre polie. L'emploi des métaux n'étant pas encore connu, l'homme ne se servait alors, pour les besoins de la vie, que de pierres et de silex auxquels il donnait des formes diverses, selon l'usage qu'il voulait en faire. (1)

Jusqu'à présent, la science n'a pu établir d'une manière précise, quels étaient les différents peuples qui se sont suc-

(1) Les ancêtres des Lillois. -^ BtUletin scientifique du dépars tement du Nord (4874).

cédés dans notre contrée. L'obscurité qui couvre ces siècles reculés ne commence à se dissiper qu'avec la conquête de notre pays par César, 57 ans avant Jésus-Christ.

Quoique déjà très avancés dans la civilisation, nos ancêtres, à l'arrivée des Romains, n'habitaient encore qu^ des cabanes construites en bois, en terre ou en branchages et couvertes de roseaux, de gazons ou de planchettes. Ces huttes, assez spacieuses, avaient la forme d'une rudie ; elles étaient toujours isolées, et établies, de préférence, sur la lisière d'un bois ou au bord d'un ruisseau. Un motif politique les portait à construire de tels abris, c'est que, dans les guerres, ils devaient y mettre le feu pour qu'ils ne servissent pas à l'ennemi. (1)

L'habitant de ces lieux, d'une forte stature, le regard farouche, couvert d'une saie faite d'écorce d'arbres et de peaux d'animaux représentait bien le Germain-Belge décrit par César, et si nous le considérons au moment du combat, presque nu, la tête a£fublée d'une peau d'animal sauvage, maniant avec adresse le javelot, l'épée ou la lance, nous le reconni^trons parmi ces braves guerriers cités par l'écrivain conquérant: « Les plus vaillants d'entre les Gaulois. »

Plnaieurs auteurs constatent qu'aucun fait ne signale chez les habitants de notre contrée l'influence du druidisme dominant chez les Gaulois, et se fondant sur des documents que nous ne saurions accepter que sous la plus grande réserve, ils rapportent que ces peuples adoraient les héros de TEdda: Odin, dieu de la guerre, Thor, dieu du tonnerre, Tuiscon, dieu des enfers, Freya, la Vénus du Nord. Selon eux, « Odin » était particulièrement vénéré sur les bords de la Lys, et les n guerriers, marchant au combat, fiEÛsaient vœu d'envoyer à

(i) .. Sylvamm et flominum petunt propinquitates Nam etiam

iUiid vidgâre mcunioiiii ûgnum hostiimi aecÛficionun incendiiB, intelUgi...

(Commentaire» de César, liv. 4 et 8.)

i> ce dietti arbitre de la victoire, un eertain nombre de pri« I» sonniers. » (1)

D'après le père Bozelin, sons la domination romaine, le principal coite des faux dieux, à Comines, était celui de Saturne, tandis qu'à Wervicq, c'était Esculape que Ton adorait. (2) Après avoir mentionné la tradition qui signale le culte de Mars à Wervicq, Gramaye assure que l%lise Saint Martin, que Ton voyait encore dans cette ville à la fin du siècle dernier avait remplacé un temple de Mars, et qu'au XVn* siècle des gens dignes de foi attestaient encore y avoir vu sa statue armée. (3)

Les Romains avaient certainement ajouté leur idolâtrie aux superstitions des habitants de ces lieux, et élevé des temples à leurs divinités; toutefois Buzelin et Gramaye ne citant aucun titre sérieux à Tappui de ces faits, nous devons les considérer comme étant le résultat d'une imagination féconde, mais d'une vérité historique plus que douteuse.

La plupart des historiens ne signalent l'arrivée des missionnaires porteurs de la bonne nouvelle, dans notre pays, que vers la fin du III* siècle ; mais d'après les judicieuses recherches de M. J.-J. de Smetj (4) il pariût incontestable que l'évangile y avait été prêchée dès le premier siècle de l'ère chrétienne par des missionnaires dont les noms ne sont pas parvenus jusqu'à nous, et qui avaient déjà arrosé, de leurs sueurs, et peut-être de leur sang, nos régions idolâtres.

Les premiers noms bien connus que l'on rencontre dans nos annales ecclésiastiques sont ceux de S. Piat, de S. Ghrysole et de S. Eubert. Arrivé chez les Ménapiens vers l'an 287, S. Piat parcourut les campagnes des environs de Tournai, annonçant partout la divine religion de Jésus-Christ, et exhortant

(1) Histoire de Belgique par Th. Juste.

(2) Annales de Flandres.

(3) Antiquitates Flandriso.

(4) Propagation de Févangile dans la Gaulo-Belgiqne.

le peuple à rejeter le culte des idoles ; mais la dixième et dernière persécution venait d'éclater dans toutes les provinces de l'Empire Romain et sévissait dans la Gaule-Belgique. Saint Piat; tombé des premiers entre les mains des persécuteurs fut martyrisé à Tournai, selon les uns, à Seclin, selon Topinion la plus vraisemblable.

Saint Chrysole, envoyé dans les Gaules par le pape Marcellus, vers 289, s'arrêta entre FEscaut et la Lys, parcourant toute la contrée, sans souci des dangers de tous genres auxquels il était exposé. Pendant ses courses évangéliques, il résidait habituellement à Comines, où il avait construit un oratoire et un autel pour y célébrer les saints mystères et réunir les nouveaux chrétiens gagnés à Jésus-Christ. Un jour que le Saint prêchait Tévangile au peuple dans le village de Yerlinghem, auprès d'un temple d'idoles, il fut surpris et arrêté par des soldats qui, après l'avoir battu de verges, lui coupèrent le sommet de la tête. S. Chrysole ne mourût point aussitôt des suites de cette afifreuse blessure ; il revint à lui, se leva, et ramassant la partie supérieure de son crâne que les bourreaux avaient abattue, il retourna à Comines où il rendit l'âme au milieu des habitants étonnés.

Compagnon des deux premiers et peut-être d'origine franke. Saint Ëubert contribua beaucoup, vers Tan 294 à la propagation de la foi dans ces contrées, évangélisant le peuple de Tournai et des campagnes voisines. Il faisait sa résidence habituelle dans le lieu où depuis a été bâtie la ville de Lille, se trouvant ainsi à une égale distance de Seclin et de Comines où se retiraient d'ordinaire Saint Piat et Saint Chrysole. (1)

Mais par les desseins, de Dieu, qui tient dans sa main l'avenir des peuples et fait servir les fureurs des hommes à l'accomplissement de ses vues providentielles, le moment approchait où la puissance romaine, après sept cents ans

(1) Essai sur Thistoire religieuse d$ la Flandre Wallonne, par M< Th. Leuridan, p. 9,

de développements, et quatre cents ans de décadence et de crimes, allait enJBn disparaître sous Finvasion des barbares du Nord. Vers l'an 406, une horde redoutable composée en grande partie de Vandales, se précipita comme un torrent sur le territoire de la Belgique; Tournai et ses environs furent dévastés et pillés. L'an 445, Clodion, roi des Francs, prend Tournai, ruine et désole tout le pays. Après les Francs vinrent les Huns ayant à leur tête Attila qui se faisait appeler le fléau de Dieu. Notre pays fut ravagé et brûlé ; la destruction était universelle.

Les épouvantables invasions des peuples barbares mirent obstacle aux travaux apostoliques, en même temps qu'elles avaient entièrement ruiné tout le pays. Elles furent, heureusement, de courte durée. Après la conversion de Clovis, Taction régénérative de la religion s'étend de plus en plus : Sous le gouvernement du puissant ivainqueur de Tolbiac, l'œuvre apostolique se régularise, des sièges épiscopaux sont créés à Tournai, à Cambrai et à Arras avec une circonscription déterminée... C'est à compter de cette époque que notre territoire fait partie du diocèse de Tournai auquel il appartiendra jusqu'en 1802.

La société franke se composait de nobles, d'hommes libres, de serfs et d'affranchis. Parmi les serfs, les uns l'étaient par naissance, les autres par le droit de la guerre. Voués à perpétuité, eux et leurs familles à la portion de terre qui leur était assignée, ils ne pouvaient s'en éloigner sans perdre ce qu'ils possédaient, et sans être réclamés ou punis par leurs maîtres ; ils faisaient partie de sa propriété, suivaient son sort et étaient vendus ou transmis par héritage, comme elle et avec elle. Cet état de personnes se perpétua longtemps: car Lambert de Wattrelos nous apprend qu'au XIP siècle son aïeule maternelle, Kesende de Menin, d'une très noble famille de Flandre apporta avec elle, en mariage, des serfs des deux sexes, servos et ancillas.

Nous lisons encore dans un mémoire du docteur Leglay sur les archives de S. Pierre de Lille l'extrait suivant d'un

document du commencement du XIIP siècle : « Pour le salut » et la guérison de nos âmes, (pro sainte et remedjo) et Il de celles de nos prédécesseurs, moi, Bauduin, Seigneur » de Comines et Bauduin-le-Jeune, mon fils, donnons en n aumône à Féglise S. Pierre de Lille, Mabille de Koncq Il et ses cinq filles, et les proclamons franches, libres et ji quittes de toute servitude, à charge par elles et leur pos- » térité de payer à ladite église deux deniers par an et douze ji deniers à leur mort. L'an de Tincamation du Seigneur » 1209. n

On peut inférer légitimement de ce qui précède, que la servitude personnelle n'était pas encore complètement abolie dans notre contrée au commencement du Xin** siècle. Il paraît, toutefois que la condition de ces serfs était alors ' tellement adoucie, que plusieurs historiens considèrent leur position comme meilleure que celles des paysans de nos jours occupant des terres à titre de cens ou de redevances annuelles.

Le septième siècle n'était pas encore écoulé que partout s'élevaient des églises et des monastères. Au milieu des peuples barbares qu'ils venaient convertir, on avait vu les premiers apôtres de l'évangile se bâtir, une cellule et une chapelle recouverte en chaume. De nombreux et fervents néophytes vinrent s'établir autour de cette cellule et de cette chapelle, et bientôt les terres vagues et incultes des environs se transformaient, comme par enchantement en campagnes fertiles, en plaines d'un brillant aspect. C'est là, dit le docteur Leglay, le premier symbole de nos sociétés modernes; le donjon et le beffroi ne viennent qu'après.

L'œuvre civilisatrice fut souvent entravée par les invasions des barbares, et notre pays devait essuyer de nouveau les fureurs de la guerre, à la fin du IX® siècle.

Les Normands, venus des pays qui forment aujourd'hui le Danemarck, la Norwège et la Suède, s'abattaient à Tembouchore des fleuves dont ils remontaient le cours, pillaient et brûlaient les villes, les villages et surtout les églises et les

monastères, massacrant les habitants et répandant partout la désolation. Campés à Courtrai, en 881, ils vinrent à plusieurs reprises se jeter sur notre territoire qu'il? saccagèrent cruellement. Tout le pays situé sur les bords de la Lys JPat entièrement dévasté.

Les invasions normandes, qui durèrent un siècle menaçaient de replonger la Gaule du Nord dans l'état de ruine et de barbarie où elle se trouvait lors des invasions Irankes. C'est même peu dire. C'en était fait des mœurs, de la religion, de l'agriculture, des progrès intellectuels ; c'en était fait de la civilisation encore une fois, si la féodalité, forte alors comme toute institution naissante, n'avait repoussé ou du moins comprimé dans la Neustrie ces farouches agresseurs, ces étrangers sans merci et sans pitié. (1)

Prenons la féodalité dans son élément le plus simple, dit M. Guizot dans son histoire de la civilisation en Europe, dans son élément primitif, fondamental ; considérons un seul possesseur de ' fief dans son domaine ; voyons ce que sera, ce que doit faire, de tous ceux qui la composent, la petite société qui se forme autour de lui.

n s'établit dans un lieu isolé, élevé, qu'il prend soin de rendre sûr, fort ; il y construit ce qu'il appellera son château. Avec qui s'y établit-il?.. Avec sa femme, ses enfants; peutêtre quelques hommes libres qui ne sont pas devenus propriétaires, se sont attachés à sa personne, et continuent à vivre avec lui à sa table. C'est là ce qui habite dans l'intérieur du château. Tout autour, au pied, se groupe une petite population de colons, de serfs, qui cultivent les domaines du possesseur du fief. Au milieu de cette population inférieure, la religion vient planter une église ; elle y amène un prêtre. D'ordinaire, dans les premiers temps du régime féodal, ce prêtre est à la fois le chapelain du château et le curé du village ; un jour les deux caractères se sépareront ; le village aura son curé, qui habitera à côté de son église.... Voilà la société féodale élémentaire : voilà la fopnation des parois*

(1) Leglay. — Cameracum christianum.

868 auxquelles Gharlemagne assigna pour circonscription le territoire des fonds dont chaque église percevait les dîmes.

Ce ne fut qu'au XI* et au XII* siècles que les communes furent érigées avec leurs administrations civiles, et ce n'est que de cette époque que doit commencer Thistoire de nos villages; mais nous avons cru devoir exposer cet examen rapide de rétat de notre pays et des principaux faits historiques qui 7 ont eu lieu, afin que nos lecteurs, ainsi préparés, puissent suivre avec plus d'intérêt le récit des événements que nous allons rapporter.

DE

BODSBECQDE.

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