Histoire de Braine et de ses environs
raine , dont l'origine est inconnue, tient une place importante dans l'histoire par le choix que les Mérovingiens en avaient fait pour leur résidence de prédilection. Cette ville a été pour nous l'objet de beaucoup de recherches, à cause de sa haute antiquité et de l'obscurité qui enveloppe les premiers teins de son existence. Les documens les plus éloignés que nous en ayons remontent a l'invasion des Romains dans la
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Caule logique, et se trouvent dans le deuxième livre des Commentaires de Jules César, qui en parle sous le nom de Bibrax.
Il y eut bien des conjectures au sujet de cette place, et les opinions ont été très-partagées sur sa position. L'abbé Lebœuf, Dan ville, Samson et plusieurs autres écrivains, l'ont prise tour à tour pour Bièvre, Laon, Fisme et Braine. Quant :i nous, nous avons l'intime conviction que Braine seule était l'ancien Bibrax de Jules César, et pour donner plus de poids à ce que nous avançons, nous allons rapporter ici le passage des Commentaires de ce héros historien , qui nous indique la manière dont une partie de ses troupes vint à la défense de Bibrax, attaquée par les Belges : « César, après la soumission des 9 Rémois, fut informé par ces derniers et par * ses éclaireurs que les Belges marchaient en » masse sur lui ; à cette nouvelle , il se hâta de » faire passer à son armée la rivière d'Aisne, » qui est à l'extrême frontière du pays Rémois, » et il porta son camp sur l'autre rive ( rive
» gauche). Ainsi, la rivière même défendait un » côté du camp : cette position mettait à l'abri » toute la suite de César, et facilitait ses com- » munications avec le Rémois et autres pays » d'où il pouvait tirer ses vivres sans danger. » Sur cette rivière était un pont où il plaça une » garnison, laissant de l'autre côté (rive droite) » Q. Titunus Sabinus à la tète de six cohortes. »
César ajoute qu'à huit milles de son camp était la place de Bibrax , commandée par le Rémois Tccius , un des députés envoyés aux Romains au sujet de la soumission des Rémois.
Il est évident, d'après ce passage, que la rivière d'Aisne était la limite du Rémois au nord et que le camp était sur la rive gauche. Le comte Turpin de Crissé , de qui nous avons une des meilleures traductions des Commentaires de César, place dans un plan très-exact ce camp sur la rive gauche de l'Aisne.
Puisque Bibrax, comme nous Pavons dit plus haut, était à 8 milles du camp de J. César, et faisait partie du Rémois, ce ne pouvait donc
être ni Bièvre ni Laon qui étaient au delà de la rivière, dans le Vermandois, pays alors ennemi du Rémois. Resterait encore Fisme , dont la position géographique répondrait aussi bien que Braine aux distances marquées par J . César. Pour lever tous les doutes à cet égard , nous n'avons qu'à consulter l'itinéraire d'Àntonin * , qui trace ainsi un chemin romain de Therrouanne à Reims :
lier à Tarvanna Durocorlovum :
Nemelacum , Arras ;
Camaracum , Cambra y ;
Augustam Veromanduorum , Saint-Quentin;
Contra Aginnum , Condron ;
Augustam Suessonum , Soissons;
Fines, Fisme ;
Durocorlorum , Reims.
* On croit généralement que cet itinéraire fut commencé par Jules César, et terminé par Antonin-le-Pieux.
Nous voyons, d'après ce tracé, qu'il y avait entre Soissons et Reims une place du nom de Fines.
Or, Fines est incontestablement Fisme, ce qui , du reste> nous est parfaitement démontré par la similitude qui existe entre les noms de ces deux villes , et par leur même position géographique.
Il ne nous reste donc plus que Braine qui puisse être Bibrax; d'ailleurs l'analogie de ces deux noms vient encore appuyer les preuves que nous venons de donner.
Ceci posé, nous n'avons plus à parler des autres passages de notre histoire, qui ne présentent aucune incertitude; ils s'expliqueront assez bien, nous l'espérons, par eux-mêmes.
Nous préviendrons seulement que, si des digressions viennent de tems en tems entraver la marche de l'action, elles étaient nécessaires au développement des événemens arrivés dans notre pays.
Nous offrons ce livre à nos lecteurs comme
un travail consciencieux et désintéressé. C'est dans un but patriotique que nous avons entrepris cette Histoire, qui , à défaut de style , offrira du moins un aperçu presque complet de tous les faits importans qui se sont passés a Braine et dans les environs. Du reste, cet ouvrage nous a demandé beaucoup de recherches, et, à la fin du volume, nous citerons les noms de tous les chroniqueurs auxquels nous avons eu recours.
Ce que nous avons cherché avant tout , c'est de réunir des matériaux par ordre chronologique , que des hommes plus capables pourront peutêtre un jour utiliser, et si nous n'avons pas complètement réussi , nous espérons du moins trouver notre excuse dans la bonne intention que nous avons eue.