CHAPITRE XXII
obeut, lils aîné du comte Robert de Franco, premier du nom, el irAgnès, comtesse de Braine, fut d'abord surnommé le Jeune, pour le distinguer de son père. Il épousa Mabaut de Rourgognc. comtesse de Nevers et de Tonnerre. Cette dame, fille de Raimond de Bourgogne et d'Agnès de Monlpensier, avait déjà été mariée en troisièmes noces lorsqu'elle apporta le titre de comte de Nevers à Robert-le-Jeune. Cette union dura peu; car un lien de parenté prohibé força les deux époux à se séparer, bien qu'ayant déjà eu des enfans. Après son divorce, Robert épousa Yolande du' Coucy, fille aînée de Raoul I er el
130 IIISTOIIIE DE DHAINE
d'Agnès de Hainaut, sœur de la reine. A l'occasion de ce . mariage , qui fui célébré en 1181, Robert de France céda son comté de Dreux à son Ois aîné , qui fut appelé corne de Dreux. Quelques années après, quand son père mourut, Robert de Dreux eut en partage le domaine de Braine, et prit le titre de Robert II, comte de Braine, quoique sa mère vécût encore. Quand le roi Philippe-Auguste partit pour la croisade , Robert l'accompagna , et prit part , avec lui et les autres princes français, au fameux siège de Sain t-Jean-d' Acre.
Après le retour des croisés en France (1493), Philippe- Auguste, pour s'assurer une alliance dans le Nord contre l'inimitié redoutable du roi d'Angleterre, demanda en mariage Ingerburge, sœur du roi de Danemarck. Le couronnement de la jeune reine se lit à Amiens, et Robert II y assista en qualité de cousin du roi. Par quelque mystère que l'on n'a point pénétré, Philippe, en regardant sa femme, pâlit tout à coup, et se troubla tellement que ce fut à peine s'il put attendre la lin de la cérémonie. Au bout de trois mois, voulant faire casser son mariage, il convoqua un concile d'évèques de France, devant lesquels le comte de Braine et d'autres princes attestèrent par serment qu'lngerburge était proche parente de Baudouin, comte de Hainaut, dont la fille aînée avaitélé la première femme du roi. La pauvre jeune reine , présente à l'assemblée , ne comprenait rien à ce qui se disait; mais quand on le lui eut expliqué, elle s'écria, en versant des larmes : «Maie
ET I)K SES ENVIRONS
France! mule France! (méchante France!) Home! Rome! » pour faire comprendre qu'elle en appelait au pape de la décision du concile.
En -1200, Robert, craignant que la guerre ne se rallumAt entre la France et l'Angleterre, fil faire de nouvelles fortifications a son château de lirai ne, qui n'était plus en état de soutenir une défense. Celte même année, Robert fut du nombre des seigneurs présentés comme pieiges ou répondons dans un traité que Philippe-Auguste conclut avec le roi d'Angleterre. Quatre ans plus tard, lorsque Rouen, l'ancienne capitale de Guillaume-le-Conquérant, se rendit au roi de France, il fut député pour régler les articles de la capitulation. Philippe-Auguste, satisfait de l'intelligence que le comte de Draine avait apportée dans sa mission difficile, lui légua une rente perpétuelle de quatre cents livres de Provins sur l'échiquier de Caen. Plus tard, il lui donna encore, pour être tenue en foi et hommage de sa couronne, une rente de cent livres à prendre sur le môme échiquier.
Robert, dont les sentimens du cœur étaient élevés , témoigna par diverses actions combien il était désintéressé et ami du repos. Kn 1205, ayant des contestations avec les religieux d'Jgny, au sujet d'un bois qu'ils possédaient dans sa gruerie de Braine, il préféra vider ce différend en leur accordant ce qu'ils voulaient et avoir la paix. L'année suivante, il eut une affaire beaucoup plus sérieuse avec Blanche, comtesse de Champagne. Des difficultés
Kl DE SKS KNMKONS. .
nubile meurtrières, «>taiont encore, autrefois, défendues jKir des redoutes ot un second mur d'enceinte. On prétendait jadis que ce château, où tout était calculé pour le rendre formulante, communiquait avec la ville de Draine par un souterrain dis trois amis toises.
(Juatre ans après l'arrangement que RoIhm I a\ait pris avec la comtesse de Champagne, il acquit de cette dame une mopriétésiluéeprèsde^isy-sur-Ourcq, et y lit élever une nouvelle forteresse. Blanche, piquée de ce procédé, lui manda par une lettre qu'elle désapprouvait entièrement l'action qu'il venait de commettre à son égard. Robert, touché de ce reproche, alla de nouveau trouver Blanche, qui tenait sa cour à Lagny, l'assura de son attachement et de ses bonnes intentions, et prit l'engagement , par un traité signé de sa main et scellé de ses armes, que désormais il n'élèverait aucune forteresse dans le comté de Champagne (1209).
Ce seigneur, qui avait assisté à l'illustre assemblée de Melun, et qui avait combattu les Albigeois avec un courage héroïque, prit aussi une grande part à la fameuse attaque du pont de Bouvines, où son fils aîné fut fait prisonnier par les Anglais. ISous verrons plus loin combien Philippe-Auguste se montra généreux, à cette occasion, envers le comte de Draine, qu'il affectionnait particulièrement.
Robert II acheva la construction de la vaste et belle église de Saint-Yvcd de Draine, que son père et sa mère
n'avaient pu terminer; liai marri de Provins, évéque rie Soissons, en fit la dédicace * (1216).
Deux ans après cette dédicace, le comte de Braine fut atteint d'une maladie cruelle, et sentant sa lin prochaine, il voulut terminer sa vie par des actions pieuses. 11 légua > entre autres, à l'église Saint-Yved, une rente de quinze livres et demie de monnaie forte, à la condition qu'il serait pris, à chaque anniversaire de sa mort, quarante sols pour augmenter la pitance des religieux chargés de le célébrer.
11 mourut le 28 décembre 1218, regretté de tous, el son corps fut inhumé dans l'église à laquelle il venait de mettre la dernière main, au bas du sanctuaire et près du tombeau d'Agnès, sa mère. 11 lit sculpter de son vivant une tombe de bronze relevée en bosse, dont son ca,veau, sépulcral fut recouvert. On y remarquait son effigie, tenant de la main droite un lis, indiquant qu'il était de race royale, et, au dessous, une légende faisait l'éloge de sa naissance et de ses vertus.
Nul ne saurait dire quel deuil répandit sur tous ses. vassaux la mort de ce prince, regardé comme le bienfaiteur de son pays. Voici son panégyrique, fait par un auteur ancien dont le nom n'est pas parvenu jusqu'à nous :
« Robert 11 était de grand entendement, vigilant, de • bon conseil, prompt aux affaires, courageux, doué ». d'une prudence insigne et d'une force singulière; de
* Gall. christ., t. IX, p. JMiâ.
ET DE SES EN MUONS. 135
* sorte que, pour aucune aduersite que lui arriuasi, il n ne perdoit iamais sa constance , et le trauail de corps ne » le pouuoit tellement lasser, qu'il ne fust tousiours prest » a entreprend et exécuter toutes choses. »
Robert II laissa une veuve, Yolande de Coucy; quatre fils, Robert, Pierre, Henri et Jean, et sept filles , Aliénor, Ysabeau , Alix, Philipote, Agnès, Yolande et Jeanne.