CHAPITRE XXI
Philippe et Henri de Dreux.
i' Braine, et manifesta de bonne heure un jf* "I génie supérieur et de grandes qualités. Um< Quand i 1 eutatteint l'âge requis, son oncle,
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p^jjyi iiilippe de Dreux naquit au château de
Henri de France, qui lui portail une vive affection, le lit élire au siège de Beauvais. Avant de se faire sacrer, il voulut visiter la Terre-Sainte, et laissa en partant le soin de diriger l'administration de son diocèse à ses grandsvicaires (1176). Après quatre années d'absence, il revint à Beauvais, non sans avoir couru de grands dangers en Palestine, puisqu'il fut pris par les infidèles et emmené captif en Egypte, d'où il ne revint qu'après avoir racheté
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sa liberté par une rançon considérable. Il arriva assez à lems |K)ur assister, comme pair de France, au sacre de Philippe-Auguste (1 er novembre 1179).
Onze ans plus lard, il partit avec son frère Robert 11 pour la croisade, et se trouva, le 13 avril 1191 , à l'attaque de la ville d'Acre. Le roi de France et le roi d'Angleterre, qui avaient marché d'un bon accord contre les infidèles, se divisèrent bientôt. Les manières hautaines et despotiques du roi d'Angleterre envers les croisés des autres nations, et la prise de Jérusalem manquéc par sa faute, le tirent délester des soldats français, qui l'accusèrent d'avoir trahi les intérêts de la religion.
Dès que Philippe de Dreux fut de retour dans son dio* cèse, il le mit en état de défense. Ce qu'il avait vu en Palestine lui faisait prévoir une rupture prochaine entre la France et l'Angleterre. En effet, tandis que Richard, roi d'Angleterre, était captif dans les prisons d'Allemagne, Philippe-Auguste, considérant la croisade comme terminée, puisque Richard avait conclu une trêve avec Saladin, crut pouvoir entamer les possessions anglaises sans manquer à l'engagement qu'il avait contracté de ne point reprendre les armes avant la fin de l'expédition d'Orient. Il se porta immédiatement en avant, et attaqua les places fortes, dont il se rendit maître. Mais Richard, ayant obtenu sa liberté, accourut au plus vite et fondil comme un furieux sur les Français. A celle nouvelle, l'évêque de Béarnais sentit bouillonner son sang dans ses
ET 1>E SES EKYMOftS.
veines et renaitre son ardeur guerrière : il assembla à la hâte un corps de milice bourgeoise qui n'avait jamais vu l'ennemi, et marcha à leur tôle contre les Anglais. La rencontre eut bientôt lieu et le choc fut terrible. Malheureusement, le succès ne couronna pas les efforts de Philippe de Dreux, qui fut fait prisonnier par les troupes de Richard. Le chapitre de la cathédrale de Beau vais sollicita en vain la mise en liberté de son évôque, même en offrant de payer sa rançon. Henri, évêque d'Orléans, se rendit près du pape, afin d'accélérer le moment où son frère Philippe devait être libre et rétabli sur son siège épiscopal. Le pape écrivit au roi d'Angleterre une lettre par laquelle il le priait avec instance de rendre à l'Eglise son cher fils l f évêque de Beauvais. Richard, faisant présenter au pape la cuirasse de cet évêque, lui lit dire: «Reconnaissez-vous là la robe de votre tils?...» Le pape, à qui l'envoyé de Richard raconta de quelle manière l'évêque avait été pris, répondit : «Ce n'est plus ni mon fils, ni celui de l'Eglise; c'est un soldat de Mars et non de Jésus-Christ : qu'il se rachète à prix d'argent. »
Philippe de Dreux subit une longue détention, et n'obtint sa délivrance qu'après la mort- de Richard, qui arriva le 6 avril 1199, et moyennant toutefois six mille marcs d'argent pour rançon.
Outre un courage héroïque, Philippe possédait une rare vigilance. 11 entrait dans tous les détails de son administration , et s'occupait particulièrement de la partie
histoire de hiiaim;
morale , qui consista à diriger, à réprimer les abus, résoudre les difficultés el tracer des règles sûres. Quoique très-versé dans la théologie et la jurisprudence ecclésiastique, il ne se prononçait jamais sans avoir consulté les auteurs qui traitaient les matières dont il était question; quand il ne trouvait pas dans ces ouvrages les lumières nécessaires, il s'adressait au pape avec la confiance d'un disciple qui consulte son maître. Ainsi, en 1180, il eut à décider si un homme pouvait être admis à épouser en secondes noces la personne avec laquelle il avait eu des intrigues du vivant de sa première femme. Cette question lui parut tellement délicate, qu'il ne voulut point prendre sur lui de la résoudre. Il la soumit au jugement du pape 111, qui lui lit cette réponse : « Si le mari a noué » ces intrigues par la promesse d'épouser sa complice, ou » bien si celle-ci a comploté contre la vie de la première » femme, les saints canons s'opposent à ce que pareil » mariage puisse jamais être autorisé et béni par » l'Eglise *. »
Les mariages clandestins étaient alors très-fréquens. Celte plaie sociale alarmait vivement la sollicitude pastorale de l'évoque de Beauvais. 11 eût voulu, dans 1* in térôt temporel et spirituel des familles, trouver un moyen de légitimer ces mariages, de manière à empêcher ceux qui les avaient contractés de les méconnaître ensuite, a fin d'assurer ainsi le sort des enfaiis. A ce. sujet, il écri-
* LABRE, t. X, p. Util, C. 10.
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vit de nouveau au pape, et pria l'autorité pontificale de lui accorder toutes les dispenses nécessaires à cet effet. Alexandre 111 répondit aussitôt : « Nous ne voyons pas » quelle dispense nous pourrions accorder en cette ma- » lière; car si ces mariages se font d'une manière telle- » ment occulte qu'il ne se trouve aucun témoin apte à » déclarer qu'ils ont été réellement contractés, l'Eglise » n'a aucune action à exercer sur les contractans; d'un » autre côté, si les parties contractantes consentent à pu- » blier leur mariage clandestin, à moins qu'une cause » raisonnable ne s'y oppose, il faut recevoir et approu- » ver ces mariages comme si les époux venaient dès le » principe contracter leur union en présence de l'Eglise ; » il faut de plus déclarer légitimes et aptes à hériter tous * les enfans qui seraient nés de ces unions clandes- » tines *. »
Celle réponse suggéra au fils de Robert de Braine une mesure qu'il prescrivit dans son diocèse, et qui fut bientôt adoptée par tous les évôques de France. Il ordonna à tous ceux qui se seraient fait mutuellement promesse de mariage de faire publier celte promesse au prône de la messe paroissiale avant de passer outre; et, par ce moyen, il parvint à diminuer considérablement le nombre des unions clandestines. L'Eglise lui est donc redevable de celle sage et utile réforme dans les mœurs sociales.
* LAithE ,i x , p. c 17
I'2t) HISTOIHK DE DRAINE
En 1212, l'évôque Je Beauvais marcha contre les Albigeois, et combattit avec valeur. Au retour de cette campagne, il se vit obligé d'user de représailles envers Renaud, comte de Boulogne, qui vint raser la forteresse qu'il avait fait élever à Bresles. Epiant le moment favorable, qui ne larda pas à se présenter, il s'avança avec ses neveux vers Clermonl , et détruisit de fond en comble un fort appartenant au comte de Boulogne. Dès ce moment, la guerre fut allumée entre ces deux adversaires, et ne s'éteignit que dans le sang qui coula à la bataille du pont de Bouvines.
Le pape ayant appris que l'évêque de Beauvais continuait de mener une vie toule militaire, lui écrivit pour lui défendre à l'avenir de porter l'épée. Philippe de Dreux, prenant à la lettre la défense du Saint-Père, s'abstint de porter l'épéc, et se servit d'une masse d'armes garnie de pointes de fer.
En 1214, par les intrigues du comte de Boulogne, les Anglais et les Allemands se liguèrent contre la France, et s'engagèrent à l'atlaquer simultanément au nord et au midi. A cette nouvelle, Philippe-Auguste assemble sa noblesse à Soissons, et décide que la France entière se lèvera pour repousser l'agression de l'étranger. Le roi en personne, au centre de l'armée, et Philippe de Dreux, à l'aile gauche, sous la (minière de son frère llobert de Draine, marchèrent, enseignes déployées, sur le territoire ennemi. A la suite d'un combat acharné, le comte
ET DE SES EMIHOKS
de Boulogne se précipita on furieux sur le comte <le Draine, qu'il haïssait mortellement. L'évèque de Beauvais, voyant les troupes anglaises se ruer sur celles de son frère, et celles-ci tomber sous leurs coups, se jeta avec sa masse d'armes sur un de leurs chefs, Etienne Longue-Kpée, comte de Salisbury, frère naturel du roi d'Angleterre, et lui asséna sur le casque un si rude coup qu'il le terrassa. II ordonna à son vassal de le lier et de l'emmener, et continua de frapper les ennemis, qui tombèrent sous ses coups. Les Anglais, voyant une grande partie des leurs étendus sur le sol, s'enfuirent avec précipitation.
Philippe de Dreux lit son testament en 1217. 11 donna à son chapitre les dîmes qu'il possédait à Chévrières, et fil présent à l'abbaye de Saint-Germer d'une pièce de vaisselle d'or provenant de la succession de sa mère. 11 mourut la même année, et fut regretté de ses diocésains et de ses compatriotes, autant pour ses vertus civiles que pour les bienfaits qu'il ne cessa de répandre.
Nous ne comprenons pas comment des écrivains consciencieux ont pu représenter cet homme célèbre plutôt comme guerrier que comme prélat. Les principaux actes de sa vie , que nous venons de citer, donnent assurément une toute autre idée du caractère de cet évoque, qui ne marchait à la guerre que pour défendre le peuple et la religion.
Henri de Dreux, frère puîné de Philippe, naquit aussi
à Braine, et embrassa la carrière ecclésiastique, vers laquelle sa vocation l'entraînait. H fut d'abord élevé à la dignité d'archidiacre de Brabant, dans l'église de Cambrai , et obtint ensuite le siège épiscopal d'Orléans (i486). Peu de teins après, il reçut du célèbre Pierre de Blois une lettre dans laquelle il le priait d'engager Philippe- Auguste, son cousin-germain, à demander des prières au clergé de France?, plutôt que de lever des secours d'argent pour une expédition contre les Sarrasins.
Dans le voyage qu'il entreprit pour hâter la délivrance de son frère Philippe, il fut attaqué à Sienne, en Toscane, d'une maladie à laquelle il succomba ($5 avril 1198). On rendit à sa mémoire les honneurs dus à son caractère et à sa naissance. Son corps fut inhumé dans le lieu de sépulture des évôques de la ville. Agnès, sa mère, qui vivait encore, fonda, pour le repos de son aine, un service annuel dans la cathédrale de Ucims*.
' Gall.chr.,t. VIII, p. Jttfi.