CHAPITRE XXIX
Simon de Rouci.
la mon de son père, Simon de Rouci eut en partage le comté de Braine. Ce seigneur, quoique bien jeune, se faisait déjà remarquer par ses rares qualités et ses belles actions. Plus tard, en 1358, ayant acquis l'estime et la confiance de Charles, dauphin de France et régent du royaume , il fut chargé d'aller trouver le roi Jean, captif en Angleterre, afin de lui assurer que ses sujets de Champagne lui étaient toujours fidèles et dévoués. Dans le traité de Brétigny , près Chartres, qui fut conclu le 8 mai 4360, il était dit, entre autres articles, que la France devait donner pour la rançon du
HISTOIRE 1IE BRUNIC.
roi Jean, trois. millions d'écus d'or, <H laisser en otage plusieurs seigneurs choisis parmi la principale noblesse de France. Simon de Rouci, comte de Braine, fut l'un de ces otages. En 1366, il fut témoin de l'hommage rendu au roi par le sire de Noyers, et assista au siège de Rouci. L'année suivante, il fut appelé, avec le duc de Berry et plusieurs autres personnages, pour la décision d'une affaire portée au Parlement concernant l'église de Chartres. Le roi, sûr de l'intelligence et de la fidélité du comte de Braine, le nomma général, et l'envoya, dit un auteur contemporain, « pour des besognes secrètes » touchant son honneur, en certaines parties du royaume, » et lui donna 12 francs à dépenser par jour, pendant > son voyage. » Les lettres où sont relatés ces faits sont datées de Paris, le 40 janvier 1371. Dans son testament, écrit en 1374, Charles V désigna le comte de Braine comme un de ceux qui devaient prendre la régence du royaume s'il venait à mourir avant que son fils eût atteint l'âge de 14 ans. Plus tard, Simon fut choisi pour accompagner en Flandre Louis de Valois , frère du roi Charles VI. Ce fait est connu par une quittance datée de 1383 , portant que € Simon de Rouci , comte de Braine , » reconnaît avoir reçu soixante francs d'or en prêt sur » ses gages de six francs par jour, pour être et résider en » la compagnie de M. de Valois, durant son voyage en » Flandre. »
Quelques Mémoires nous rapportent que Simon lut
IIISTOIKK DK «RAINE
assiégé par les Anglais , dans son château de Rouci , où il était allé pour soutenir les intérêts du roi. Ses ennemis, redoutant sa valeur et son intrépidité, eurent recours à la trahison pour se rendre maîtres de la place, qu'ils n'osaient attaquer ouvertement.
Le comte de Rraine avait, parmi les officiers de sa maison, un chambellan, homme avare, à qui rien ne coûtait lorsqu'il s'agissait de satisfaire sa cupidité. Les Anglais, connaissant sa passion , lui proposèrent une assez forte somme d'argent, qu'il toucherait dès qu'il les aurait introduits dans le château défendu par son maître. Le chambellan , séduit par les belles promesses des Anglais, se laissa bientôt gagner. 11 consentit à tout, et fut ponctuel à exécuter son horrible perlidie. 11 introduisit les Anglais dans le château et leur livra son malheureux maître, qui n'avait cessé d'avoir des bontés pour lui.
Le comte de Braine ne resta pas long-tems au pouvoir des Anglais. Aussitôt sa délivrance il dénonça le traître, qui fut pris, conduit à Laon, et condamné à être écorché vif cl à avoir la tête tranchée. Son exécution eut lieu sur la place publique, au milieu d'un grand concours de peuple, venu de toutes parts pour assister à ce châtiment mérité.
Simon, qui avait épousé Marie de Châlillon, mourut en son château du Bois-lès-Rouci , le iS février 1392.
Sa femme ne lui survécut que quatre ans. A leur mort
F.T |)K SES ENVIRONS
ils laissèrent trois fils et deux filles. L'aîné des fils, Hugues, succéda à son père; Jean, le second, devint évêque de Laon et pair de France, et Simon fut surnommé l'Insensé. L' aînée des tilles épousa Jacques d'Enghin, seigneur de Faignoles; la seconde se maria en premières noces à Gaucher, seigneur de Nanteuil , et en secondes à Robert de Gouci, seigneur de Pinon.
Simon de Rouci et Marie de Châtillon furent enterrés l'un près de l'autre, à l'entrée de la chapelle des comtes, en l'église Saint-Yved.
Leur sépulture fut recouverte d'une tombe sur laquelle étaient gravées les armes de Rouci , d'or, au lion rampant d'azur, armé et lampassê de gueules. Leurs statues étaient en pierres dures , et couchées sur une grande table en marbre noir, élevée sur des socles en pierre. On lisait autour de cette table : « Et leur fit faire cette sépulture, » révérand père en Dieu monseigneur Jehan de Rouci , » par la grâce de Dieu évêque et duc de Laon , comte » d'Anisy, pers de France, leur fils. »
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lingue» et Jeun de Kouri.
mmkdiatement après la mort de son père, Hugues , ou Hues, en ira en possession du comté de Braine. 11 épousa Blanche de Couci, rdled'Enguerrand VI. Jeanne, reine de Navarre et duchesse d'Anjou , attaqua Hugues au sujet de son comté de Rouci qu'elle prétendait lui appartenir. Cette affaire fui portée au Parlement et suivie par la reine avec toute la vigueur possible. Le haut rang et le crédit de Jeanne effrayèrent d'abord Hugues, qui fut bientôt rassuré par les conseils do son frère, Pévêquc
«In Laon. Le jour du jugement arrivé, la reine parut au Parlement, suivie d'une cour hrillanle. L'éveque de Laon qui avait mis de son parti les ducs d'Orléans, do Bourgogne et de Berry, parut a la suite de ces princes avec son frère le comte de Braine. La déclaration du Parlement fut favorable à la cause do Hugues de Rouci , et la reine, qui avait la réputation d'aimer les procès, se retira toute confuse.
On a de Hugues une quittance du 17 février 1790, portant le sceau de ses armes, qui étaient un lion comme celles de ses aïeux. Cependant, tandis que son père vivait, il avait pris pour signe distinctif un éensson éckiqueté , formé de deux cornes de cerf. Ce prince mourut le 25 octobre 1395, et sa femme, Blanche de Couci, le \ février 1410. Leurs corps furent inhumés l'un près de l'autre dans la chapelle des comtes, en l'église Saint- Yved. Leur sépulcre fut recouvert d'un monument de toute beauté que l'évèque de Laon fit élever. Leurs statues traient couchées sur une grande table de marbre noir. Celle de Blanche était surtout remarquable par sa coiffure remplie de pierres précieuses. A en juger par la tète de cette comtesse, elle devait être jeune et belle lorsqu'elle mourut. Hugues et Blanche eurent deux fils et trois filles. L'aîné des fils, Jean, fut possesseur de la terre de Braine; le second, Hugues ou Hues, fut seigneur de Pierrepont, et mourut le 18 août 1112. L'aînée des filles, Marguerite, épousa Thomas 111, marquis de
Saluées. Elle en eut un fils qui mou ru l en lias-âge, ei qui fut inhumé au bout de la chapelle des comtes, à droite, au pied de l'autel. L'évêquede Laon lui fit élever une petite tombe en bronze d'une sculpture très-fine et très-délicate. Jeanne de Rouci, la seconde, épousa François d'Albret; et Blanche, la troisième, fut mariée à Louis de Bourbon, comte de Vendôme.
Jean ne jouit pas long-tems du comté de Braine, car il fut tué à la bataille d'Azincourt. Son corps fut rapporté et placé dans l'église Sainl-Yved , près de sa famille. Son tombeau était recouvert d'une table en marbre noir, sur laquelle il était représenté couché et armé de toutes pièces. Une inscription gravée autour de cette table rapportait le jour de sa mort et la manière dont il mourut (Anselm. , tom. 8, p. 536, 869).
Ce prince, sur lequel nous n'avons que des renseigncmens fort incertains, laissa tous ses biens à Jeanne de Rouci, sa fille unique.
Jean de Rouci, qui naquit au château de Braine, fut élu éveque de Laon au mois de juin 1386. Son nom est cité dans quelques actes du parlement de 1393 et 1410. 11 assista au concile de Reims, qui eut lieu en 1418, et mourut en 1419. Son corps fut inhumé dans l'église Saint-Yved de Braine, en la chapelle des comtes. Cet évôquc était un homme inébranlable : ni la cabale, ni le crédit ne pouvaient l'intimider lorsqu'il avait pour lui le bon droit. Doué d'un grand génie, il aimait et proté-
geail les arts; on le voit d'ailleurs par les lombes superbes qu'il fit élever dans l'église Saint-Yved de Braine , pour honorer la mémoire de ses parens.