CHAPITRE XXXVII
Braine soua le comte d Egmont.
àsimir Pigna tel li, comte d'Egmont, duc de Gueldres et de Juliers; prince de Grave et du saint-empire romain; comte de Braine et de Berlancourt ; pair du pays et du comté de Hainaut; baron de Pont-Arcy, de Wavrin, de Chèvre, de la Humaide, de Forlegin, d'Ecornaix, des deux Aubigny, d'Eperlocque , de Rumenghen et de Serignan; marquis de Renty et de Longueville; seigneur de Cerseuil, Chassemy, Vasseny, Augy, Brenelle, la Roche-le- Gomte, etc.; prince de Clèves et de l'empire; duc d'Agrigente et grand d'Espagne de première classe de la création; chevalier de la Toison-d'Or, lieutenant-général
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des armées françaises, et enlin le plus grand seigneur des Pays-Bas, descendant en ligne directe des ducs souverains de Gueldrcs , devint à la mort de sa mère héritier du comté de Braine et de biens immenses.
11 épousa, en premières noces , le 4 décembre 1750, Blanche-Alphonsine-Octavie-Marie-Françoise de Saint- Servin d'Aragon. Cette princesse étant morte sansenfans après quelque tems de mariage, le comte d'Egmont rechercha l'alliance de M 1 ' 6 de Richelieu , fille du célèbre maréchal de ce nom. Son immense fortune, sa haute naissance, sa bravoure, le firent accueillir favorablement du duc de Richelieu, qui lui accorda sa fille. Il eut de ce mariage une fille unique, Alphonsine-Louise- Félicie d'Egmont Pignatelli, qui épousa Louis de Gonzague Pignatelli de Gonzague, comte de Fuentes et prince espagnol. Le comte d'Egmont leur survécut. Ils laissèrent pour héritiers deux fils, dont nous parlerons bientôt.
Le comte d'Egmont fit au château de Braine et à celui de la Folie beaucoup de réparations et d'embellissemens, qui firent de ces châteaux des séjours dignes de leurs hôtes.
En 1775, époque fatale où le prix du blé croissait sans cesse par la machination d'accapareurs réalisant les secrètes conditions d'un pacte de famine, le comte d'Egmont augmenta le salaire des ouvriers et fil des distributions aux pauvres. En celle année, le blé coûtait 250
livres le muid de Soissons, et on vit des attroupemens séditieux parcourant les campagnes et forçant les fermiers , sous peine d'être pendus , à livrer leur froment au prix de 2 livres le pichet. A Cuiry-Housse, la maréchaussée atteignit une bande de 400 vagabonds qui s'étaient rassemblés dans les environs de Braine. Commandés par un soldat, ces malheureux contraignaient les fermiers à porter leurs grains au marché de Braine, et à le vendre 4 livres l'essein.
Ou arrêta les quatre principaux meneurs de cette bande et on les conduisit à Soissons. Là, ils furent jugés par le prévôt des marchands, qui en condamna deux au gibet, le troisième au pilori, et le dernier au bannissement. La sentence fut exécutée sur-le-champ, et les autres turbulens, effrayés, rentrèrent dans le devoir. Par un édit qui venait de paraître, on devait condamner à mort et sans appel tout individu faisant partie d'un attroupement quelconque.
Une bonne récolte qui suivit ces troubles, et la diminution du prix des céréales, firent disparaître la disette. Cependant le germe de la révolution française, qui grandissait depuis bien des années , apporta de l'embarras dans les finances. Pour y remédier, on ordonna, par un édit du mois de juin 1787 , la formation d'une assemblée provinciale dans chaque généralité. Ces assemblées avaient pour but de faire la répartition des impôts votés par les notables. Le développement de ces causes n'ap-
partenant pas à celte histoire, nous nous bornerons à dire que le comte d'Egmont, jouissant d'une haute considération dans le Soissonnais, fut élu président de rassemblée provinciale de la généralité de Soissons. Les abbés de Saint-Yved de Braine firent aussi partie de cette assemblée, qui se réunit pour la première lois le 47 novembre 1787.
Lors des élections des députés aux états-généraux, qui curent lieu à Soissons , les 19 et 20 mars 1789, le nom du comte d'Egmont Pignatelli, grand d'Espagne, comte do Braine , sortit de l'urne pour représenter la noblesse. Le comte d'Egmont, présida aussi plusieurs fois l'assemblée nationale, et s'y lit môme remarquer par ses principes sages et modérés. Cependant, malgré la générosité de sessentimens, il vit avec déplaisir l'abolition de tous les droits seigneuriaux , votée dans la fameuse nuit du 4 août 1789. On assure qu'après avoir voté il s'écria : « Eh bien! il ne nous reste plus qu'à manger avec nos » gens! »
Depuis la fondation de leur communauté, les religieuses de Braine avaient oublié insensiblement les obligations qui leur étaient imposées : ne se rappelant plus qu'elles n'étaient que les dépositaires des biens attachés à leur couvent, elles en disposaient à leur gré. Cette conduite mécontentait depuis long-tems les nabi tans de Braine. L'époque de 1790 étant arrivée, ils crurent le moment favorable pour faire cesser ces abus.
KT DE SKS ENVIRONS
Kn conséquence, ils adressèrent une demande au comité ecclésiastique de l'Assemblée nationale, dans laquelle, après un exposé des motifs, se trouvent les conclusions suivantes :
« Les maire, officiers municipaux et les repré-
» sentans de la commune sollicitent auprès de vous, » Messieurs , et de l'Assemblée nationale , l'exécution des » titres de l'établissement de l'hôpital ou Hôtel-Dieu et » de la maladrerie fondés , dès avant le douzième siècle, » dans la ville de B rai no; la restitution des biens-fonds » qui formaient le patrimoine des pauvres et la dotation » de ces deux fondations, si dignes de la piété de nos » aïeux et de la protection de nos législateurs; ensemble »> celle des fruits et revenus qui en ont été perçus de- » puis l'époque qu'il vous plaira fixer et déterminer; la » propriété et jouissance des biens qui ont été acquis • et économisés , avec les revenus annuels, ou l'exécution » de la fondation de l'entretien de six lits dans un hôpi- « tal pour y recevoir, nourrir et soigner six malades; et » s'il est nécessaire de justifier de l'état de ces biens, qui » dépendaient desdits hôpital et maladrerie, la déclara- » tion exacte en sera prise sur les titres les plus anciens, » des quels biens jouissent encore aujourd'hui, les supé- » Heures et religieusesdudit couvent et communauté qui, » dans tous les actes de justice et les baux, les ont tou- » jours désignés comme dépendans de l'hôpital et de la » maladrerie. »
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Celle demande parut si bien fondée que, lors de la soumission pour la vente des biens nationaux, ceux qui étaient possédés par les religieuses de Braine n'y furent pas compris; au contraire, la municipalité fit des réserves pour les faire restituer à qui de droit.
L'hôpital Saint-Antoine de Braine était un des plus anciens du Valois, et contenait ordinairement six lits. On y admettait indistinctement les passans, les indigens, les vieillards, les orphelins et les malades : ces derniers occupaient toujours un endroit séparé. On y recevait aussi, pour une pension très-modique ou pour une somme une fois payée, les personnes auxquelles il était impossible de tenir ménage; dans ce cas, il y avait une autre salle avec des lits supplémentaires.
L'époque des croisades arrivée, l'hôpital de Braine ne suffisait plus : le nombre des pèlerins était si grand qu'on se vit forcé d'établir cette maladrerie dont nous avons déjà parlé. Ces deux établissemens furent dotés par les seigneurs de Braine..
S'il était actuellement possible d'établir des hôpitaux dans les endroits les plus peuplés d'un canton, comme à Braine par exemple, ce serait fort utile et d'un grand secours pour les malades pauvres, que l'on est obligé de transporter quelquefois à six ou sept lieues de distance. Nous sommes persuadés que des personnes riches et bienfaisantes s'empresseraient, comme on le faisait autrefois, de faire des dons à ces établissemens, dès
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qu'une occasion favorable se présenterait d'exercer leur charité.
Afin de ne rien omettre de ce que nous savons au sujet du couvent de Notre-Dame, jetons un coup-d'œil rétrospectif sur notre récit.
La sœur de l'évêque de Soissons , M m « de Bourlon , qui en était la supérieure depuis long-tems, ayant atteint l'âge de 85 ans, demanda une coadjutrice pour soulager sa vieillesse. On choisit, pour remplir ces fonctions, la dame Nicolle*Elisabeth Gilbert des Voisins, religieuse de Trainel. La mort de M"* de Bourlon étant arrivée, sa coadjutrice la remplaça le 46 octobre 1738. Marie-Françoise de Broglie, sœur du maréchal de ce nom , succéda à la dame Gilbert des Voisins le 2 juin de Pannée suivante. Ce fut elle qui fit bâtir l'église du monastère, que l'on voyait encore en 1837. La fondatrice de l'église Notre-Dame mourut en 1743, et fut remplacée la môme année par Anne-Thérèse Le Métayer de la Hayele-Comte. Cette dernière, qui n'occupa cet emploi que pendant trois ans, eut pour successeur M"* d'Espaux, religieuse de Longprez, à qui l'on accorda le privilège de porter la croix pectorale > ainsi qu'à ses successeurs. L'abbé Carlier dit de cette dame , dans son Histoire du du» ché de Valois y que cette distinction lui fit d'autant plus d'honneur, qu'elle ne la devait qu'aux suffrages de sa communauté et à l'estime publique.
A sa mort, on choisit pour la remplacer Charlotte
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Jacqueline Deslions, lille d'Adolphe Deslions, seigneur d'Espaux et d'Antoinette Potlier. Lors de la destruction des couvens, cette dame se retira, avec six autres religieuses, à Limé, où elle mourut âgée de 84 ans, le 10 fructidor an 11 de la république.
Revenons au comte d'Egmont. Ce prince, dont la générosité était inépuisable, fit élever à ses frais l'hôtel-deville de Braine. Les travaux n'en étaient pas encore terminés lorsque les grandes agitations de la révolution française se tirent sentir. Voulant soutenir les privilèges de la noblesse, dont il était un des membres les plus influcns,i) mon ta à la tribune de l'Assemblée nationale pour chercher, par son éloquence, à empêcher l'adoption du décret qui abolissait la noblesse. Ainsi que bien d'autres, il échoua dans sa tentative, et fut forcé par la suite de passer à l'étranger (1794). Arrivé à Coblentz, il fut choisi par le prince de Condé pour commander les émigrés , qui s'y trouvaient rassemblés en grand nombre. Il se retira ensuite à Brunswick-YVolfenbutel, pour y vivre des revenus des grandes propriétés qu'il possédait encore à l'étranger. Ses richesses lui permirent de satisfaire à ses sentimens de générosité; sa bourse, toujours ouverte à ses compagnons d'infortune, fut d'un grand secours à ces nobles proscrits, habitués naguère à vivre dans l'opulence.
Après dixans d'exil ,lecomted'Egmont décéda à Brunswick le 1 er décembre 1801. Les biens qu'il possédait
à Braine, et qui avaient été confisqués en vertu des lois sur l'émigration, furent vendus, à l'exception d'un parc magnifique entouré de murs et quelques autres propriétés adjacentes. Le château de Braine , ce château qui avait abrité tant d'illustres têtes, fut entièrement démoli et rasé, après avoir subi les ravages d'un incendie. 11 n'en reste plus aujourd'hui que les fondations. Ses superbes jardins, qui avaient été dessinés par Le Nôtre, furent convertis en prairies.
En mourant, le comte d'Kgmont laissa pour héritiers ses deux petits-fils : Alphonse-Louis-Philippe-Gonzague Pignatelli de Gonzague, comte de Fuentes et d'Egmont, et Casimir-LouiS-Gonzague-Marie-Alphonse-Armand Pignatelli de Gonzague, marquis de Mora. Tous deux conservèrent leur qualité de princes espagnols; ils moururent très-jeunes et sans postérité, le premier en 1807 et le second en 1809. Le comte de Fuentes et d'Egmont , quoique privé de tous ses biens situés en France et vivant éloigné de Braine, donna à cette ville une marque de souvenir, en léguant à l'église une rente perpétuelle de trois cents francs.
La succession des princes Pignatelli et d'Egmont fut recueillie du côté paternel par plusieurs héritiers espagnols, et du eùlé maternel par le duc de Luynes et de Ghevreuse,et par la duchesse Mathieu de Montmorency , *a sœur.
Le parc de Braine et les autres biens du même endroit