‹ Histoire de Braine et de ses environsChapitre 40 sur 63 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Henri- Robert de I» Marrk .

Baron de Sérignan et due de Bouillon.

la mort de Charles-Robert, Henri , son tils aîné, eut en partage le comté de Braine, et fut nommé, comme son père, capitaine des Cent-Suisses de la garde du roi. 11 forma,

en 1616, du vivant de son père , la compagnie des arquebusiers de Braine, par des lettres datées du 6 juin, que Louis XIII confirma par des lettres-patentes signées à Paris au mois de février 1624, avec les droits, prérogatives et exemptions dont jouissaient alors les compagnies des villes voisines.

Autrefois, pendant la paix, le peuple français s'oecu-

186 HISTOIRE DE IJRAI.NF,

paît généralement d'exercices propres à enlrelenir et à stimuler l'ardeur guerrière. Sous les rois des deux premières races, c'étaient des parties de chasse et des joules au Champ-de-Mars; sous ceux de la troisième , les tournois et autres exercices dangereux leur succédèrent. Mais depuis le jour du fatal tournoi où Henri II perdit la vie, ces jeux Turent proscrits, et les jeux d'arc et d'arquebuse les remplacèrent : le jeu d'arc, qui était le plus ancien, fut favorisé par Henri 111. Les compagnies avaient pour patron saint Sébastien. Le Soi sson nais était en quelque sorte le berceau de ce jeu , à cause des reliques de ce saint , qui sont déposées à la Ferté-Milon et à Saint- Médard de Soissons. L'abbé de cette dernière église était le président-né de toutes les compagnies établies dans le royaume. Ces compagnies étaient composées d'un certain nombre de gens habiles à manier l'arc, et qui prenaient le nom de chevaliers. Celui qui abattait d'un coup de flèche un oiseau attaché au bout d'une longue perçhe était nommé chef, ou roi. L'usage de nommer rois les chefs de certaines associations datait du règne de Charles VI. H y avait en ce tems un roi des merciers, un roi des violons, un roi des ribauds , un roi de la bazoche, etc. Nos rois favorisaient ceux qui faisaient partie de ces compagnies en les exemptant de Ja taille, des subsides et d'impositions de toute espèce, excepté de celles qu'on levait pour le rétablissement des fortifications en tems rie guerre.

ET 1>E SES EKVIKONS

Le jeu de l'arquebuse eut bientôt la préférence sur le jeu de l'arc, qui fut abandonné au peuple et relégué dans les faubourgs. Les compagnies de l'arquebuse , formées primitivement dans un but utile, se réunirent plus tard pour se livrer à des exercices de pur amusement. Chaque compagnie avait des jeux particuliers et des jeux publics. Les membres ou chevaliers se rendaient , lorsqu'ils le jugeaient convenable, à la salle de leurs réunions ou à celle du jeu d'arc, pour tirer sur une carte attachée à un but. Chaque ville proposait un prix à tour de rôle, et tous Jes chevaliers de la môme province y concouraient : c'est ce qu'on appelait les jeux publics. Au jour indiqué, chaque compagnie, précédée de son capitaine, arrivait au rendez-vous avec un pompeux appareil et en uniforme. Il y avait aussi des signes distinctifs qui indiquaient la ville d'où l'on sortait et le sobriquet des ha bilans. La compagnie de Soissons avait à sa té te un homme qu'on avait dressé à contrefaire le bailleur, c'est-à-dire qu'il avait l'attitude d'un désœuvré; celle de Neuilly-Saint-Front était précédée par un homme qui faisait le fou et semait du sable; la compagnie de Crépy faisait porter un cochon dans une cage; ce qui donna lieu au dicton : « les cochons de Crépy ; » celle de Braiue avait un corbeau (on dit aussi les corbeaux de B raine). La compagnie de la Ferté-Milon avait un pietnard, oiseau dont elle porta le sobriquet, et que l'on ne rencontrait guère que dans la forêt de Retz. Ces trois dernières compagnies', Me Crépy,

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de la Fcrlé-Milon et de Braine ont toujours été les plus distinguées de la province du Valois *. Ces jeux furent défendus en 1735, à cause des dépenses énormes auxquelles ils entraînaient, et qui ruinèrent plusieurs familles ambitieuses de soutenir un vain faste.

En 4626, on reprit le projet, tant de fois formé et interrompu , de rendre navigable la rivière de Vesle , depuis Reims jusqu'à son embouchure dans l'Aisne. François 1 er avait senti l'utilité de l'entreprise, et résolut de la mettre à exécution. Des travaux furent commencés; mais ils furent interrompus par la mort de ce monarque. Son fils, Henri 11, donna aux riverains de la Vesle tous les moyens nécessaires pour arriver à leur but. En 4558, une commission fut établie, par lettres-patentes, pour visiter cette rivière et s'assurer si elle pouvait être rendue navigable. Un rapport favorable ayant été fait par cette commission, les travaux furent immédiatement commencés, et l'on rendit, en quelques années, la communication de cette rivière libre depuis Reims jusqu'à son embouchure. Un canal , dont on voyait encore les traces il y a peu d'années, fut creusé depuis la Vesle, à l'est de Braine, pour aller se jeter dans l'Aisne, à l'ouest. On construisit sur ce canal, près de la porte de Reims, un beau pont d'une seule arche, qui le traversait, et sous lequel devaient passer tous les bateaux. (Les restes de ce pont furent démolis vers 4834.) Ces travaux étaient diri-

* Carl , Hist. du Duch. de Valois, liv. vu.

gés par les comtes de Braine, de Sillery, et le cardinal de Lorraine, archevêque de Reims.

On ne connaît pas précisément en quelle année ces travaux furent achevés; mais des lettres-patentes de Henri 111 , qu'il adressait au lieutenant-général de Reims, font connaître que la Vesle était navigable en juin 1578. D'après l'événement que nous allons rapporter, on voit que, pendant un certain tems, les habitans de Reims, de Fisme, de Braine et de tous les pays riverains de la Vesle profitaient des avantages de cette navigation; et qu'en outre les comtes de Braine percevaient un tribut des bateaux qui passaient sous le pont de cette ville :

Extrait d'un ancien journal conservé à Braine :

« Le 5 octobre 1585, un bateau chargé de morue est » passé devant Braine sur ladite rivière; le bateau avait - été arrêté et saisi à Braine par Robert Brillart, sergent, » à la requête du procureur fiscal , pour ne vouloir payer <• les droits de péage dus au comte de Braine. Ce bateau » avait pour conducteur Martin Huon, batelier; Guyon » Lecoq, facteur pour Jean Gillet, commissaire de ladite • navigation. Les marchands étaient de Reims, et se » nommaient Nicolas d'Origny et Nicolas Bignicourt; le- »dit Lecoq s'est opposé à ladite saisie; et néanmoins, » pour assurance desdits droits de péage, ont, été consi-

IÎH)

IJISTOIHF. I»K UKA1M'.

>• gnées six livres entre les mains de Pierre Marc, mar- »• eband à Braine. »

Les désastres de la guerre dont le pays fut bientôt désolé empêchèrent l'entretien du canal de Braine. Dans l'espace de douze à quinze ans, il fut presque comblé, et l'on lut forcé de faire de nouveau des travaux considérables pour le rétablir. Les noms des officiers nommés pour la visite et le rétablissement de la navigation de la Vesle se trouvent dans un procès-verbal du lieutenant-général, daté du 23 avril 1598, et conservé à Reims.

L'année suivante (1599) , il fut résolu de mettre la Vesle dans l'état où on l'avait vue en 1560, lorsqu'il arrivait à Reims des bâtimens par eau des villes de Paris , de Rouen et autres. A cet effet, Henri IV, étant à Blois, fit expédier, le 1 er septembre, une commission par laquelle il nomma des députés qui devaient se transporter sur les lieux, et se faire présenter les projets, états et dépenses nécessaires au rétablissement du commerce de la Vesle, et pour dresser un devis des travaux à faire et des matériaux à fournir. Cette commission du rot fut connue par une copie signifiée aux religieux de Saint-Yved de Braine, le 25 octobre 1603, par Guinard , sergent de Reims et de la rivière de Vesle.

Il résulte encore d'un procès-verbal dressé la même année (27 septembre 1599), par Thomas Cauchon, conseiller du roi, trésorier-général de France, principal commissaire et député pour le rétablissement de la navi-

KT l»R SES KNVIUONS.

galion de la Vcsle, qu'on assembla les principaux nabi tans de Reims, afin d'avoir leur avis et leur assentiment sur la manière la plus convenable de rendre de nouveau la Vesle navigable. On choisit les plus éclairés de ces habilans pour former une commission, qui fut chargée de visiter les bords de cette rivière, et de faire l'expertise et l'évaluation des travaux nécessaires. La visite dura onze jours , et le plan fut levé par le nommé Jacques Sellier.

Ne connaissant pas au juste l'issue de cette entreprise , on présume, par quelques circonstances, que cette rivière fut redressée, autant que possible, en plusieurs endroits, et porta bateau depuis 1604 jusqu'en 1619, époque à laquelle on reprit l'ancien plan de navigation qui suivait le lit naturel de la rivière. En 1623, on fut obligé de former plusieurs talus de terre afin d'exhausser et d'affermir le rivage, qui s'affaissait du côté de Braine. Trois ans plus tard, le 13 août 1626, on fit dans cette ville le mesurage des terres prises depuis la porte de Reims jusque près d'une tour située à la porte de Vailly, pour élever les talus du canal neuf de la Vesle, que Ton venait de rendre encore navigable.

Les particuliers à qui appartenaient ces propriétés présentèrent leurs requêtes aux députés de par le roi au fait de la navigation de la rivière de Vesle, pour être remboursés du prix de leurs terres.

Les droits du péage sur la Vcsle , depuis Reims jusqu'au

lieu appelé Morte-Fosse, près le Mont-Notre-Dame, furent établis en vertu d'un traité. avec le roi, et appartinrent à un sieur Rufin, qui était chargé de l'entretien des chemins de halage.

D'après un autre traité l'ait la même année (1626), entre Henri-Robert de la Marck et le même sieur Rufin, celui-ci percevait encore, aux mêmes conditions que pour l'autre partie de la rivière, le droit de péage depuis Morte-Fosse jusqu'à son embouchure dans l'Aisne. Ces droits de perception passèrent du sieur Rufin au sieur de Courcelles, et de celui-ci à Philippe Paris, secrétaire de la chambre du roi. De nouvelles lettres du roi et du comte de Braine confirmèrent le sieur Paris dans son entreprise. Les lettres du comte de Braine, datées du 1 er décembre 1633, portent que ledit Paris pourra se servir du canal abandonné depuis quatorze ans; qu'il pourra élargir et rétrécir la rivière, aplanir les buttes, couper les arbres nuisibles à la navigation, faire les écluses nécessaires pendant vingt-cinq ans à partir de la date du contrat. D'habiles ouvriers, sous la direction du sieur Paris, exécutèrent les travaux avec un soin particulier. Un entre autres, le sieur Cosnier, chargé de la partie des écluses, les fit si simples et si commodes, que deux hommes pouvaient facilement les ouvrir.

D'après le traité dont nous venons de parler, le sieur Paris devait payer au comte de Braine , pendant lesdites vingt-cinq années, 60 sols pour chaque bateau de 8 à 10

toises de longueur, et 30 sols pour ceux d'une moindre dimension; toutefois les bateaux vides nelaient assujettis à aucun droit. Le duc de Bouillon se réserva encore les droits de transit sur les marchandises qui étaient dans lesdits bateaux, ainsi qu'il les percevait quand ces sortes de marchandises passaient par terre. Le comte de Braine Ut ratifier ce traité par le roi.

Plus tard , en 1748, deux habitans de Reims , les sieurs Deuil et Bidot, entreprirent de nouveau le rétablissement de la navigation sur la Vesle. Ils se servirent d'une machine qui faisait remonter les bateaux sans le secours d'écluses, de chaussées et de chevaux. Elle consistait principalement en une roue motrice en forme de tympan, et disposée de telle sorte que deux hommes pouvaient la faire mouvoir. Cette roue communiquait son mouvement, par un engrenage, à deux autres petites roues, correspondant, par une lanterne, à des rames tournantes. Il suffisait de quatre hommes pour faire manœuvrer cette machine. Par ce moyen, les bateaux allaient quatre fois plus vite que par les moyens ordinaires. Après en avoir fait un essai sur la Marne, on en fit un autre à Paris, sur la Seine. Ces essais n'eurent qu'un faible succès : on trouva de grandes difficultés dans l'emploi de cet appareil. Le travail de quatre hommes fut jugé trop onéreux et la machine trop embarrassante. Plus loin, dans un chapitre que nous consacrerons à Tagriculture et au commerce de notre pays, nous aurons

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occasion de parler des avantages que la Vesle pourrait procurer si elle était navigable.

Henri-Robert de la Marck, qui avait pris une grande part au nouveau rétablissement de la navigation sur la Vesle, changea l'hôpital de Braine en un monastère de filles, comme était celui de la Ferlé-Milon.

Cet hôpital , dont nous avons déjà parlé au chapitre XX , était encore gouverné par des laïcs en 1606. Deux ans après, la reine Marguerite de Valois voulut, comme duchesse de Valois, s'attribuer la nomination des administrateurs; mais elle renonça bientôt à ses prétentions en considération du comte de Braine, auquel elle donna son désistement par acte passé le 24 décembre de la même année. Après ces arrangemens, les religieux de Tordre de Saint-Lazare, à plusieurs reprises, entreprirent de s'emparer des biens de cet hôpital; mais ils furent condamnés par plusieurs jugemens. C'est en une occasion semblable que Henri-Robert prit la résolution de transformer cette Maison-de-Dieu en un couvent. Ayant rempli les formalités nécessaires et obtenu la permission, il fit cette transformation par ses lettres du 31 octobre 1647. Il fut arrêté que la chapelle, qui portait le titre de Saint- Antoine, serait désormais dédiée à Notre-Dame; que les religieuses pratiqueraient la règle de Saint-Benoit, et que la nomination de leur supérieure appartiendrait au comte de Braine. En conséquence , Henri-Robert nomma à ce haut emploi Marguerite de Bouillon, sa fille (20

juillet 4646), qui déjà était religieuse professe de Chelles. La maladrerie de Braine, située alors sur la route de Soissons, et dont la chapelle était consacrée sous le titre de Sainte-Anne, fut réunie à cette communauté de filles, malgré les oppositions de révèquc de Constance. Cet homme qui, en sa qualité de vicaire-général du cardinal Barberin, grand-aumônier de France, suscitait ces entraves, et voulait même la suppression du nouveau monastère, fut obligé de renoncer à ses poursuites. On le contraignît même à donner son désistement par un acte du 30 décembre 1665. Le comte de Braine, voulant éviter les difficu liées qui pourraient survenir, obtint du roi des lettres-patentes confirmant rétablissement des religieuses et la réunion de la maladrerie à leur monastère. Ces lettres, datées de janvier 4666 , et enregistrées au parlement le 4 janvier suivant, sont citées dans la compilation de Blanchard.

La dame de Bourlon, sœur de Pévêque de Soissons, succéda à Marguerite de Bouillon le 12 juin 1651. Nous aurons encore occasion de parler de ce monastère.

En 1648 , des troubles survinrent dans le Valois. Les mécontens, portant leur haine sur le cardinal Mazarin qui l'avait provoquée, se préparèrent à la guerre. En peu de tems les places furent réparées, les murailles relevées et les forteresses armées.

Au commencement de l'an 1649, le roi s'étant retiré à Saint-Germain-en-Laye, les troubles cessèrent par un

19fi HISTOIRE DE BRAINE

arrangement signé le ii mars. La reine-mère, ne voulant pas que le jeune roi rentrât dans Paris, le conduisit à Compiègne, sous prétexte de se rapprocher de l'armée de Picardie. Les Espagnols, maîtres alors des Pays-Bas, profitant de ces dissensions, s'avancèrent jusqu'à la rivière d'Aisne. Les maréchaux de Praslin et d'Estrées, chacun à la tête d'un corps d'armée, vinrent au devant d'eux et les arrêtèrent au Pontavert. Les soldats français ravageaient les lieux qu'ils traversaient comme s'ils eussent été en pays ennemi; cela était d'autant plus désastreux qu'en celte année la récolte des grains avait été très-mauvaise.

L'année suivante (1650), l'archiduc Léopold parut en France avec une armée espagnole qui grossissait à mesure que les mécontens s'y joignaient. Il prit d'abord la Ca pelle et Réthel , et passa ensuite la rivière d'Aisne.

Le maréchal d'Hocquincourt, à la tête d'une faible armée, se porta sur Fisme pour arrêter la marche de l'archiduc. Mais ces forces lui permirent seulement de repousser l'avant-garde. L'archiduc, le repoussant à son tour, traversa Fisme et vint camper à Bazoche, sur les bords de la Ves1e(25 août). Pendant un mois qu'il garda cette position , les soldats portèrent de tous côtés le fer et le feu. Les malheureux habitans, dépouillés de tous leurs biens, furent contraints de s'enfuir dans les forêts voisines, afin d'échapper à la mort. C'était un spectacle affreux, louchant et digne de pitié, que de voir ces mal-

ET I»E SES ENVIRONS. 197

heureux abandonner leurs loyers, emportant leurs enfans et entraînant les vieillards dans le fond des bois, où ils ne trouvèrent que des racines sauvages pour toute nourriture. C'est pendant le séjour de l'archiduc à Bazoche qu'eut lieu l'incendie des tours de l'église du Mont-Notre-Dame et la prise de Braine.

Les Brainois , prévoyant les dangers qui étaient sur le ix)înt de les accabler, demandèrent du secours. On leur envoya un détachement commandé par un sieur de Besançon, qui tint ferme dans la ville tant qu'il n'y eut pas de danger. Mais, à l'approche des Espagnols, il donna à ses soldats l'exemple d'une fuite précipitée. Malgré l'abandon de ce lâche, les habitans de Braine auraient repoussé l'ennemi, sans la trahison d'un concitoyen, qu'un journal de l'époque traite d'esprit infernal et de méchant garnhnent. La ville fut livrée par ce traître aux ennemis, qui, y étant entrés , firent mille extorsions aux habitans, les battant, blessant, tuant, rançonnant et ernmenant prisonniers.

Malgré tous ces malheurs, les habitans de Braine ne jugèrent pas convenable d'envoyer à Soissons demander du secours, quoique la garnison fût pour le roi. On trouve dans un auteur contemporain un écrit qui ne donne pas une tritulc idée de la valeur des officiers et des soldats qui composaient cette garnison. Voici le texte :

« Or durant ce tems que les ennemis pilloient et ra- » vagoient le pays, ieeux gens du roi de France ne lu-

HISTOIRE l>E BHAIISE

» rem pas plus pitoyables ni favorables aux pauvres » gens que les ennemis : car, après que comme fuyarls et » couarts, ils se furent mis à l'abri des murailles et des » fossés de Soissons, pour l'assurance de leurs vies, ils » feirent mille voleries et pilleries, extorsions et ravage- ■» mens, ne laissant à trois ou quatre lieues aucune grange » qu'ils n'ayent aucunement battue et pillée; et ruinant » et volant tout, tellement que je n'ai jamais vu de plus » soigneux, diligens, valeureux , courageux et hardis vo- » leurs que ceux-là, mais aussi de plus peurreux et » couarts, poltrons et coyons, qu'il étaient à soutenir » et revancber leur patrie et à s'opposer aux bravades des » ennemis; ayant lâchement enduré qu'ils soient venus » à leur barbe deux ou trois fois piller Belleu , mettre le » feu à Sainte-Geneviève, et même tirer le coup do pistolet » près de leurs tentes, sans avoir secouru ces lieux-là » ni se mettre en devoir d'une bonne défense. Je crois » qu'en ces occasions, ils eussent bien voulu être dans » leur ville, pour être plus assurés de leurs personnes. »

Les Brainois abandonnés à eux-mêmes furent forcés de prendre la fuite et de se disperser dans les villages voisins.

Le monastère de Saint-Yved fut abandonné par les religieux, qui étaient au nombre de trente. Un seul homme, cependant, resta au monastère : cet homme était le sacristain , le frère Hulot. Ayant pris la résolution de courir les risques de l'invasion, il porta ses premier

soins sur l'hostie miraculeuse , qu'il cacha sur les voûtes de l'église. Braine fut attaquée le 26 août et pillée le 27. Le 28, les portes de l'abbaye furent forcées, et vers midi les ennemis commencèrent leurs dévastations, qui durèrent jusqu'à sept heures du soir. Le lendemain, pendant tout le jour, ce fut encore la même chose, et de plus les soldats s'emparèrent du frère Hulot et lui firent endurer les plus cruels tourmens afin d'apprendre de lui où étaient cachés les effets précieux du monastère. Ces bourreaux lui ayant cassé le bras d'un coup de feu , ne se contentèrent pas de cette torture, ils le lui secouèrent violemment pour arracher par la force de la douleur l'aveu qu'ils désiraient de lui. Le courageux Hulot souffrit tout et ne déclara rien. Sans un valet du comte que l'on parvint à saisir, les barbares n'auraient rien découvert. Pour arracher le secret de ce misérable, on le suspendit au dessus d'un brasier ardent, et, pour conserver sa vie, il indiqua où étaient placés les objets précieux. Les soldats ayant pillé et dévasté le couvent, passèrent dans l'église, où ils ne respectèrent que la châsse de Saint- Yved. Ils brisèrent tous ces riches tombeaux qui renfermait de si glorieux restes, emportèrent toutes les matières précieuses dont ils purent se charger, et mirent le feu à ce beau monument, dont on voit encore les restes. Cet incendie eut lieu le 29 août, au commencement de la nuit. Malgré les souffrances qu'il endurait, le frère Hulot donna des ordres assez à tems pour qu'il fût nos-

HISlOlltL HE HH AIME

sible d'arrêter les progrès du feu. L'hostie miraculeuse qu'il avait cachée tomba cependant entre les mains des Espagnols. Ils la portèrent à Fisme, de là à Yailly, puis enfin à Soissons.

Les confédérés ayant levé le camp vers le 45 septembre, l'hostie fut rapportée procession nelfement à Braine le 7 octobre de la même année. La veille de Saint-Luc on recommença la règle dans l'abbaye, et , le 30, on fit une procession générale dans la ville pour remercier Dieu d'avoir délivré le pays d'un pareil fléau.

Le retour des habitans de Braine qui avaient cherché un refuge dans les bois était pénible à voir. Des malheureux exténués par la faim rentraient, se soutenant à peine; les uns, détigurésOu mutilés par les mauvais Iraitemens qu'ils avaient reçus des soldats, souffraient cruellement faute d'avoir reçu les soins que leur état réclamait; les autres étaient accablés d'infirmités qu'ils avaient contractées en couchant sur la terre humide et en vivant exposés aux injures du tems. Pour comble de malheur, après la guerre vint la famine, qui fut suivie de la peste.

La disette était si grande que les terres demeurèrent incultes, faute de grains pour les ensemencer. Pour mettre le comble à tant de maux, le froid fut très-rigoureux l'hiver suivant.

La même année, le duc d'Orléans ei le prince de Condé se réunirent pour forcer la reine à reuvoyer le

cardinal Mazarin, qu'elle avait rappelé près de sa personne. Anne mit sur pied une armée, dont elle confia le commandement au maréchal de Turenne.

Le prince de Condé, à la. tête de ses soldats, marcha contre le maréchal. Charles, duc de Lorraine, vint au secours du prince avec un corps de 9,000 hommes. Il passa la rivière d'Aisne , et vin t camper entre Fismeèt Rouci. La duchesse d'Orléans lui écrivit une lettre dans laquelle elle lui mandait qu'il pouvait en toute sûreté envoyer un détachement du côté de Braine et y lever des contributions. Sur cet avis, le duc détacha le sieur de la Sauge , lieutenant-général , qui s'avança jusqu'à Braine. Ayant levé sur cette ville deux mille rations et Tait contribuer les villages environnans dans la même proportion, il prit le plan du pays, et retourna faire au duc d'Orléans le rapport de l'état des lieux. Bientôt après les plaines furent couvertes de troupes. Les soldats pillèrent de tous côtés, et mirent le feu au château de Cramailles. A quatre reprises différentes, le duc de Lorraine occupa les plaines de Bazoches et de Limé, et pendant ces intervalles, le prince de Gondé vint camper près de Crépy. Turenne, qui le poursuivait , le força à porter son camp vis-à-vis le château de Bétbisy , au dessus des Croûtes. A leur passage, les troupes ne se contentaient pas du pillage; elles exerçaient des cruautés qu'on rencontre rarement dans les expéditions militaires, et dont la vue faisait frémir. A chaque pas on rencontrait des gens mutilés, des membres

épars; des femmes coupées par quartiers après avoir été violées ; des hommes expira ns sous les ruines des maisons incendiées, d'autres conservant encore un souffle de vie dans un corps déchiré; d'autres enfin percés avec des broches ou de pieux aigus. On voit dans un écrit du teins, qu'un pauvre cultivateur des environs de Braine ayant refusé a des soldats une somme d'argent qu'il n'avait pas, fut attaché par les pieds à la queue d'un cheval fougueux. On frappa à coups de fouet l'animal , qui se mit au galop dans des sentiers tortueux. Les membres de ce malheureux furent disloqués et mis en pièces; on les retrouva épars : les pieds étaient encore attachés à la queue du cheval quand il fut repris.

Le prince de Condé ne resta que peu de tems aux Croules. Il leva son camp et vint rejoindre le duc de Lorraine, qui avait établi son quartier-général à Bazoche. Ces armées réunies et composant un corps effectif de 30,000 hommes, étaient bien supérieures en nombre à l'armée de Turenne. Aussi le prince de Condé résolut-il d'aller envelopper cette armée et de s'en rendre maître. Notre plan n'étant pas de suivre ces armées qui vont mettre (ace à face les deux plus grands capitaines de leur siècle, nous reprenons notre récit au comte de Braine, Henri- Robert de la Marck, duc de Bouillon.

Etant sur la fin de ses jours , le comte de Braine vit tous ces désastres avec chagrin. II y avait à peine trois mois que toutes ces guerres étaient terminées lorsque la mort

Mi

vint enlever ce dernier duc de Bouillon à l'âge de 77 ans (7 novembre 1652). Son corps fut inhumé dans l'église Saint-Yved de Braine.

Henri-Robert s'était marié trois fois : en premières noces, à Marguerite d'Autun, qui mourut le 21 février 1616 , et fut inhumée à Braine; en secondes noces, à Antoinette d'Albert, veuve de Barthélemi de Mous et fille d'Honoré d'Albert , seigneur de Luynes ; et en troisièmes noces, à Françoise d'Harcourt, veuve de François Giflart, marquis de la Marzelière, et fille de Pierre d'Harcourt, marquis de Beuvron.

Ce ne fut que de la première femme qu'il eut des entons, lesquels étaient Charles-Robert né à Braine, le 21 septembre 1614 , et qui ne vécut que sept mois, et trois filles, dont l'aînée, Charlotte, se maria à René de l'Hôpital; la seconde, Henriette-Marguerite, fut religieuse en l'abbaye de Chellcs; puis, comme nous venons de le voir, prieure de Notre-Dame de Braine, où elle mourut ; et enfin la troisième, Louise, qui épousa à Paris, en 1633, Maximilien Eschalari de la Boulaie. Elle mourut à Paris en 1668 , âgée de 56 ans ; son corps fut rapporté à Braine.

De ce dernier mariage naquit une fille nommée Louise et un fils appelé Henri-Robert Eschalart de la Boulaie, comte de la Marck. Celui-ci, à qui son aïeul avait laissé, par substitution, son nom, ses armes et ses biens, épousa, le 21 juin 1657 , Jeanne de Saveuse , fille de Henri de Saveuse de Bouquainville.

Ce seigneur lit les guerres de Hollande el combattit avec un courage héroïque. Il se signala surtout à la bataille de Cantarbrick, où il fut tué le 11 août 1675. Il laissa deux filles, Louise-Madeleine et Gabriel le de la Marck. Cette dernière, plus connue sous le nom de mademoiselle de Braine, mourut sans avoir été mariée; et Tainée, Louise- Madeleine, hérita du comté de Braine, qu'elle apporta en dot, en 1689, à Henri de Durfort, duc de Duras, qui l'avait recherchée en mariage.

Le duc de Duras, devenu par cette union comte de Braine, était fils du maréchal de Duras. Après quelques années de mariage, il fit un voyage en Flandre, où il mourut âgé de 27 ans (1697).

11 laissa deux filles, Jeanne-Marguerite el Henriette- Julie. L'aînée épousa, en 1709, Louis de Lorraine, prince de Lambesc, et lui apporta en dot la terre de Braine, qu'ils conservèrent jusqu'en 1740. A cette époque, Henriette-Julie, qui avait épousé, en 1717, le comte d'Egmont, s'en rendit propriétaire par des arrangemens pris à l'amiable avec son beau-frère.

En 1743, la comtesse d'Egmont, ayant perdu son mari à Naples, se retira à Braine, où elle vécut paisiblement jusqu'en 1779, époque de sa mort.

Elle avait eu de son mariage , en 1727 , un fils unique, Casimir Pignalelli, dont nous allons parler.

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