CHAPITRE XXXVIII
Suit*- de» «eigneur* de Bazorhr. Seigneurs de Villesavoye et de Limi*.
icolas H, seigneur de Bazocne, eut avec l'abbé d'Ygny une contestation fort sérieuse au sujet d une pièce de bois située à Bruine, au lieu dit Nauclemenl; cependant ce différend se termina par une transaction à l'amiable en 1210. Nicolas traita aussi avec les religieux de Saint-Yved, au sujet des biens qu'ils possédaient à Courteaux. En 1219, il fil don aux religieux d'Ygny d'une rente de dix livres monnaie de Provins, à prendre sur les assises de Bazoche , à condition qu'ils emploieraient cette somme à acheter des vètemens et des chaussures qui
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seraient distribués ù la porte de leur uiouaslèrc aux pauvres de Bazoche el de ses aulrcs terres.
Ce seigneur avait épousé Agnès... , el mourut en 1233, laissant six garçons el une fille, Helvide, mariée plus lard à Geoffroy d'Arcy. L'aîné des lils, Nicolas 111, mourut sans postérité dans un voyage qu'il lit à la Terre-Sainte. Par cette mort, Robert, son second fils, devint héritier de la terre de Bazoche et continua la ligne masculine. Jacques, le troisième, et Jean, le quatrième, sont peu connus par leurs actions. Girard, le cinquième, fut archidiacre à Soissons, et Nivelon, le dernier, devint évoque de la môme ville.
Robert, qui avait épousé Bremonde, confirma au couvent d'Ygny toutes les chartes de Nicolas de Bazoche, son père, et fonda, en 1243, une chapelle dans l'hôpital de Bazoche. Trois ans après, il donna le droit au prieur de Saint-Thibaud de se servir du four banal de Bazoche et du cours d'eau allant du moulin de Saint-Thibaud à la rivière de Vesle. Robert jouissait d'un grand crédit, et fut présenté par le roi de Navarre pour pleigc ou répondant de trente mille livres que ce dernier devait au roi de France (1274). Quatre ans après, il donna a l'église de Longponi une rente de dix livres tournois à prendre sur ses tailles de Bazoche.
Robert de Bazoche mourut le 24 septembre 1290, laissant deux lils et deux lilles. L'aîné des lils, Gaucher, lui succéda; le second, Miles, lut évèque de Soissons.
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L'une des tilles épousa Jean 1 er , vidame de Châlons, et l'autre se maria à un chevalier de Monlcornet. Elle eut de ce mariage un fils nommé Girard , qui, plus tard , succéda à son oncle, Milès de Bazoche, à l'évêché de Soissons.
Gaucher de Bazoche, qui avait hérité des biens de son père, épousa Isa beau de Guines ou de Coucy, et mourut sans postérité, en 1291. Ses biens et ceux de l'évêque de Soissons échurent à son neveu , Hugues IV , vidame ô^e Châlons, qui, à cette occasion, prit la qualité de seigneur de Bazoche, de Yausseré, de Soulanges, etc., etc. S'étant destiné à la carrière militaire, il acquit bientôt des grades qu'il remplit avec distinction. En 1304, Philippele-Bel, qui avait toute confiance en Hugues, le mit à la
tête d'un corps de troupes destiné à marcher contre les Flamands. 11 fut aussi désigné, en 1318, avec Thomas de Savoie, pour reconduire Mahaud, comtesse d'Artois, qui se rendait dans ses états , d'où elle avait été chassée. Plus tard, en 1338, le roi Philippe de Valois lui donna le commandement d'un corps d'armée qui devait pénétrer dans les terres de Jean de Haynaut, et qui s'avança jusque devant Chimay.
De retour de cette expédition, le bailli de Vermandois l'envoya à Auberton pour défendre celle ville contre le comte de Haynaut, ce dont il s'acquitta avec honneur et gloire, comme le témoigne J. Froissard par ces mois : « Le comte et sa roule vint jusque à la porte. La un
» grant assaut el forte escarmouche. La tisl le vidante de » Chaltms meruelles d'armes, el ûst à la porte trois de ses » fils cheuaiiers, qui y firent plusieurs expertises d'ar- • mes. » El peu après : « Le comte qui estait demouré à » Auberton et ses gens se combatirent asprement à ceux » qui estaient a restez deuant le Moustier. La eut dur » hutin et fier, et maint homme descontit et renuersé. La » furent bons chevaliers le vidame de Châlons et ses deux »Jils, qui à la parlin y furent morts. »
Ce seigneur, qui avait épousé Alix de Bailleul , eut de son mariage quatre fils et une fille. L'aîné lui succéda; le second et le troisième furent tués à la bataille d'Auberlon ; le quatrième fut seigneur de Coulonges, et sa tille, Marguerite, épousa Guillaume de Mont-Chalon, châtelain de Mézières.
A la mort de son père, qui arriva vers l'an 1340, Jean 11 eut en partage la terre de Bazoche. Il suivit en celte même année le duc de Bourgogne et le comte d'Armagnac, qui se rendaient à Sainl-Omer. A son retour, il épousa Jeanne de Pomelain, de laquelle il eut un fils nommé Jean 111, et deux filles, dont 1 aînée se lit religieuse au monastère de Notre-Dame , à Soissons ; la seconde, dont nous parlerons un peu plus loin, fut aussi placée dans ce couvent dès l'âge de deux ans.
Quand son père mourut , Jean 111 de Châlons devint seigneur de Bazoche. Il épousa Béatrixde Roye, fille de Mathieu de Roye , vicomte de Busancy et seigneur de
Et DE SES ENVIRONS.
Muret. Celte jeune iille était d'un rare mérite, et joignait une charmante ligure à une grande douceur de caractère. Cette union si bien assortie, et qui faisait le bonheur des deux époux, dura bien peu de tems, car la mort vint enlever Béatrix le 17 décembre 1388. Jean regretta sa femme à un tel point, que son désespoir ébranla ses facultés : dans son chagrin, il résolut de renoncer à tous ses biens pour ne penser qu'à celle qu'il avait tant aimée. 11 vendit sa vida mie de Châlons au duc d'Orléans, et donna ses terres de Bazoche et de Vausseré à Jean , dit Barrât, seigneur de la Dole, et à Gober t, son frère. S' étant ainsi dépouillé de tout, dit l'auteur d'un ancien plaidoyer, il. fûts mesme en tel dueil de sa mort, qu'il en devint foi. Robert resta dans cet état de démence jusqu'à sa mort , qui arriva en 1406.
Béatrix mourut, ainsi que son mari, dans le château de Bazoche; elle emporta dans la tombe les regrets des personnes qui l'entouraient. Son corps fut inhumé dans l'abbaye de Long-Pont, et on plaça sur son tombeau, recouvert d'une épaisse plaque de cuivre, une épilaphe qui, d'après le style de l'époque, ne manquait pas d'énergie. On lui donnait les quatre qualités qui constituent une femme parfaite. Voici cette épilaphe, que nous trouvons dans Y Histoire de Châtillon, par Duchesne : « Cy-gist Béatrix de Roye, vidamesse de h Châlons, qui fu bele, bonne, sage et trcs-devote. »
En donnant ses biens à Jean Barrai et à Gobert , le
HISTOIRE DK BRAINK
seigneur de Bazoche avait déshérité sa sœur lsabeau, qui n'appartenait plus à la vie religieuse, et qui s'était mariée à un chevalier nommé Jean de Forges. Ces deux époux, afin de rentrer dans la jouissance des domaines qui devaient leur revenir de droit , intentèrent un procès à Barrât et à Gobert, qui avaient profilé d'une donation faite par un homme ne jouissant pas de toutes ses facultés mentales. L'affaire fut portée devant le parlement, qui décida, par arrêt du 40 septembre 1407, que les biens en litige (domaines de Bazoche et de Vausseré) appartenaient à lsabeau de Bazoche. Gobert, voulant se venger, suscita à ses adversaires un compétiteur, nommé Uuguenin deChalons : cet homme, qui s'entendait très-bien aux affaires, réclama les deux seigneuries en question, faisani valoir comme droit qu'il était le plus proche héritier du vidame de Châlons, à l'exclusion d'Isa beau, propre sœur de Jean III. Les prétentions de Huguenin étaient fondées sur des moyens odieux. Bien qu'lsabeau eùl eu des enlans du chevalier de Forges, il voulait faire annuler le mariage de celle-ci, sous le prétexte qu'il avait été conclu contre la disposition expresse des saints décrets qui défendait à toute religieuse de se marier.
Avant d'exposer cette contestation, nous croyons qu'il est bon de faire connaître les principales particularités de la vie d'Isabeau de Bazoche, qui se trouvent dans Vllistoirc de Châlillon.
A la mot t de son père, lsabeau était âgée seulement de
ET DE SES EiNVIKOMS.
deux ans. Jean 111, son frère, voulant la faire élever selon ses intérêts, la fit entrer au couvent de Notre-Dame de Soissons; aussitôt qu'elle eut l'âge requis, son éducation fut confiée à sa sœur aînée, qui déjà était religieuse dans ce monastère depuis plusieurs années. La religieuse et le seigneur de Bazoche crurent qu'en plaçant leur jeune sœur dans une communauté, et à un âge où les passions sont encore renfermées dans la plus profonde innocence, elle puiserait avec fruit, dans les exercices spirituels, une vocation prononcée pour l'état monastique.
Avant qu'elle n'eût atteint l'âge voulu, on la revêtit de l'habit de religieuse pour l'habituer à le porter à l'époque de son noviciat. Le tems de sa profession arrivé, cette jeune fille, qui n'avait pas apporté un goût bien prononcé pour la vie du cloître, prit un parti tout-à-fait opposé aux desseins de ses parens. Quoique isolée du monde, et prévenue contre le mariage, Isabeau déclara qu'elle préférait la vie libre et la main d'un époux à toutes les consolations que pouvait lui offrir l'intérieur du monastère. Douée par la nature de toutes les grâces qui ornent l'esprit et le corps, elle fut remarquée par le chevalier de Forges, homme sage, prudent et honorable.
Nous ne savons comment ce chevalier parvint à la connaître , mais nous pouvons assurer qu'il approuva ses desseins, et qu'il lui promit de l'épouser dès qu'elle serait à l'abri de toute contrainte. La résolution que prit de Forges d'épouser Isabeau, alors sans fortune, fut
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autant pour la délivrer de la persécution que pour l'appât de ses charmes. Dès qu'elle eut dix-sept ans accomplis, il la demanda en mariage. Laissons parler le plaidoyer :
« Elle donc , devenue nubilis , fut demandée de plu- » sieurs, par espécial de mess ire J. de Forges. » Jean de Châlons et sa sœur, la religieuse, mirent tout en œuvre pour empêcher cette union; cette dernière désirait faire de sa sœur une compagne, et Jean voulait éviter tout ce qui pouvait l'obliger au partage de ses biens.
Les moyens qu'ils employèrent n'ayant fait qu'irriter l'esprit d'isabeau, ils eurent recours au ministère de l'évèque de Soissons, auquel on déguisa la vérité. Voici comment les choses se passèrent :
L'évôque ayant indiqué un jour pour recevoir les vœux d'une novice de Notre-Dame, Jean de Bazoche et sa sœur le prévinrent qu'il pourrait, s'il le jugeait convenable, faire prononcer aussi les vœux à Isa beau , qui , depuis bien des années, assistait aux exercices du monastère, et que, par cet acte, il ferait une acquisition sans prix pour le couvent de Notre-Dame. Le prélat s'étant prêté de bonne foi à tous ces artifices mensongers, on redoubla d'instances auprès d'isabeau, qui opposa à ces importunités un silence absolu regardé comme un consentement tacite. Le jour désigné pour recevoir les vœux étant arrivé, on fit les préparatifs d'usage pour cette cérémonie. Ecoutons encore le plaidoyer. «... Car à vne foiz vint l'é- » vesque pour benistre la religieuse audit monastère. Si
» la requist qu'elle fust beneite, dist que rien n'en fcroit. » El il luy dist : Pourquoy donques portez cet habit ? A » quoy dist que autre n'auait, et que si Py voloit donner » sa chape rouge, en feroit vne cotte, et la vestiroil. »
L'évêque s'aperçut par cette réponse qu'on voulait forcer la vocation de la jeune élève. 11 employa tout son crédit auprès du seigneur de Bazoche pour l'engager à retirer sa sœur du couvent et à la recevoir dans son château. Ce ne fut qu'avec peine qu'il se détermina à consentir aux vœux de l'évêque. Le mariage d'Isabeau avec le chevalier de Forges resta quelque tems suspendu , parce que Jean 111 refusait de donner une dot à sa sœur. Maisde Forges, usant de générosité, prit Isabcau avec les seules espérances qu'elleou sesenfans pourraient un jour faire valoir. Le mariage fut célébré en 4387 , et les nouveaux époux s'installèrent pour quelque tems au château de Bazoche. « Si demanda partage Forges au vidamc , » qui lui délivra enfin tertiampro indivisio desdites terres, » et voulut que Forges fit foi et hommage, par espécial » de Bazoche à l'évêque de Soissons, et elle aussi enfin, » en foi , et demourerent audit chaste! de Bazoche. » Ce fut sur ces entrefaites que Béatrix de Roye, épouse de Jean 111, vint à mourir (1388), et que ce dernier fit don de ses seigneuries de Bazoche et de Vausseré à Jean , dit Barrât, et à Gobert de Boves, qui ne devaient en jouir qu'après sa mort. Quoique cette injustice dût indisposer de Forges et Isabeau , qui avaient déjà des enfans, ils ne
laissèrent pas néanmoins de prendre soin de Jean III, leur frère, atteint de démence. Mais sa mort étant arrivée (1406), Us intentèrent à Gobertde Boves le procès dont nous avons déjà parlé.
Gobert, obligé de restituer la terre de Bazoche, en fut profondément irrité. C'est ce qui le porta à exciter Huguenin de Châlons contre le chevalier de Forges et sa femme. Voici les moyens que proposait Huguenin contre Isabcau, rapportés par Duchesne, d'après le plaidoyer, dans Y Histoire de Châliilon.
m Réplique Huguenin, à ce que partie à dit, qu'elle » éloit suer, et si succéda à son père : que au vivant h dudit père, au tôt après, elle fut(Isabeau) religieuse » de Notre-Dame de Suessons, ou feist profession, et de- » puis y demoura huiet ans. Au moins avait-elle fait pro- »• fession tacite. Car elle y fut dix-sept ans. Car elle avait » dix-huit ans, quand de là se parti; et par ce ne pouvant » succéder, selon la coutume de ce royaume; et ce même, » proposa le vidamc son frère qu'elle ne pouvait suc-
» céder.
» Duplique Isa bel , et dit, qu'elle est en possession n d'état séculier, y a plus de vingt ans mariée, et a joy et » usé de cet état. Alias se elle était religieuse, la religion » devroit la revendiquer : et a été céans reçue à poursui- » vre succession, comme séculière. Et supposé qu'il faul- » sit parler de ladite monachalité, vrai est, qu'après le » trépas de son père qu'elle a voit deux ans; que
* peut-être fut mise avec sa suer religieuse; mais quv » oncques ne volust être religieuse; et si comme reli-
* gieuse eut l'habit de religieuse, ce était contre son »gré, comme toujours maintenoit et depuis de-
* moura sur son frère comme séculière, et fut mariée à
* Forges. Et depuis pour ce que l'on parloit de ce » qu'elle avoitété vestue comme religieuse, obtint lettres » du pape, par vertu desquelles, information faite, fut » déclarée, elle, non être liée à lien de religion, et le » mariage bon et valable ; et après ce ont dcmouré en- » semble. Et encore pour ce qu'on murmuroit, lit Forges » son mari appel 1er les religieuses de Notre-Dame, à ce
* que si elles vouloient quelque chose dire, deissent : » et lors proposèrent ce que voudrerent. Fut faite en- » queste et fut dit le mariage bon par l'évêque, qui » defendist aux peines de droit , que plus murmurassent, » voyant et sachant ledit Huguenin. »
Néanmoins ce différend ne fut pas terminé avant le 8 août 1408. La cour déclara Huguenin non recevable dans sa demande. Peu après, Jean de Forges mourut, et Isa beau lui survécut jusqu'en 1417. 11 est certain qu'ils eurent des enfans qui leur succédèrent dans les domaines de Bazoche et de Vausseré. Mais, depuis cette époque , nous ignorons le nom des seigneurs de Bazoche jusqu'à ce que cette terre fît partie des domaines de la maison d'Aumale. Le chevalier Jacques d'Aumalc, vicomte du Mont-Noire-Dame, la possédait en 1621.
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Les vicomtes du Mont-Notre-Dame gardèrent la terre «le Bazoche pendant long-tems, sans qu'il survînt dans ce pays rien qui fût digne de remarque. Cependant, le 25 août 1650, l'archiduc Léopold, gouverneur des Pays-Bas espagnols, vint y camper avec une petite armée, qui combattitcontrcdeux corps de troupes françaises. Comme nous avons déjà eu l'occasion de parler de ces événemens dans les chapitres consacrés à l'histoire de Brainc, et que nous devons encore en parler plus loin , au sujet do l'incendiedes tours de l'église du Mon t-Notre-Dame, abordons le récit d'une catastrophe qui , à une époque plus rapprochée de nous, frappa de stupeur les habitans de Bazoche et des pays environnans.
En février 1765, un loup enragé emporta* de Sept- Monts une jeune femme enceinte : quatorze habitans se mirent à sa poursuite pour arracher de sa gueule ensanglantée celte malheureuse, qui jetait des cris déchirans. Le succès ne répondit pas à leur courageux dévouement : ils furent tous mordus et périrent dans les plus atroces souffrances. La terreur étant au comble dans le Soissonnais, on promit une somme considérable à celui qui tuerait celte bête féroce, alors retirée du côté de Draine. Le 1" mars, un milicien, armé d'une fourche, tua le loup à la porte de Bazoche, et l'apporta le même soir à Soissons. Ayant reçu la récompense promise , le milicien, choyé et fêté, fit empailler le loup, qu'il promena ensuite par toute la France, le faisant voir pour de l'argent.
Bazoche, autrefois le quinzième doyenné du diocèse de Soissons, fut célèbre par le palais que le préfet des Gaules y occupait; pur les magasins de blé que les Romains y avaient formés; par le martyre et le tombeau de saint Rufin et saint Valère; par sa collégiale que forma saint Loup, et dont le chapitre était composé de soixante-douze chanoines; ce chapitre, réduit plus lard à trois, fut supprimé vers l'an 1784.
Bazoche, qui réunissait le territoire de deux paroisses, Saint-RuGn et Saint-Thibaud, donna trois évèques au diocèse de Soissons, dont deux sacrèrent les rois Saint- Louis et Philippe-le-Hardi. Enfin Bazoche, où l'on voit encore les restes des tours du château-fort bâti par les seigneurs de la maison de Gbâtillon, n'est plus aujourd'hui qu'un petit village situé sur les bords de la Vesle, au centre d'un pays fertile et pittoresque.
Villesavoye (Villa invia) est Un petit village situé au dessous du Mont-Saint-Martin , près de Bazoche , et à 8 kilomètres de Draine.
La branche des premiers seigneurs de ce pays commence à Gautier de Bazoche, descendant de l'illustre maison de Ghâtillon. Gautier, cinquième fils de Nicolas l" r et d'Agnès de Ghérizy, eut dans son partage la terre de Villesavoye, dont ses descendans prirent le surnom. Il épousa Elisabeth de Bouloirre, soeur delà femme de son frère Jean de Bazoche, qui mourut dans un âge peu avancé,
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en lui laissant, par testament, sa terre de Loupeignes. Gautier de Villesavoye eut deux fils : Paîné prit son nom et devint son héritier direct ; Jean, le second, eut la terre de Loupeignes et mourut sans enfans. Comme sou père, Gautier U eut aussi deux fils : le second, nommé Frère Jean , fût seigneur de Droisy. L'aîné , Jean, dit Coquillarl I er , fut chevalier et seigneur de Villesavoye. Il se maria deux fois, et n'eut qu'un fils, Jean Coquillarl II, qui lui succéda, et qui vendit aux abbés d'Ygny une portion de sa terre du Mont-Saint-Mariin. Ce dernier épousa Gilette de Pondront, veuve dé Jean II de Cramailles, qui lui apporta en dot la seigneurie de Cramailles. Ils eurent la jouissance de ce domaine jusqu'en 1313. Jean Coquillarl II, dont le nom figure encore avec celui de Simon, vicomte du Mont-Notre-Dame, ne laissa pas de postérité. Les armes des seigneurs de Villesavoye étaient brisées sur le chef de quatre merlettes de gueules.
Les seigneurs d'Harzilemont, de Branges, de Loupeignes et de Lhuis, qui prenaient les armes de Cbâtillon comme les seigneurs de Villesavoye et de Loupeignes, sont sans doute issus de Jean de Loupeignes, dont nous venons de parler. Les premiers que nous connaissions sont Jean 11 d'Harzilemont, seigneur de Branges, qui épousa Madeleine de Broyés, et Pierre d'Harzilemont, qui mourut en 1495. Celui-ci fut enterré dans l'église Saiut- Yved de Braine. On voyait autrefois son épitaphe, avec les armes de Châtillon, contre la muraille du chœur,
ET BK SES ENVIRONS
en dehors. Ces deux seigneurs étaient (ils de Jean d'Harzilernont , qui eut 23 cnfans.
Jean 11, l'aîné, continua la postérité de son illustre maison. François 1 er le nomma chevalier de Saint-Michel le jour de son sacre. 11 eut de son mariage Guy d'Harzilernont , qui devint seigneur de Branges, de Lotipeignes et de Lhuis. A la monde son père, Guy épousa Marguerite de La Mothe, de laquelle il eut plusieurs enfans. Jean d'Harzilernont, l'un d'eux, épousa Marguerite de Maunay, à laquelle « il assigna douaire en 1540. >
Depuis cette époque, nous n'avons pu recueillir que des renseignernens fort incertains sur les vicomtes de Lhuis de la maison de Châlillon : le dernier de l'illustre branche d'Harzilernont, dont le fils unique fut tué à la guerre, mourut en 4778 au château de Cierges.
Le domaine de Lhuis fut acquis, après sa mort, par Drouyn de Vaudeuil, seigneur de Bruys : ses héritiers en furent possesseurs jusqu'à l'époque de l'émigration.
Autrefois Lhuis (Liùsiacum) avait le litre de vicomte. On y fonda, vers la fin du douzième siècle, une nialadrerie que les seigneurs du lieu dotèrent richement. Plus tard, par un arrêt du conseil du 1\ janvier 1695, les biens de celle maladrerie furent réunis à ceux de l'hôpital de Château-Thierry, à la charge par ledit hôpital de
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recevoir les malades de la commune de Louis. Dans un titre de 1404, il existe un trait singulier concernant cette commune et sa maladrcrie. Voici à peu près le contenu tle celte pièce :
Le nommé Collinet, vigneron, demeurant à L'huis, donna à la maladrerie de ce lieu huit arpens de terre en un seul morceau , à condition qu'on dirait une messe le premier jour de chaque année pour lui et ses amis, et en outre à la charge du droit de terrage et de champari.
Le donateur autorise les habitans de Lhuis et de Taonières de prendre, tous les ans, avant cette messe, un witelet vif en plumes , et de le porter à l'administrateur de la maladrerie, qui sera tenu aussitôt, et à l'heure même, de bâiller à l'un d'eux un quartier de lard , un pichet de irros pois et quatre sols pariais d'argent : « et s'il disait » qu'il donnerait un jour, lesdits habitans auront pou- » voir de prendre et emporter hors de sa maison du bien » pour être vendu à l'instant. »
Par un autre contrat, Gilles-le-Quin de la Morlière, d'Ouchy-la-Yille, fit don à cette maison de charité de plusieurs arpens de terre dont elle a joui jusqu'à son extinction. L'acte portait que le donateur avait agi de son plein gré et qu'il était alors ûgé de trois vingt et dixhuit ans.
Depuis la réunion de la maladrerie de Lhuis à l'Hûlel-Dieu de Château-Thierry, la redevance, relativement au roitelet , fut changée en une somme de huit livres, qui
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se payait tous les ans. Le fermier chargé de délivrer cette somme était encore tenu de distribuer aux habilans de Lhuis et de Bruys, qui assistaient à la procession des Rogations, du pain et du fromage mou, après avoir déposé ces subsistances sur le pied de la croix de la station. Il devait encore fournir au seigneur du lieu, lorsqu'il chassait, des rafraichissemens pour lui et pour sa suite , du foin et de l'avoine pour les chevaux , et du pain pour les chiens.
On voit encore parmi d'autres obligations que si le seigneur juge convenable d'aller lui-môme lever le terrage et le champart qui lui sont dus sur les terres de la maladrerie, on est obligé de lui présenter pour s'asseoir une gerbe qu'il peut faire enlever après, sans rien diminuer sur son droit de champart.
Dans le courant du XVII e siècle, le sieur A moi ne de IHarsanne, écuyer du duc de Lorraine, natif de Lhuis, fonda dans son village une chapelle sous l'invocation de saint Antoine, son patron. Dans l'acte de Iondation, il déclara que le titulaire de cette chapelle serait obligé d'instruire la jeunesse, de dire la messe tous les jours , cl notamment les dimanches et fêtes, atin que les habitans , obligés de garder leurs maisons, leurs bestiaux, etc., ne fussent pas dans la nécessité de manquer la messe quand il n'y en aVait qu'une dans leur paroisse. L'acte porte encore que la nomination à celte chapelle appartiendrait à M. d'Harzilemont, seigneur de Lhuis, et
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qu'en cas de mutai ion de celle terre, ce droit reviendrait à la communauté des habilans.
Au lieu de suivre les intentions du sieur de Marsannc, la chapelle fut conférée , comme bénéfice simple, à un clerc tonsuré, qui ne remplissait aucune fonction.
Vers l'an 1717, le vicomte d'Harzilemont nomma le curé de Lhuis à cette chapelle, dans le dessein que, s'il quittait sa cure, il serait attaché comme chapelain à la chapelle Saint-Antoine. Ces arrangemens ne paraissant pas convenables, on résolut de créer une place de vicaire afin de soulager le curé, et de remplir les intentions du fondateur de l'établissement. Ce plan fut exécuté de manière qu'il ne fui plus possible de détourner, en aucune manière, les revenus delà chapelle dont il est question. Les bénéfices furent attachés à la cure du lieu, à condition que le curé prendrait un vicaire, et que la nomination à cette cure, qui appartenait auparavant au chapitre de Nolre-Dame-des-Vignes de Soissons, alternerait entre ce chapitre et le seigneur ou les habitans de Lhuis. Les choses restèrent en cet état jusqu'à l'époque de la vente des biens du clergé, et, depuis, rien d'extraordinaire ne s'est passé dans cette commune.