CHAPITRE XXXIX
Milite de l'hiiitoire du Tlu.il- \otre-»ame.
jn 1568, les Huguenots, qui avaient déjà campé plusieurs fois dans les plaines de Bazoche et de Limé, et qui venaient de prendre possession de la petite ville de Braine, furent attirés au Mont-Notre-Dame dans le dessein de détruire le château seigneurial, appartenanUlors à Jacques d'Aumale, vicomte du Mont-Notre-Dame et baron de Bazoche.
Ce château, solidement bâti sur une colline élevée, était flanqué de quatre grosses tours, au milieu des-r quelles s'élevait un superbe donjon qui les dominait. Par sa position, il aurait pu facilement soutenir un
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siège on règle, s'il eût été mieux approvisionné de munitions de toutes sortes. Les Huguenots qui , lors de leur passage, avaient eu le tems d'étudier cette place formidable, furent inquiétés en pensant qu'ils ne pouvaient faire un pas dans la plaine sans être aperçus des tours du château. Ordinairement, en tems de guerre, on plaçait sur la plate-forme du donjon une sentinelle qui, à l'approche de l'ennemi, donnait l'alarme. Les Protesians, après plusieurs tentatives, et sachant par leurs espions
que le château était entièrement dégarni de troupes, résolurent de l'attaquer avec vigueur. Au premier assaut, il lut emporté; puis les bâti mens furent incendiés et les tours renversées. Ce désastre ne suffisant pas à leur rage, ces fanatiques brisèrent les portes de l'église, entrèrent en foule dans cet édifice, et après avoir pillé les objets les plus précieux, ils y mirent le feu. La vue des flammes sortant de la toiture de l'église semblait encore excitéces cruels destructeurs, qui se jetèrent sur le village situé au bas de la colline. Leurs ravages furent tels qu'ils ne laissèrent aucune maison debout au Mont-Notre-Dame, ni aucune ressource aux malheureux habilans de ce village.
Malgré la participation des pays voisins, cet état de ruine subsista Ion g- tems. 11 était question.de le rétablir en 4594, mais on ne releva qu'une faible partie des chaumières détruites et cinq maisons canonicales. Depuis cette époque jusqu'en 1617, les habilans de ce pays ne
furent pas trop inquiétés : ils rétablissaient peu à peu leurs maisons et commençaient déjà à oublier le passé. Mais un grand malheur les attendait encore. Le cornu; d'Auvergne bombardait Soissons ; des bandes de pillards sortis de cette ville s'étaient répandus dans les plaines de Braine, de Bazocbe et de Limé, et ravageaient toute cette campagne. Les habitansde ces contrées, craignant la destruction de leurs propriétés, avisèrent au moyen de prévenir ces désastres. Pour cela, ils convinrent entre eux d'un moyen fort simple. Le Mont-Notre-Dame, du haut duquel on découvrait tout le pays à quatre ou cinq lieues à la ronde , fut choisi pour donner le signal aux autres villages de l'approche des pillards. Sur le haut d'une des tours de l'église, on dressa une guérite d'où l'on apercevait de très-loin le mouvement des armées et les délachemens des partis.
Un guet permanent fut établi dans cette guérite, et celui qui était chargé de cette fonction avait plusieurs signaux convenus pour indiquer aux habitans des campagnes la nature du danger qui les menaçait. Dans le clocher de chaque village des alentours, il y avait un guet particulier pour recevoir ces signaux et les annoncer ensuite, par le tocsin, aux habitans dispersés dans les champs à leurs travaux journaliers. Ces choses se passaient vers la fin d'avril, et le froid, qui, à cette époque, se faisait encore sentir, fut cause d'un accident qu'on n'avait pas prévu. La guérite et tout le comble de la
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grande el belle église du Mont-Notre-Dame fureiU enlièremenl détruits par un incendie épouvantable.
Un nommé Clergîné, dont le tour était arrivé de faire le guet, avait apporté une provision de charbon pour faire cuire ses alimens et se garantir du froid; il laissa tomber par mégarde un peu de feu sur le combustible qu'il avait mis en réserve. A ce moment , comme par une étrange fatalité, le vent lit place à la pluie, qui n'avait cessé de tomber à flots depuis long-lems. Les rafales, qui venaient de toutes parts, allumèrent en un instant un incendie si violent qu'il fut impossible de l'éteindre dès qu'on s'en aperçut. En peu d'heures la charpente, atteinte par le feu, devint la proie des flammes. Les voûtes et une partie des murs furent aussi calcinés par la violence de cet incendie. Ce malheur n'entraîna pas la destruction du chapitre. On lit à l'église les plus urgentes réparations, elles chanoines, qui étaient au nombre de onze, furent seulement réduits à cinq.
La mort du maréchal d'Ancre, tué d'un coup de pistolet sur le pont du Louvre, vint mettre lin aux hostilités qui désolaient le Soissonnais. Pendant une trentaine d'années, Braineet ses environs jouirent d'une tranquillité parfaite qui linit par être troublée en 1050 par l'invasion des Espagnols. A cette époque, les troupes de l'archiduc Léopold qui était venues camper sur les bords de ia Vesle, dans les plaines de Ba/.oche, portèrent de nouveau le fer el le feu dans le village du Mont-Notre-Dame.
A l'approche des Espagnols, les ha bilans, effrayés, cherchèrent un refuge dans les tours de l'église, et y déposèrent leurs meubles et leurs effets les plus précieux. Ces tours, quoique fort élevées, ne purent contenir tous les ha bilan s, dont une partie prit la fuite dans les bois et dans les carrières. La servante d'un chanoine, ayant eu la témérité de rester et de se montrer, fit payer cher son indiscrétion aux malheureux qui avaient cru trouver une retraite sûre dans les tours de la collégiale. Les soldats s'étant emparés de cette femme, la mirent à la torture afin de lui faire avouer où étaient cachés ses compatriotes et leurs meilleurs effets; pour échapper aux tourmens les plus cruels et aux scènes les plus odieuses, elle révéla tout. D'après son indication, les Espagnols se rendirent aussitôt près des tours, sommèrent les assiégés d'en sortir et de livrer ce qu'ils possédaient. Ceux-ci , confiant dans la solidité des tours et dans l'épaisseur des portes qu'ils venaient de barricader avec leurs meubles, résolurent de ne pas se rendre. Les soldats, furieux de ce refus, usèrent d'un stratagème atroce. Ils enfoncèrent à coups de hache et de pioche les portes de l'église, brisèrent la chaire, les bancs et les confessionnaux; et, de ces débris, auxquels ils ajoutèrent d'autres matières combustibles, ils élevèrent un énorme bûcher sous la première voûte des tours et près des portes derrière lesquelles étaient les meubles servant de barricades. Ces dispositions prises, les soldats espagnols allumèrent cet amas de planches brisées, et
Le chapitre de cette collégiale fut réuni au séminaire de Soissons en 1674. Les pertes fréquentes qu'il avait essuyées pendant les guerres le forcèrent à réduire le nombre des chanoines à cinq. Ces derniers menèrent par la suite une vie séculière et exercèrent mal leurs fonctions. L'évêque de Soissons, ayant eu connaissance du scandale qu'ils causaient, résolut d'éteindre leur chapitre et d'annexer ses biens au séminaire de Soissons, qui avait besoin d'un surcroit de fonds. L'évêque se rendit , à cet efTet, le 7 juin 1674, au Mont-Notre-Dame; et, le 2 août suivant, il rendit son décret, qui fut confirmé par des lettres-patentes datées du mois de décembre suivant . Après cette réunion , le curé du Mont-Notre-Dame conserva encore long-tems les droits qu'avait toujours eus le chef de l'ancien chapitre.
Il y avait autrefois au Mont-Notre-Dame un Hôtel-Dieu et une Maladrerie. Ces deux hôpitaux possédaient des rentes en biens-fonds provenant de legs faits en leur faveur. Par un arrêt du conseil (3 août 1617 ), ces revenus furent réunis aux Hôtel-Dieu de Soissons et de Château- Thierry. On voit encore au bas du Mont-Notre-Dame les anciens bâtimens de la Maladrerie, convertis en une ferme qui porte toujours le nom de la Maladrerie.
Nous avons cru devoir ajouter, aux particularités concernant le Mont-Notre-Dame, la généalogie des seigneurs de la maison d'Aumale, qui possédèrent pendant des siècles le domaine de ce pays.
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ta premier seigneur du Mont-Notre-Dame du nom de d'Aumale Tut Jean d'Aumalc 1 er , issu de l'illustre et ancienne maison d'Aumale. 11 épousa, avant 1460, Jeanne de Moreuil, tille de Bernard de Moreuil-lès-Soissons, vicomte du Mont-Notre-Dame. Ce dernier donna pour dot à sa tille sa vicomte du Mont-Notre-Dame, et c'est à partir de cette époque que cette terre devint la propriété des seigneurs dont nous parlons. Jean d'Aumale 1" mourut le 21 novembre 1469, laissant cinq enfans, dont l'aîné, Jean II, continua la filiation de cette branche. Ce seigneur eut en partage la vicomte du Mont- Notre-Dame, et épousa, en 1491, Jeanne de Basse : il mourut le 24 juillet 1528, et fut inhumé dans l'église du Mont-Notre-Dame. A sa mort, il laissa quatre en fa us; l'aîné, Philippe, eut la terre du Mont-Notre-Dame, et se maria à Madeleine de Villiers-I'lsle-Adam ; il fut tué à la bataille de Pavie en 1524. 11 eut de son mariage deux enfans, Louis et Françoisd'Aumale. Louis, devenu vicomte du Mont-Notre-Dame, épousa, en 1545, Antoinette d'Anglebermer. Un mémoire du tems rapporte qu'il fut tué à la bataille de Dreux en 1562. 11 n'eut qu'un lils, Jacques d'Aumale, vicomte du Mont-Notre-Dame, seigneur de Châlillon-sur-Marnc, de Lhuis, de Gregny, de Quincy; baron de Bazoche, gentilhomme de la chambre du roi et chevalier de l'ordre de Saint-Michel. Jacques épousa, en 1584, Marie de Boussut, et mourut sans en fans le 17 lévrier 1625. La vi coin lé du Mont-Notre-Dame revint de
droit au cousin de Jean-Gabriel d'Aumale, seigneur de Balatre. C'est ce dernier qui forma la branche des seigneurs de Balatre, vicomtes du Mont-Notre-Dame. Il épousa, le 27 février 1581 , Catherine de Paillart, et eut de celte union cinq enfans, dont l'aîné, Philippe d'Aumale 11, lui succéda. Philippe épousa, en 1630, Marie de laFons; il mourut jeune encore, laissant six enfans de ce mariage. Catherine, leur mère et tutrice, acquit, la môme nnnée, de leur oncle Pierre d'Aumale, le quart de la terre du Mont-Notre-Dame, qui était échue à celui-ci par héritage direct. L'aîné des fils de Philippe, Louis d'Aumale 11, fut vicomte du Mont-Notre-Dame, et épousa en premières noces, le 16 novembre 1673, Michclle-Elisabeth d'Harzilemont, fille unique de François d'Harzilemont, seigneur de Brange, de Lhuis, etc., et en secondes noces, le 21 décembre 1689, Marie-Charlotte Doucet, veuve de Christophe d'Harzilemont, seigneur de Lou peignes. A sa mort, il laissa dix enfans de ses deux mariages; Michel d'Aumale, l'aîné, devint vicomte du Mont-Notre- Dame, et se maria en 1718 avec Marie-Anne Oudan, de laquelle il eut six enfans, dont l'aîné, Louis-Michel-François d'Aumale, hérita de sa vicomté. Il fut d'abord gardemarine à Rochefort, et ensuite on le nomma lieutenant dans le régiment de Vermandois. Ce dernier eut pour héritier un fils nommé Louis-Antoine d'Aumale, qui mourut sans postérité le 18 juin 1821, laissant aux pauvres du Mon t-No( re-Da me et à ses servi teurs u ne partie de ses biens.
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