HISTOIIIK HK LU A IN F
frères se transportaient ailleurs. Souvent ils étaient secondés par les populations, qui charriaient les matériaux, et par les seigneurs, qui leur donnaient des gratifications en argent ou en objets de consommation nécessaires à leur subsistance. 11 est digue de remarque que les papes avaient attaché à la construction des églises les indulgences accordées aux guerriers qui partaient pour la croisade. Aussi tous ceux qui ne pouvaient entreprendre le pèlerinage dans les lointaines contrées de l'Orient s'empressaient-ils de concourir à l'édification des édifices religieux pour les obtenir.
Celte fraternité qui unissait tous les membres de la société franc-maçonnique explique comment il se fait que beaucoup de monumens élevés dans les divers pays offrent une analogie presque invariable dans leur style. Les frères étaient obligés de suivre le plan général adopté pour les monumens; mais ils avaient la faculté de suivre leurs propres inspirations en ce qui concernait les détails.
Terminons ici. cette digression, dans laquelle nous avons cherché à établir la manière de procéder à la construction des édifices religieux au moyen-âge, et revenons à l'église Saint -Yved de Brainc» qui en (ait partie.
Les travaux de cet édifice, dont le plan avait été jeté par André deBaudiment, ne commencèrent pour ainsi dire qu'en 1180, sous les auspices du comte Robert de
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Dreux cl de Braine, fila de Louis-le-Gros et frère de Louis VU, et d'Agnès de Baudi ment, son épouse. Après en avoir jeté les fondemens, ils la consacrèrent à saint Yved, et les reliques de ce bienheureux y furent trnns* portées.
La mort, qui avait enlevé les fondateurs de l'église Saint-Yved, laissa à leur fils Robert II le soin d'en con* tinuer les constructions, commencées à grands frais. Cette église, comblée des faveurs royales, n'était pas en» core terminée lorsque l'archevêque de Reims et Haimard de Provins, évèque de Soissons , la consacrèrent en 1216. Cependant, depuis 1180, les travaux n'avaient pas été interrompus, et les largesses des fondateurs permettaient de les pousser avec la plus grande activité; il est vrai qu'elle fut exécutée avec un soin extrême, qui en fait un admirable modèle de ce style qui, quoiqu'on tièrement à ogive, porte encore un léger caractère de transition. On peut remarquer que le plan et l'élévation de cette majestueuse église , qui était longue de 114 pieds et large de 70, atteste chez l'architecte un génie sinon hardi et élevé, du moins singulièrement précoce pour cette époque de tâtonnement.
Les travaux de l'abbaye Saint-Yved, dont on connaît l'histoire, durèrent environ quarante ans.
Il se passa à Braine, lors de la construction de ce monument, un trait caractéristique de piété exagérée. A la fin de ce siècle d'ignorance (1199), un bourgeois de Soissons,
nommé Pierre, et sa femme Ade, se donnèrent à l'abbaye de Braine avec tout ce qu'ils possédaient en biens et en argent, voire même leurs enfans. Comprend-on cette piété mal entendue d'un père qui plonge ainsi dans une entière servitude de misérables et innocentes créatures? Quelques années étaient à peine écoulées que l'abbaye de Braine, dans un oubli complet de reconnaissance, cédait déjà à celle des Prémontrés, sans l'adhésion de Pierre et de sa femme , les biens qu'elle tenait de leur trop grande libéralité. Quelles mœurs que celles qui, au mépris d'un contrat, mettaient le sort de toute une famille dans le commerce, comme on l'aurait fait de la propriété d'un vil troupeau !
Six ans après, il se passait dans la même ville un fait d'une autre nature. Des gens accusés d'hérésie, parmi lesquels était un peintre célèbre par toute la France, nommé Nicolas, comparurent devant l'archevêque de Reims, Guy Paré, qui tenait sa cour d'Eglise à Braine, en présence du comte Robert II de Dreux , de la comtesse Yolande, sa femme, des officiers de leur maison et de tout le peuple assemblé. Les hérétiques ayant été examinés sur la foi et trouvés infidèles, on les condamna à être brûlés. Peu de jours après, ils furent conduits hors la ville pour être jetés dans les flammes, où ils furent consumés.
Depuis la dédicace de l'église Saint-Yved jusqu'à sa restauration, il ne nous en reste que très-peu de choses
à dire; cependant nous croyons devoir signaler ici les noms de quelques religieux d'un mérite distingué qu'elle produisit dans le cours du XIII e siècle. Elle eut, entre autres, un de ses abbés, Pierre de Braine, qui composa quelques ouvrages manuscrits sur l'Ecriture sainte. Un autre religieux, nommé Jean d'Abbeville, laissa aussi seize volumes manuscrits sur les Pères de l'Eglise. Sur une épitaphe qui se trouvait dans la sacristie de Saint-Yved, et qui recouvrait les restes d'un abbé nommé Humbert, on lisait que cet ecclésiastique avait été l'un des hommes les plus accomplis de son siècle; on y louait aussi sa droiture, ses lumières, son zèle à maintenir les droits de l'Eglise, le rare talent qu'il avait de concilier les esprits et d'entretenir la paix et la concorde dans les familles et dans les cloîtres.
Parmi les abbés qui gouvernèrent cette abbaye dans le cours du XIV e siècle, Jean de Bourgogne, qui avait été élu avant 1295, établit une société de prières entre son abbaye et celle de Cuissy. Guillaume des Monts, son successeur, composa un livre d'homélies qu'il fit paraître en 1327, et qu'il signa Guillaume de Braine. Simon Aparis le remplaça; mais ce dernier et ses successeurs n'ayant rien fait qui fût digne de remarque, nous passons de suite au XVI e siècle, époque à laquelle les bénéfices des églises furent donnés en commende dans le Valois. Après la monde Michel Coupson, qui arriva en 1510, l'abbaye de Braine fut donnée en
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commcnde u Claude de Longwi , cardinal de Givry. Celte donation obligea ce dernier à réduire le nombre des religieux, qui avait toujours été de trente-cinq. Le neuvième abbé commendataire de B rai ne, l'abbé Bosquet, ancien évêque de Québec, se distingua par les riches présens qu'il fit à l'église Saint-Yved , parmi lesquels on remarquait de superbes tableaux de l'école de Rome, signés par des noms célèbres.
N'oublions pas non plus de dire que le trésor de celle église possédait un grand nombre de reliques rapportées de POrieni et de la Grèce par les comtes dé Braine qui tirent des voyages à la Terre-Sainte. On voyait dans ce trésor des choses très-curieuses , tels que des reliquaires d'or, d'argent et de cristal , et des petites boîtes revêtues d'ornemens que les comtes de Braine avaient coutume d'attacher à leur cou ou de placer sur leur poitrine lorsqu'ils partaient pour la guerre, pour une expédition ou pour un voyage lointain. Cet usage était généralement suivi par les grands seigneurs de ces tems-là. On regardait ces reliquaires comme des préservatifs contre les dangers spirituels et temporels. Ces mêmes comtes comblèrent aussi, comme nous l'avons déjà fait remarquer, l'église de Braine de grands bienfaits, en y fondant des chapelles auxquelles ils attachaient ordinairement des rentes. Ces chapelles étaient surtout remarquables par les nombreuses et belles tombes royales qu'elles renfermaient.
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Révélions à notre sujet et parlons succinctement des événemens de la révolution, dont il a déjà été question dans le chapitre précédent. Lorsque les églises furent rendues au culte, l'abbaye Saint-Yved aurait dû être choisie pour église paroissiale; mais, soit faute d'argent pour la réparer, soit par suite de l'indifférence religieuse qui régnait alors, soit encore par le dédain que professait l'administration pour les antiques ni o nu mens, il en fut malheureusement décidé d'une manière contraire. Cela est d'autant plus regrettable qu'à cette époque l'église Saint-Yved était encore presque entière; qu'elle avait conservé son clocher, ses riches sculptures et les précieux vitraux dont nous avons déjà parlé. Eniin, son appropriation à la célébration des cérémonies religieuses eût été fort peu coûteuse. Il y a environ vingt ans, cette majestueuse église, malgré sa vétusté et ses dégradations sans nombre, était encore une ample matière à observalions et un sujet d'études fécondes et sérieuses pour l'archéologue, l'antiquaire, l'artiste et l'historien. Cependant, en l'examinant a ttentivement., il était, difficile de ne pas s'abandonner à de pénibles réflexions; car de nombreuses mutilations, œuvre du tems et des hommes, l'avaient presque entièrement défigurée. Aussi, à cette époque, fut-il question de la réparer. L'homme sage et religieux dont cette église faisait l'admiration dut lui adresser son dernier adieu avec un sentiment de douleur et d'inquiétude; car des vandales, sous le nom d'à r-
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chitcctcs, se préparaient déjà à y porter une main sacrilège, ainsi qu'on le verra plus loin.
11 csl pourtant un homme à la mémoire duquel on doit particulièrement un souvenir de gratitude et de reconnaissance au sujet de cette prétendue restauration do l'abbaye Saint-Yved. L'abbé Ben u camp, curé-doyen de Draine à cette époque (4825), pénétré d'un sentiment religieux et patriotique , et déplorant l'abandon dans lequel on laissait cette église, qui menaçait à chaque instant de s'écrouler, forma le projet de sauver d'une entière destruction ce monument, qui servait, malgré son état , de remise et de magasin à fourrages. Encouragé par plusieurs habitans de Braine qui partageaient ses senlimens; aidé de la protection bienveillante de Mgr' l'évoque de Soissons, de M. le comte de Floirac, préfet de l'Aisne, de M. le duc Mathieu de Montmorency et de M. le baron de Wolbock, alors inspecteur-général de la maison de Charles X , il obtint du gouvernement la promesse des fonds nécessaires pour parvenir au rétablissement de l'abbaye. Ajoutons que la commune et les habitans s'empressèrent de concourir, par leurs souscriptions, à l'exécution d'un projet dont la réalisation ne pouvait qu'honorer et embellir le pays. La restauration de l'église fut mise en adjudication le 11 septembre 1827, en présence de M. le préfet du département, et le prix en fut fixé à 72,3i9 fr.
Pour donner à cette entreprise importante tout l'éclat
cl la pompe qu'elle méritait, la fabrique avait demande qu'une première pierre fût posée par Madame la dauphine, duchesse d'Angoulômc, qui portait un grand intérêt au rétablissement de celte église, qui renfermaii plusieurs dépouilles de sa royale et illustre famille. Celte princesse ne pouvant se rendre à Brainc, délégua , |>our la représenter, M™ de Senneville, épouse de M. le souspréfet de Soissons.
La cérémonie de 1? pose de cette première pierre fut
célébrée le 8 mai 1828, en présence des autorités religieuses, civiles et militaires du département, et au milieu d'un grand concours de spectateurs. M me de Senneville, représentant S. A. R. Madame la dauphine, posa la première pierre, sous laquelle ont été introduites plusieurs pièces de monnaie au millésime de 1828, avec une plaque de cuivre portant l'inscription suivante :
SOUS LE REGNE DE CHARLES X, LA PREMIERE PIERRE DE LA RESTAURATION DE L'ÉGLISE SAINT-YVED A ÉTÉ SOLENNELLEMENT BÉNITE PAR ME r J. F. DE SIMONY, ÉVÊQUE DE SOISSONS , ET POSÉE,
AU NOM DE S. A. R. MADAME LA DAUPHINE , PAR M«» c DE SENNEVILLE ,