LIVRE SEPTii ME
tait pas son rivât dans Teitercice da pouvoir, mais
il jouissait d'une considération qui importunait le grftnd.4résQrier. Ferme, éciairé, blanchi dans les emplois publics, ce chef de la magistrature avait souvent opposé Tautorité de son opinion aux volontés du ministre tout-puissant.
La résistance que Chauvin opposait au grandtrésorier était quelquefois si viTe, cpi'on rapporte ( r) que celui-ci, oubliant la dignité qui convenait à sa position, pour reprendre le langage de
son premier état, dît un jour au chancelier qu'il ie ferait manger des poux et mourir de misère; à quoi Chauvin répondit que ce ne serait pas le premier exemple d'un homme de bien dans Toppression, mais que la justice divine l'atteindrait à son tour, lui, Landois, et qu'il terminerait une vie criminelle par une mort inÊtme. De telles altercations avaient (rnutant plus d'éclat, que Chauvin était le seul qui n'eut pas fléchi devant la faveur.
On conserve dans les archives de rancienfne chambre des comptes de Paris une lettre (a) adressée au ohanceUer de Bretagne par un homme opprimé qui réclame la protection du magistrat contre le ministre. «Je vous supplie, lui dit «il,
(i) Alain Bouchard , d'Argentré , Loiiiiieau.
(a) £he est copiée dans les Acte» de Bretagne , L m»
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qu'il vous plaise me secourir et aider, car je suis en grande eminte et en grande peine : c'est à sçavoir de Pierre Landois, le trésorier, qui me Êiict gaiter et garder pour nie £EÛre morir ; qir il a peur que je Taccuse envers le duc de cela de quoy il use , c'est à sçavoir d'art d'ingromance; et a envoyé quérir et sercher, par les pays étranges et montaines, par ung sien serviteur, des médecins usants d'art d'ingromance; lequel lui en a amené ung qui est prêtre avecques une vieulle , laquelle use fort d'art d'ingromance. £t pour vous dire la vérité de ce. qu'il a Êdct et a eu volonté de faire, c'est de &ire morir le roi par son art d'ingromance, ou pour le faire malade , et aussi pareillement Anthoinette de Mallelies, dame de Yiilelle, etc. » L'accusation était absurde, et il ne parait pas que le chancelier y ait donné aucune suite; mais elle prouve qu'on implorait son appui contre un ministre oUieux. Landois résolut la perte de Gliauvin.
Comme l'histoire ne doit rien dissimuler, et que sou objet est de peindre les hoAimes par leurs actions, non d'intéresser pour des héros de roman, j ajouterai quà la, vérité, dix -huit ans auparavant, en f463, le chancelier Chauvin avait subi une accubution. On lui imputait d'avoir, au mépris des ordonnances qui fixaient les droits du sceau, rançonné les impétrants, en exigeant des
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taxes exorbitantes ; et d'avoir délivré des saufsconduits en blanc à des Anglais, tandis que leur nation était en guerre contre le duc ( 1 ). Peut-être pourrait -on trouver bien sévère la qualification de cpiine de lèse^majesté donnée À-ces délits. Les résultats de l'enquête qui eut lieu pour vérifier lesÊùte de cette double accasation, ne les dém^ tirent pas (2); cependant cette procédure n'eut aucune suite : et comment supposer que le duc aurait laissé^ pendant dix4iuit ans, à la tété de la magistrature et de ses conseils un homme déshonoré? Landois fit &briquer contre Chauvin unie accusation qui n'estpas parvenue jusqu'à nous , •et dont nous ne pouvons, par conséquent;applr6cier l«i vraisemblance; on dit seulement qu'on y énumerait plusieurs crimes. Bne commission fut nommée pour informer des Êûts; en attendant,
(1) Dom Lobineau , Histoire de Bretagne, t. p. 176. Itlandement, commission, enquestes, iaterrogations, in-
formatioDS et autres lettres, toudiant les accusations que faisoit le procureur-général, contre Guillaume tChauvîn, chancelier, Raboteau et aiUres, ses serviteurs, accusés d'avoir envoyé et baiUe sauf-couduit en blanc » pour porter en An- ^terre^ et aussi y a autres accusations proposées contre ledit chancelier. ( Archives de Tfantes, armoire K, cassette A. )
(2) Cette information qui était dans les archives de Nantes» armoire K, cassette A , n** lo , est rapportée dans les Preuves de l'Histoire de Bretagne do Dom Lobineau , t. 11 , p. 1401 y et dans les Actes de Bretagne , t. m, p. 38.
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le duc , gouverné pdr Landois , dépouilla le chaiir
celier de sa charge et signa l'ordre de son arrestaticm.
Les commissaires, choisis sans doute avec soin
par l'auteur de Taccusafioii y ne pureol; cependant parvenir à établir des preuves de la culpabilité de l'accusé; ils eurent au moinsie mérite de l'avouer. Ils ii'osèrent le condamner, mais ils n'oaèrent pas non plus Tabsoudre^ cela suffît au duc pour prononcer la confiscation des biens du priacmmer.
Les officiers chargés de la saisie s'en acquittèrent avec une lelle dureté, qu'ils ne laissèrent pas même un lit à la femme et aux enÊmls de r^cien ministre. On le transféra du château de {fautes à Auray , d*Auray au château de l'Hermine, de prison en prison : on changea ses geôliers jusqu'à ce qu'on en eut trouvé d'assez bar* hares pour le laisser maïKj^uer de nourriture et coucher sur la paille.
L'évêque de Nantes voulut intercéder en sa faveur, on ie menaça de la saisie de son temporel; le clergé le réclama, parce qu'il était clerc, ce fut inutilement. Une plainte signée de lui, ou de sa fiimille, parvint jusqu'au roi, dont il invoquait la protection comme suzerain ; le roi le prit sous sa sauvegarde (i) et ordonna qu'il fut transféré à
(t) Copie en papier, non signée » de deux, lettres du roi