‹ Histoire de BretagneChapitre 16 sur 80 · LIVRE SEPTIÈid · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈid

«près s*étre emparés du château, se voyant assiégés

par le peuple et sentant bien que leur coup éuit manqué , étaient sortis de la ville , se retirant vers Ancenis. Le ministre arriva triomphant le lendemain. En prodiguant les éloges au duc sur sa fermeté , il ne négligea rien pour Tirriter contre les seigneurs, qui avaient tenté de lui faire violence, et pour lui persuader que leur dessein était de le déposer. Un manifeste fut publié qui les déclarait tndtres^ rebelles. Oncoupa leurs bois, on rasaleurs maisons , et leurs terres furent confisquées (i).

La guerre se trouvait déclarée entre le ministre et un grand nombre de seigneurs: mais il sentait bien que ses ennemis ne s'étaient pas tous dévoilés; que beaucoup, inconnus encore, favorisaient, au moins de leurs vœux, l'entreprise des conjurés* Il ne pouvait pas douter que ceux-ci ne trouvassent quelque appui à la cour de France. Il résolut daller les attaquer dans Ancenis , de chercher pour lui - même un secours au-dehors , et de susciter en 9iéme temps des embarras à ia régente du royaume.

La division qui avait éclaté entre cette princesse et le duc d'Orléans lui en fournissait l'occasion. Landois -engagea son mdtre à écrire à ce

(1) Actes de Bretagne, t. m, p. 433. Dom Lobineau, Histoire de Bretagne^ preuves, 1. 11, p. 1411.

8o HisToiac Dv Bretagne.

jeune prince pour iui témoigner toute la part

<fu'il prenait à l'injure qii*on lui avait &ite^ en lui préieraat une iemme pour le gouvernement d' uu état dont il était Fli^tier préscmçtif ^ et pour rengager à venir en Bretagne, où ils pourraient concerter ensemble les mesurea qu'exigeait lenr sûreté commune.

Ën France, on se disputait comme en Bretagne

nn pouvoir que le prince n'était pas en état d'exer^ cer* Anne de Beaujeu s'en était emparée : le duc d'Orléans, secondé piarles comtes d'Angoviléme et de Danois , avait pris les armes pour le lui disputer. Ces divisions, qui paraissaient devcàr assnrer la tranquillité de la Bretagne , furent précisénouent cequi la troubla. Louis d'Orléans, n'ayânt pu réussir à supplanter la régente , chercha à se rendre maître de la personne du jeune roi, qui pat^issait souffrir avec impatience le jmig de sa sœur. Le chambellan Philippe de Commines, l'évéquedeMontauban, George d'Ami loise, étaient dans cette conspiration. On en confia le projet au duc de Bretagne ; les seigneurs qui l'avaient conçu ne lui demandaient que trois cents lances pour Texécuter: mais l'audace du prélat n'alla point jusqu'à un coup aussi hardi que l'enlèvement du roi de France ; sa politique s'en effraya. Il oubliait que ces Ëmtomes de rois sont un instrument nécessaire dans la main de ceux qui veu-

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lent exercer le pouvoir sans usurper le titre. Il refusa les secours des Bretons (i); la dame de Beaujeii demeura maîtresse du terrain , et le duc d'Orléans ne fut plus qu'un prince séditieux réduit à chercher un asile en Bretagne, où il ne portait que son mécontentement et son nom. La présence d'un tel hôte ne pouvait qu'être embarrassante pour cette petite cour et pour un vieux souverain, qui était alors occupé d'assurer ses états à sa fille et de lui choisir un époux. Dès Tavénement de Charles VIIT au trône , les ambassadeurs bretons étaient venus demander des garanties pour la sûreté de leur pays, en observant que leur maître ne pouvait se reposer sur (les protestations , et qu'il voyait trop clairement qu'on se disposait à faire valoir la cession de Nicole de Bretagne (2). Lorsque le duc d'Orléans eut choisi la cour de Nantes pour asile, les grands (lu pays se divisèrent , les uns désapprouvant l'appui qu'on allait prêter à ce prince, les autres croyant que l'inimitié de la France était tellement déclarée , qu'il n'y avait plus rien à ménager: mais tous les ennemis de I^andois crièrent contre ison système politique ; plusieurs allèrent joindre les

(1) Mézerai, Histoire de France, t. 11 , p. 210.

(2) Histoire de la réunion de la Bretagne à la Franrre, paf l'abbé Irail, chap. 3.

8a HISTOIUJt l)h BRiiTAGNF.

seigneurs retirés à Ancenis, qui s'y fortifiaient et

commençaient à rassembler leur petite armée.

€da n'empêchait pas qu'il ne reHkt dans ]^n^ rieui du pays beaucoup de mécontents. La régente de France, affectant de ne voir en eux que des opprimés, les encourageait jusqu'à la révolte ; en même temps, pour ne pas laisser ie duc d'Orléans prolonger son séjour en Bretagne, die fit préparer le sacre du jeune roi , cérémonie a laquelle le premier prince du sang ne pouvait se dispenser d'assister; de sorte qu'arrivé à Nantes au mois d'avril, il se vit obligé d'en partir au mois de mai.

C(îtte entrevue commença la liaison du duc d'Orléans avec la cour de Bretagne. On a prêté à ce premier voyage un autre motif qu'il est difficile d'admettre; Tbistoric^ra^xba Gamier dit que « I^mdois, ne songeant qu'à sySformer un parti, qui le mit en état de triompher de ses ennei^, jeta les yeux sur le duc d'Oriéans, et l'invita à se rendre au plus tôt auprès du duc son cousin , qui lui destinait, disait-il, sa fille aînée et son héritière, duc d'Orléans était marié à la seconde fille de Louis XI ; mais on connaissait son aversion pour cette princesse stérile et disgraciée de la nature. Il vola en Bretagne, contracta une étroite amitié avec Landois , et obtint la permissi on de voir la jeune princesse, qui, dans un âge

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encore tendre, annonçait déjà les grandes qua*^

lité/qui ia rendirent Tadmiration de non siècle. » yoilà un.véritaU^. début de roman. Le béné* dictiii Dom ïailiaiidicr uous assure que le coiiile dç Dunoiçy confidefit dn duc d'Orléans , ne dé^ espérait pas de feire épouser à ce prince Fednée des filles du duc de Bretague, par le crédit de Landois ; que le duc d'Orléans vit la princesse Auuo , pour laquelle il conçut une iorte inclination, et qu'il lui fit sa cour assidûment (i). .Le savant i^inceiol, de FAcadémie des Inscriptions, disait devant cette grave compagnie (2), :que difr férentes raisoins engagèrent le duc d'Orléans à ce voyage » les brouilleries du duc avec les seigneurs bretons au sujet de Landois, et les vues qu'il avait lui-nienie sur Anne de Bretagne. , , *

Sans doute> oj^j^eut admettre jque la main de l'héritière de Brifegne aurait pu flatter l'ambition de Louis d'Orléans ; mais comment conce* voir que l'on ait eu cette pensée? Ce prince étant déjà marié avec la ûlle du feu roi, avec la. sœur du roi: régnant, comment espérer de £sûre casser ce mariage ? et puis comment se flatter de Êdre

(1) Histoire de Bretagne, 1. 11, p. 146 et 147.

(2) Mcmoirts de i'Ac^demiii des liibciiptioiis, t. viu, p. 717.

^4 iilSX01Ii£ 1>£ BRETilGNE.

te MGonil à iceCle époque (i)? On était au omis

d'avril i484? Anne était née le 26 janvier i477« On Toit que cette .princesise> qui érmonçaU d^a de si grandes qualités et que le duc d* Orléans i3ètint ia permission de voir^ à qui il Jii ossidA^ mem sa côUr^ pour qui il conçut uhefi>ne incU^ na&on^ était alors une enfant de sept ans. Peut* on ]iatfiNmnri>kttient s'i^rimsr ainsi pour rendre Timpiieftsibn qu'une petite fille de cet âge pouvait dire sur un hbmme de vingt-trois ans d^a marié? Goknikient n'a-t-on pas reAiarqué qu'il Êdlait attendre au moins cinq ou sir ans avant de réaliser HH tel itiariage ? La position critique où Landois se trouvait, et celle du prince lui-même, exigeaient ttn remède plus prompt Le duc d'Orléans «vait, sans doute , un grand intérêt à se confédérer avec Ifrduc de Bretagné ; mais il Dej|pu«it alor» penser à ce mariage ni par inclinfflon , ni par politique.

Lé P. Lobilieàu va bien^ j^us loin dans ses as»

sertions que les historiens que je viens de réfuter, n assure « que ce mariage avait été le principal

(i)Moiitfaucou est plus circonspect dans ses assertions que les autres historiens. En parlant du premier voyage du duc d'Orléans à Nàntes, il dit ( Monoments de la monareliie française., t. iv, p. 5 ) : « I? j a ùppmrence qu'il y Ait traité « de le marier avec Anne , fille aiuée du duc François. »

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roo^ du voyage du duc d*Orléans ; qu'il y eut même un traité hit k ce sujet entre le duc de Bretagne et lui ; que des agents furent envoyés à la cour de Eome , pour solliciter la dissolution du premier mariage et les dispenses nécessaires afin de contracter le second; mais que cette négodatÎQn ne fut pas plus tôt venue à la connaissance des seigneurs bretons, que^ craignant d'avcÀr pour prince uu maitie trop puissant , ils contraignirent le duc d'Orléans à dédarer qu'il n^était pas venu en Breta^jne pour se marier à la fille du duc(i). 9

Ou voit que Dom Lobineau a été initié bien plus avant que les autres dans la confidence de cette affaire. Il nous révèle ici trois particularités fort importantes ; le traité fait entre les ducs de Bretagne et d'0|[|||ins, pour convenir de ce mariage , les demanues faites k Rome, et le désaveu de Loiiis d'Orléans ; mais il n'en apporte aucune preuve, lui a qui nous sommes redevables eer pendant d'un très-grand nombre de pièces sur l'histoire de Bretagne. Cette collection a été triplée par les bénédictins ses successeurs : ils nous ont donné une suite complète des actes du duc Fmn<(^is II j noiis y trouvons plu^bic urs traités stecjrets» fnais i|on celui dans lequel oi^ ve^t que

% (i) Histoire de Bretagne, 1. 1, p. 74^*

86 MlbTOlllE DE BK£XAGJN£.

le mariage de la princesse avec le duc d'Origans ait été stipulé.

Quant à Tenvoi feit en cour de Rome, pdur obtenir lu cassation du mariage du duc d'Orléans, et les dispenses pour en contracter 'un auti'e , je n*oserais affirmer que cet envoi n'a pas eu lieu. L'histoire nomme le négociateur : c'é* tait un Père Chaumard , religieux de Fontevrault; et celui qui fut dépéché pai* madame de Beaujeu , pour traverser la négociation , se nommait Jean Amis. Mais, où trouvons -nous ces particularités? Dans la procédure qui fut faite quatorze ans après, lorsque Louis d'Orléans, devenu roi , voulut faire casser son mariage avec Jeanne, et qu'il avait intérêt de prouver qu'il avait toujours eu dessein de s'en séparer. A cette époque il ne craignait plus da trouver des contradicteurs; il pouvait, sans danger, déclarer toute son aversion pour sa première femme : il alléguait, en preuve tle cette avei siou, les démarches qu'il avait faites pour obtenir la cassation de son marinp^e; on était en droit de douter de sa véracité (i). Mais, en admettant qu'il eut en-

(i) Voici ce qu*on lit dans le Mémoire produit par le pro- <niiieur du roi , pour demander la cassation du mariage de

Louis XII nvec Jeanne do France : TJhi { in Bntaiiniâ ) receptus, siuun anmiiun manifçstans m signtwt et approim- p.

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vojé un moine à Rome avec cette mission , quel

pouvait être le résultat de cette (lemande? Un religieux y un historien comme Dom Lobineau- né pouvait ignorer que la dissolution du mariage d'un prince français avec la sœur du roi régnant n'était pas une grâce qii*on pût obtenir par l'envoi d'un courrier, comme on obtient une dispense pour épouser sa cousine. Il n'y a qu'à voir toutes les formalités qu'il y eut à remplir lorsque le duc d'Orléans, devenu roi , voulut rompre son uiaiiage. Il fallut stipuler les moyens de nullité, la parenté, Taffînité spirituelle, la violence, les défiiuts corporels de la princesse. Il fellut une nomination de commissaires, une procédure, des témoins, des interrogatoires, des ccmfrontations , auxquelles la reine et le roi lui - même furent soumis : 0k ordonna une visite de ma*% trônes; et, après tout cela, pour obtenir les bulles , il fallut corrompre le pape et César ik)rgia, son fils. Comment aurait-on &it une information

' . I PI M I I I j a^fiiip— ^1 1^1 — I I

Honem prœmissorwn de aUo mtHrimonio, et eum alid muiiere

contrahendo tractavit, et muitium fiddeni cum înstmctionihus ad curiam Romanam pro provisione suj)er hoc ohtinendâ de,s-, tinavà, quam idem Carolas rex,.de us eerdficatas, de facto impetUnt,

( Sentence pour la^issohition du mariage de Louis XII i ivslC, de la Bibl. du Koi, coiiect. dcDupuy, u° 347^ )

88 HlSTOIftS DiV BASTA^NE.

ooatradiO(oir« ? Gommeiit aiimlK>ii obUgé Jeanne

de France, tant qu elle n'était que duchesse d'Oi^ léana^ à subir rhumilktioa d'une teUe prooé** dure? Peoae-t-^on que le roi Charles VIII eût soufifortque aascnur épi^uvàt de pai^ib aifi-onts? Groit^ que le pape eût, sans aucun inlérét, cassé le mariage de Théritier présomptif de la couronne , au risque de s'attirer ranimadTersion

du roi? Et , enfin, après le mariage cassé , on n'en était pas plus avancé; car il était impossible de .fittrePautre. Il n*y avait point de dispense qui pût lever les empêchements résultaiits de Vâge de la princesse, puisqu'elle n'avait pas encore atteint ràge de la pubcitc et de la raison.

On ne comprend pas davantage l'opposition

des seigneurs bretons à ce mariage. Ces seigneurs • se trouvaient, k cette époque, divisés en deux partis. Les uns étaient en révolte déclarée contre le duc, ou au moins contre son ministre; ils avaient quitté la cour ; ils avaient frit un traité d'alliance avec le roi : il n'y a pas d'appar ence jque le duc de Bretagne, ni le duc d'Orléans, les eurent consultés sur leurs projets. Les autres, restés dans le parti du duc, ou, si l'on veut, dans la soumission aux volontés du ministre , ne se seraient pas opposés à ce mariage, s'il fût entré dans les combinaisons politiques de Ijandois. Quelle était, d'ailleurs, cette crainte qu ou leur

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suppose d^a^ir on maître trop puisfont? Le duc ci Orléans était, dans ce moment, à dire vrai, héritier présomptif de, la couronne de France; uiai^ le trône était occupé par un roi de quatorze ana, qui, dans Tordre de la nature, devait survivre au duc, et qui pouvait avoir des enfants, comme en effet il en eut quatre dans la suite. On ne voit pas trop où était alors cette grande puissance du prince, pour inspirer un tel effroi aux dbigneurs bretons. D'ailleurs , est-il vrai que leur politique les portât à s'opposer au mariage de la fille de leur duc avec un prince puissant? Cette même piincesse Anne avait été promise solennellement à l'héritier du trône d'Angleterre , et elle le fut bientôt après à Tarchiduc d'Autriche, roi des Romains. £nfin, en admettant qu'il fut vrai qu^ les seigneurs bretons vissent avec peine le mariage projeté, on peut demander quel moyen ils avaient de contraindre le duc d'Orléans à y renoncer; et conunent un piince, dans cette situation , aurait pu se résoudre à £gûre une déclaration semblable.

Beprenons le hl des événements.

Encouragés secrètement par la France, les seigneurs mécuuLeuis se confédérèrent avec ceux qui étaient à Ancenis , et firent avec le roi Cliaj les VllI un traité qui fut signé à Montargis le octobre i4S4*

go ^[ISTOIRE DE BRETAGNE.

La question de la succession de Bretagne y était de part et d'autre décidée formellement. Toutes les prétentions qui pouvaient résulter du contrat fait entre Nicole de Blois et Louis XI , y étaient rappelées. Le roi disait : a Comme ainsi soit qu'en après le décès de nostre très-cher et très-amé cousin le duc de Bretagne , icelie duché ' nous doit appartenir et appartient à bon et juste titre, etc.» De leur côté, les mécontents déclaraient que le roi i qulls appelaient notre sbuve' rain seigneur^ devait succéder au duché à défaut d'iioirs mâles , « par juste titre et droit évident.» En conséquence, ils juraient de le reconnaître, moyennant qu'il maintiendrait les privilèges du pays. On avait même tellement supposé l'exclusion de la itimille du duc régnant, que dans un article on stipulait un douaire en Êtveur de sa veuve, et une dot pour ses filles (i). Ainsi le prince d'Orange, neveu du duc de Bretagne, le sire de Rieux, maréchal de Bretagne , et d'autres seigneurs bretons, tralûssaient leur prince, dépouillaient ses enfants , disposaient de la couronne, et sacrifiaient à leur ressentiment contre Landois l'indépendance de leur pays.

Ce ministre entreprit de &ire tete à l'orage. Il

(i) Actes de Bretagne, t. iii, p. 44*» 443, 444. CoUectioq des Traités, de Léonard, 1. 1, p. 298, 295.

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